Les lampes vivantes d’Anne-Charlotte Saliba

Après une absence prolongée ici, me revoilà. Et une fois n’est pas coutume, pour ce retour en grandes pompes (mais oui, mais oui), c’est vers le volume et la lumière que je vous emmène, à travers le travail de la designer d’objets Anne-Charlotte SALIBA. Nous avons discuté dans son adorable appartement décoré façon cabinet de curiosités et peuplé de plantes vertes, en buvant une tasse de verveine (pour elle) et de thé genmaicha (pour moi). Lové sur un oreiller à côté de nous, Mo, le chat-peluche à longs poils gris et blancs ronronnait juste comme il faut. Et nous étions éclairées par l’une des lampes d’Anne-Charlotte, ces petites beautés dont j’avais vraiment envie de vous parler.

Baladeuse écaillée

Comme la plupart des artistes interviewées pour ce blog, j’ai vu les créations d’Anne-Charlotte avant de la rencontrer, elle. D’abord sur Facebook, puis dans une boutique de créateurs que j’adore, Mademoiselle Major, dans le 1er arrondissement de Lyon (pour les Lyonnaises qui me lisent!). Des  suspensions en papier blanc, assez géométriques, avec des pliures et des dentelés. Hasard de la vie, Anne-Charlotte et moi, nous avons nos enfants scolarisés dans la même école et nous nous croisions donc de temps en temps sans que je sache qu’elle était l’auteure de ces lampes divines.

La baladeuse Gisèle

Un feu intérieur

Il y a de la retenue chez Anne-Charlotte. Une pudeur, une prudence. Pas de timidité, plutôt une réserve. En discutant avec elle de son activité qui relève pour elle de la passion, une passion grandissante, on devine rapidement le feu intérieur, la fougue qui l’animent.  J’imagine bien d’ailleurs Anne-Charlotte enfant. Une petite fille déterminée, discrète mais frondeuse, capable, comme elle me le révèle, de rester cinq heures attablée à son petit bureau pour peindre un oiseau pour la fête des pères.  Cette notion de perfection, accompagnée de l’envie très forte de créer des choses de ses mains, n’a jamais quitté Anne-Charlotte depuis ses jeunes années.

Elle a suivi un parcours d’études artistiques. D’abord une année aux Beaux-arts de Saint-Etienne dont elle garde un très mauvais souvenir: « J’ai vraiment détesté ce système prétentieux et jugeant, à une époque où j’étais plutôt introvertie ». Elle est donc partie ensuite à Rennes, dans une école de design et d’architecture intérieure où elle a retrouvé une certaine sérénité en expérimentant la matière, en se rapprochant de l’objet et de ses plus petits détails. Elle a commencé aussi, à ce moment-là, à introduire les notions de mouvement et de lumière dans son travail. Puis ce fut Paris et ses petits boulots alimentaires pour, en parallèle, pouvoir nourrir son book et travailler en freelance sur des projets de décoration de vitrines pour des marques de luxe avec, déjà, des éléments en papier. Elle sait là qu’elle tient quelque chose. Retour à Rennes où elle commence à créer des lampes en papier, cumule deux temps partiels… et accouche de son premier garçon, Eliott. Anne-Charlotte ne lâche rien. Elle sait ce qu’elle veut… et ce qu’elle ne veut pas: « J’ai réalisé très tôt que je ne pourrais jamais travailler en agence car je savais que je manquerais d’air. La notion de liberté est hyper importante dans ma vie. »

Les baladeuses Aki

Le papier, plein d’attraits

Depuis trois ans et demi, Anne-Charlotte est installée à Lyon, avec son compagnon et ses deux garçons (Camille est né l’an dernier). Depuis septembre, elle se consacre à temps plein à la fabrication de ses lampes: « Enfin j’optimise au maximum mes journées, entre les sorties d’école et de crèche! ». Elle a définitivement opté pour le papier. « Au début, parce que c’est une matière peu coûteuse et que je voulais pouvoir pleinement m’exprimer sans être pénalisée par un critère économique. Mais finalement, le papier s’est révélé plein d’attraits! » explique-t-elle. Anne-Charlotte utilise donc un papier Canson assez basique, dont le grammage tient l’équilibre entre une densité suffisante pour permettre les pliages et une transparence indispensable au passage de la lumière.

La lampe Tripode

Anne-Charlotte commence toujours par esquisser quelques croquis de la lampe qu’elle a en tête. Puis très vite, elle entre dans le vif de la matière. Enfermée dans son petit atelier, elle teste ses idées sur des bouts de papier, découpe, perfore, coud, plie… avant de se lancer en grand format. Elle a choisi de travailler principalement en blanc qui, naturellement, permet une réflexion de la lumière entraînant jeux d’ombres et de transparences. Il est aussi vecteur de sérénité. « Et puis la couleur raconte déjà une histoire. Je veux que cette histoire se raconte d’une autre manière, par des perforations, par des écailles par exemple, précise Anne-Charlotte, j’aime aussi que l’objet ait une double lecture, lorsqu’il est allumé et lorsqu’il est éteint. »

Détail de la matière écaillée

Un univers animal et végétal

Pour moi, ses lampes sont vivantes, elles ont quelque chose d’animal ou de végétal selon les modèles. Anne-Charlotte me le confirme en citant ses sources d’inspirations: « Les abysses, les invertébrés, toutes ces créatures folles qui peuplent le fond des mers et qui parfois s’illuminent, la nature aussi… »

La lampe Boa

Ma lampe préférée s’appelle Boa, un comble pour moi qui aie la phobie des serpents! C’est l’objet mouvant par excellence: elle glisse et ondule et si elle est inspirée des mouvements du serpent, elle peut aussi faire penser à une fleur, une robe de princesse, une chevelure ou une queue de sirène. Elle est tout simplement magnifique, a fortiori dans son format XXL puisque Anne-Charlotte a la bonne idée de proposer ses créations en plusieurs dimensions.

La lampe Boa, très grand format

Aujourd’hui, Anne-Charlotte voudrait offrir plus de visibilité à ses créations, dans des boutiques et des expositions. Sa lampe Boa est en ce moment même présentée à Paris, à la galerie VIA, dans le cadre de l’exposition Hybrid[e] Le design français se métamorphose (jusqu’au 6 mai).

La veilleuse Boa joue les stars en noir.

« Je souhaiterais aussi créer des correspondances avec d’autres artisans d’art et développer d’autres savoir-faire pour que le champ des possibles soit toujours plus vaste » annonce la créatrice. Je vous l’ai dit, cette fille a le feu, on n’est pas prêt de l’arrêter.

*** Découvrez tout l’univers d’Anne-Charlotte Saliba sur son compte Instagram @annecharlottesaliba et sur son site http://annecharlottesaliba.free.fr/

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *