On aurait dit que j’étais Spiderman

Vous avez déjà regardé jouer un enfant de trois ans? Beaucoup d’entre vous j’imagine, a fortiori si vous êtes parent. Alors évidement comme un tas de personnes et notamment de mères énamourées devant leur progéniture, moi, j’adore observer et écouter jouer ma fille Clochette, trois ans et quatre mois au compteur. D’aucuns pourraient la croire seule au monde… Mais que nenni: elle est bien entourée de ses amis imaginaires (en ce moment, Surimi, Canada et Monsieur Bec…), de joyeux drilles, c’est moi qui vous le dit .

A l’école, ça rigole (pas)

Petite section de maternelle oblige, ça parle beaucoup de l’école, dans une version disons un peu dictatoriale, façon pensionnat suisse-allemand: « Anatooooooooooole, fa fuffit maintenant, tu vas au coin au fond de la classe et tu refléfis à ta bêtiiiiiise » (un net progrès par rapport à cet été, cela dit, où elle mettait Simon à la poubelle lorsqu’il désobéissait aux dames de la crèche).  Ça file droit dans la classe imaginaire de Clochette! On lit les histoires, à l’ancienne, la maîtresse (« maîkresse ») assise (en pyjama) sur une petite chaise et qui présente les pages illustrées du livre comme un éventail à l’assemblée invisible, sous le regard vigilant de « l’aKsem »: « Chut Maxime, c’est maîkresse Kakrine qui parle! » Ça compte aussi selon une cohérence toute personnelle « 1, 2, 3, 5, 12, 13, 21, 4 »… et on s’en fout parce qu’on est déjà parti sur autre chose. Comme chanter et danser par exemple, en tournant un peu trop vite sur soi-même pour tomber au pied du canapé comme un gars qui aurait un peu trop abusé du Beaujolais nouveau. Il y a aussi de la gym, en s’étirant « comme cha et puis comme cha » et des parcours de motricité (« mokricité »: une motricité teintée de moquerie?) pour lequel le pauvre Anatole précédemment cité n’est visiblement pas très doué.

Parfois Clochette quitte son rôle principal pour organiser une mise en scène au ras du sol avec ses Playmobils. Là encore, l’ordre est de rigueur, avec des accents fascisants qui m’effraient un peu je l’avoue. Elle aligne les playmopersonnages en file indienne, au cordeau, et il ne s’agirait pas de doubler dans la queue (leu leu) sous peine d’aller au coin! Il en est de même à l’heure du bain, sur le rebord de la baignoire. Celui qui tombe (plouf) a perdu et se fait sérieusement réprimander…

Spidermaaaaan le roi des banaaaaaanes

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L’école n’est pas la seule source d’inspiration de Clochette. Elle en a d’autres, chipées à l’univers de ses soeurs ou des plus grands de l’école. Sans vraiment les connaître, elle est donc tour à tour Star Wars ou Spiderman, avec une nette préférence pour ce super héros qu’elle pense cul et chemise avec le « Tout noir », j’ai nommé Batman. Ça donne des parties de jeu au papa et à la maman qui font les courses et sauvent le monde, des pompotes dans les poches.

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On a craqué et dit oui pour lui acheter un T.shirt Spiderman. Plus sa taille en rayon ? No problemo! En taille 6-8 ans (de chez H&M, donc comptez 2 ans de plus!), ça fait l’affaire et son petit effet sur le bas de pyjama en pilou (oui, on n’a pas dit banco pour qu’elle le mette à l’école…). Depuis qu’elle dort avec, ses rêves sont comme qui dirait plus animés.

Le Grand Restaurant

Comme elle est gourmande, Clochette joue aussi pas mal au restaurant. Elle est la patronne, bloc-notes à la main pour prendre votre commande (yep elle a 3 ans, so what?). Encore mieux que la crêperie/pizzeria/moules-frites du bas de la rue qui vous a toujours mis le doute, Clochette va plus loin dans la totale food fusion de la mort-qui-tue : des crevettes au chocolat chaud, des saucisses et du surimi, des fraises Tagada sur ton poulet… Tu as faim Madame ? Eh bien tu as droit à tout ce que tu veux, et vas-y que le dessert culbute l’entrée, et que je te donne ton plat à emporter dans ton sac Tchoupi!

« Je suis sans famille et je m’appelle Rémy »

Dans les jeux de Clochette, il est parfois aussi question d’histoires très tristes à base d’enfants orphelins, très très seuls et très très malheureux, qui mangent quand même des crêpes et des saucisses pour se remettre de tout ce pathos. Il m’arrive d’entendre des « Mamaaaaaaaan » larmoyants du fin fond des abîmes de l’appartement. Mais à ma question « Oui, que se passe-t-il ma chérie? », la réponse est invariablement celle-ci: « Mais non Maman, ze zou! » Ben oui, forcément.

T’as l’appli?

Bon sinon, l’effet miroir, vous connaissez? Quand Clochette joue à téléphoner, c’est juste flippant parce qu’en fait, eh bien, je me vois en elle! Qu’elle soit assise, le téléphone dans une main, un magazine qu’elle feuillette distraitement de l’autre tout cela en répondant de manière évasive à son interlocuteur non moins évasif, qu’elle marche de long en large en faisant de grands gestes avec les bras comme pour démontrer quelque chose d’une importance capitale, JE-ME-VOIS! Bon à une exception près, tout de même, c’est que moi j’utilise un vrai téléphone et elle, au choix, un magnet volé au frigo, une Cracotte ou le portable en plastique made in China de la Reine des neiges…. Sinon, eh bien, la conversation file bon train, sur un ton tantôt sévère tantôt léger, genre « ah ah ah, tu me fais bien rigoler, toi alors ». La conclusion de tout cela, c’est que globalement j’ai l’air cruche au téléphone. (Note pour moi-même: privilégier les SMS à l’avenir).

On rigole, on rigole, mais bon sang que j’aime cette absolue liberté dans le jeu -même si Clochette n’en concède pas beaucoup, de liberté, à ses acolytes imaginaires! Cela me fait penser à cette fabuleuse planche de l’illustratrice Margaux Motin, « Free as a child » extraite de son album « La Théorie de la contorsion »: elle y a dessiné sa fille (alors sensiblement du même âge que la mienne) en train de regarder la télévision. Seule au monde et sans limite dans sa liberté corporelle!

Planche Free as a child de Margaux Motin, in La Théorie de la contorsion (Editions Marabulles)
« Free as a child » de Margaux Motin, in « La Théorie de la contorsion » (Éditions Marabulles)

Je me régale de voir ma fille jouir du même espace mental de liberté en s’inventant tantôt maîkresse, tantôt Spiderman voire les deux en même temps qui me sert une pizza aux Granolas. Profites-en ma chérie, ce temps est si précieux, tu verras, il ne dure pas si longtemps!

6 réflexions sur « On aurait dit que j’étais Spiderman »

  1. Merci Cla pour ce joli billet plein d’humour. Je reconnais bien là ton style empreint de légèreté mais aussi ta vivacité d’esprit. Et j’imagine parfaitement ta puce en train de jouer… pas étonnant que tu te retrouves parfois en elle. Elle te ressemble tant. Bise et continue d’écrire pour toujours nous ravir. Cès

  2. Elle est top cette Cloclo, elle ira loin!
    Comme sa mère qui grâce à sa plume, me permet de rire et de l’imaginer encore mieux que sur un petit film volé à l’aide de son smaaaaaaartphone…
    Bravo ma Clarisse
    Qu’un mot: Continue!

  3. c’est vrai que cela passe vite le temps… profitez… profitez
    moi, la mamie de clochette, je peux vous dire que sa maman était copie conforme ( excepté spiderman -eh oui cela n’existait pas trop dans notre sweet home) ‘elle était excellente avec la meme bouille, les memes yeux pleins de malice pour jouer au restaurant avec sa propre grand mère et lui vider en un temps reccord TOUTES les conserves du placard, transformant le lino de la cuisine en un champ de bataille
    bravo clarisse, c’est délicieux de te lire

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