Les rêveries de Carole Gourrat

Je vous l’avoue, je suis bien contente d’entamer mes portraits d’artistes avec CAROLE GOURRAT! Cela fait une dizaine d’années que je suis cette illustratrice mâconnaise (71) et depuis tout ce temps, je me régale de son travail, de son univers, d’abord dédiés aux enfants et aujourd’hui, progressivement caroletournés vers un public plus adulte, assurément conquis par tant de beauté!

Même si elle se définit comme illustratrice dans la vie et dans sa sphère professionnelle, Carole est pour moi une peintre! Car pour tout travail d’illustration, qu’il s’agisse d’une commande ou d’un projet plus personnel, l’artiste utilise la peinture (à l’huile, toujours). Point de numérique ou très peu, « il ne me réussit pas » confie-t-elle, d’autant qu’il ne lui apporte aucun plaisir. Et le plaisir, pour Carole, ça compte beaucoup!

Le plaisir mais aussi le temps, de bien faire les choses, d’aller au bout d’une idée, avec détermination et perfectionnisme. Ainsi Carole s’applique à restituer les moindres détails d’un pelage de bête sauvage ou d’une corolle de fleur imaginaire, peaufine les modelés d’un visage poupin ou les plis d’une étoffe soyeuse.

Le temps donc. Un élément trop peu souvent compatible avec les exigences de l’édition pour laquelle Carole travaille aujourd’hui, après avoir étudié aux Beaux arts de Nancy et aux Arts Déco de carole4Strasbourg, option illustration. Ainsi, depuis ses débuts en 2001, les grandes maisons comme J’ai Lu, Milan ou Nathan, la sollicitent régulièrement pour illustrer des couvertures et pages de livres pour la jeunesse. Si les références sont belles, la liberté de création varie d’une maison à l’autre, contrecarrée par le goût et les attentes du lectorat. Parallèlement, de plus petites structures s’intéressent également au travail de Carole. Il en est ainsi du Buveur d’encre qui lui a proposé une collaboration artistique inédite et marqué un tournant dans sa carrière.

Un nouvel élan avec Salammbô

Pour ce projet, l’éditrice, elle-même auteure jeunesse, a invité Carole à dessiner sur le thème de la musique dans la nature. Peu à peu, les illustrations de l’une ont nourri les textes de l’autre et inversement, les deux femmes œuvrant de concert et s’autorisant à faire des remarques constructives sur leur travail mutuel. Ainsi est né en 2011 « Salammbô et Aimé, un air de liberté », un sublime album dont l’histoire et les dessins rivalisent de lyrisme et de poésie. Salammbô, le personnage féminin au doux visage de poupée, a séduit les éditeurs jeunesse qui ont alors marie-a-2-corrections-mailcommandé une kyrielle de princesses à Carole, pour des albums et des planches de stickers.  L’illustratrice s’est exécutée en parvenant à insuffler son style et de l’originalité à ses personnages, comme dans la série des Princesses historiques créée pour Auzou Jeunesse. Sissi et Marie-Antoinette affichent ainsi leurs jolis minois, dans un univers pastel et poudré proche de celui d’une autre Marie-Antoinette, celle de la réalisatrice Sofia Coppola.

marie-antoinette-corrections-copie-1A l’image de ce personnage historique, les illustrations de Carole ne sont jamais cul-cul, jamais gnangnan. De son travail filtre une inspiration documentée et raffinée. Il y a le cinéma, et la littérature qui la passionne depuis l’enfance: « J’ai été visuellement marquée par les illustrations des livres de la Comtesse de Ségur » raconte-t-elle. Carole s’inspire aussi de belles choses anciennes comme les gravures, les vieux recueils et les peintures d’oiseaux d’Aubusson. De même, la flamboyante architecture gothique du Monastère de Brou à Bourg en Bresse, où elle anime des ateliers créatifs dédiés aux enfants, stimule son imagination. En rencontrant les artistes contemporains qui y exposent régulièrement, elle reste connectée à ce qui se fait de plus moderne aujourd’hui.

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Un jour, les commandes de princesses à la chaîne ont fini par saturer Carole qui s’est pris à rêver d’autre chose, comme de peindre sur de grandes toiles par exemple! Et elle a osé mettre de côté les personnages pour se consacrer à ce qu’elle aimait vraiment dessiner: les animaux et la nature!

 

carole5Pour réaliser ses tableaux, Carole prend le temps de faire exactement ce qu’elle a en tête et, pour cela, utilise toujours la même méthode : d’abord un crayonné sur du papier A3, un scan de son dessin à partir duquel elle grossit, réduit, déplace tel ou tel élément de la composition, puis une impression et un décalque du dessin final sur la toile. Il lui faut ensuite entre deux et trois semaines pour réaliser sa peinture, toujours exclusivement à l’huile. Le plaisir du pinceau qui glisse sur la toile, l’ouverture du champ des possibles de la couleur, la subtilité des glacis. Trois passages de peinture ne sont pas de trop pour Carole qui en profite pour rehausser les noirs et estomper le fond afin de donner toute sa force au sujet placé au premier plan.

Balade dans les jardins suspendus

Sur la toile naît un peuple d’animaux, richement et finement travaillés, émergeant d’une végétation foisonnante composée de fleurs variées et d’arbustes fous, le tout lié par des couleurs d’une infinie douceur. Le réalisme apporté au dessin des animaux côtoie l’onirisme affiché des compositions, comme dans la dernière série de l’artiste consacrée aux jardins suspendus. Ces nouvelles toiles ont marqué les esprits des visiteurs lyonnais de l’éphémère Épatante Galerie (lire mon article sur l’expo http://lescreativantes.fr/category/les-artistes/), ce qui laisse présager à Carole l’écriture d’une nouveau chapitre de son parcours artistique.  « La tendance étant nettement à la décoration, pourquoi ne pas proposer mes illustrations pour de beaux papiers peints et démarcher parallèlement des galeries afin d’y exposer mes toiles » s’interroge Carole qui reconnaît que le succès de son exposition a émoustillé sa créativité. Je suis personnellement certaine qu’elle tient là une belle idée!

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Le jaguar, exposé à l’Épatante Galerie, à Lyon, en novembre dernier

Car l’élégance, la richesse et l’originalité du travail de Carole en peinture a de quoi séduire de nombreux amateurs d’art. Entrer dans l’un des tableaux de Carole, c’est se laisser aller à son imaginaire, sans se raccrocher à une histoire: accepter seulement de lâcher prise et de s’abandonner à la rêverie. En cette période de morosité ambiante, c’est précisément ce dont nous avons besoin!

***Retrouvez l’univers de Carole sur son blog: http://carolegourrat.canalblog.com/

 

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