Mon (tonton) Matisse

MATISSE et moi, c’est une longue histoire. D’amour. J’en ai quelques-uns comme ça qui me suivent depuis l’enfance ou l’adolescence… cette époque où je découpais des photos de peintures, d’artistes, de chanteurs (morts) pour les coller dans mon agenda Naf Naf. Ou encore plus tard, jeune adulte à Paris, quand je m’achetais des posters qui coûtaient la peau des fesses dans le quartier de Beaubourg… Matisse, Keith Haring, Roy Lichtenstein, Wharol, Chagall… Certains m’ont quittée, laissant la place à de nouveaux artistes, d’autres sont restés. Comme Matisse.

img_5950Matisse, c’est un peu le vieil oncle que j’aimerais aller visiter pour tenter de glaner quelques miettes de génie et de technique picturale. Je m’imagine allongée sur une méridienne, derrière lui, en train de l’observer crayonner, griffonner ses traits, composer ses couleurs, chercher, râler, défaire, refaire, re-râler. Parce qu’il a l’air un peu ronchonchon tonton Matisse, perfectionniste, exclusif, jusqu’au-boutiste. Enfin, je le sens comme ça.

C’est fou comme il y a des peintres qu’on croit connaître depuis toujours et qui parviennent à nous surprendre à chaque expo. C’est le talent des commissaires d’expositions de réunir de nouvelles toiles issues des fonds secrets des musées ou des collections de fucking chanceux (et milliardaires surtout). Et puis parfois, l’on redécouvre des œuvres que l’on a déjà vues 100 fois mais qui, parce qu’elles illustrent un thème particulier, dévoilent de nouvelles facettes. img_5994

Tout ça pour dire que lorsque j’ai été conviée à l’expo spécial Blogueurs « Matisse, le laboratoire intérieur », au Musée des Beaux arts de Lyon, je ne me suis pas fait prier!

« Laboratoire intérieur? » Kesako? L’idée, c’est de montrer comment faisait Matisse, tout seul dans son atelier, pour aboutir au tableau ou à la sculpture devant lesquels des milliers de personnes s’ébahiraient plus d’un siècle plus tard. Bon on est d’accord, Matisse était génial, mais ça fait du bien de savoir qu’il travaillait énormément, ratait parfois, apprenait pour désapprendre… Cette exposition montre que ce labeur assidu passait par le dessin sous toutes ses formes (crayon, fusain et estompe, plume et encre…), pratiqimg_5966ué au quotidien, presque une hygiène de vie. Omniprésent sur les pages de ses carnets, en marge de ses lettres ou sur de beaux papiers, ces dessins font le lien entre les tableaux et les sculptures de Matisse, au gré de ses différentes périodes, imprégnés de ses nombreux voyages (Nice bien sûr, mais aussi le Maroc, la Russie…) et de ses amitiés artistiques.

 

Je vous le dis tout de suite, mes amis: cette expo m’a bluffée! Et ce, pour plusieurs raisons:

  • La première, c’est le nombre d’œuvres:  250, réparties entre 14 séquences à la fois thématiques et chronologiques. A chaque fois, dans chaque salle, les dessins – on dit « études » quand ils préparent une œuvre fiimg_5964nale – dialoguent avec les gravures, les toiles ou les sculptures dont ils sont le prémisse. Il y a quelque chose d’émouvant à voir ce par quoi l’artiste est passé avant d’oser peindre ou modeler. Il teste ses couleurs, travaille ses volumes. Au et à mesure des traits qui ne sont pas tous gommés, l‘on sent la main qui travaille. Avec acharnement.

 

  • J’ai aimé ce que l’expo donne à voir et à comprendre sur le rapport de Matisse aux femmes. On l’a dit, le bonhomme est perfectionniste, entré en peinture comme on entre en religion dès lors que sa mère lui offre une « boîte de couleurs » (comme on disait à l’époque) à la suite d’une img_5983appendicite. Plus tard, sa femme Amélie le quitte, lasse d’être délaissée pour la peinture et seulement la peinture. Ses modèles envers lesquels il se montre aussi fidèle qu’exigeant ne partagent pas son lit, mais passent des journées entières de pose dans son atelier. Matisse, collectionneur de tissus (il est d’ailleurs fils de tisserands), va jusqu’à constituer un vestiaire complet pour ces dames, notamment avec des blouses romaines. Ceci lui permet, à travers les lignes graphiques des vêtements et la variété de leurs motifs, d’enrichir l’aspect décoratif de ses toiles. C’est particulièrement vrai dans la magnifique série des Odalisques. Ces femmes à demi nues assises ou allongées, gracieuses et alanguies, qui prennent la pose dans de foisonnant décors orientaux. C’est d’une affolante beauté!

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  • Il me faut aussi dire quelque chose sur les visages de Matisse. C’est troublant comme, dans ses portraits, il ne cherche pas à représenter la réalité, y compris lorsqu’il s’agit d’une commande (au risque d’ailleurs de voir sa toile rejetée par son commanditaire!) Pour lui,
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    Etude pour le portrait d’Yvonne Landsberg

    l’exactitude n’est pas la réalité. Ce qu’il veut, c’est accéder à la vérité spirituelle de son modèle. Ainsi, pour le portrait d’une certaine Yvonne Landsberg dont il est dit qu’elle n’était pas exactement un canon de beauté! Matisse profite des moments de relâchement d’Yvonne pendant la pose pour traquer (et croquer) en elle les détails qui font qu’elle est elle. L’exposition présente une quinzaine d’études qui illustrent le travail de décomyvonne1position de Matisse autour du visage d’Yvonne, puis la toile finale, monumentale, où trône la jeune femme dans une pose hiératique, impressionnante car portant comme un masque africain. On peut comprendre pourquoi les parents d’Yvonne ont refusé ce tableau qui lui ressemble si peu!yvonne2

Dans une autre salle et également sur l’affiche de l’expo, on découvre le portrait des petits-fils de Matisse: des visages simplifiés, essentiels, réalisés au gros pinceau, peinture noire sur fond blanc. Et les mots de Matisse raisonnent: « La face ne ment point, c’est le miroir du cœur ».

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Portrait de Jackie, petit-fils de Matisse
  • Enfin, si Matisse m’a évidemment une fois de plus impressionnée, il en est un autre qui m’a épatée: c’est Romain Perrin!
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Le médiateur culturel du Musée des Beaux arts de Lyon: incollable sur Matisse!

« Qui c’est celui-là? Un contemporain de Matisse qu’on aurait loupé? Un acheteur? Un collectionneur? » Que nenni les amis! C’est le médiateur culturel qui nous a fait visiter l’expo, impressionnant de connaissances, capable de faire des ponts entre les courants artistiques, pouvant citer des phrases entière de Matisse et glissant, par-ci par-là, des anecdotes savoureuses (saviez-vous que Picasso, soit disant copain comme cochon avec Matisse, jouait néanmoins aux fléchettes sur la sculpture que lui avait offert son pote et qui représentait sa fille ?!)… Et Romain, il m’a vachement plu quand il a dit « qu’il n’y avait pas de progrès en peinture, seulement des avancées et des reculs ». Cela rejoint ce que cette expo a opéré en moi: une sorte de démystification du peintre. Certes génial, mais qui bossait, et tous les jours.

Mort à 85 ans, Matisse a connu plusieurs guerres, participé à des courants artistiques pour mieux s’en échapper, précurseur, inventeur, voyageur. Impossible de tout dire sur l’expo du Musée des Beaux arts tant elle dit beaucoup de ce parcours incroyable. Il faut aller la visiter, et même plusieurs fois si possible, puisqu’elle est visible jusqu’au 6 mars 2017!

=> Toutes les infos sur http://www.mba-lyon.fr/mba/sections/fr/expositions-musee/expo-matisse/exposition-matisse

 

 

 

 

 

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