La poésie dada d’Amélie Cordier

C’est un matin qui ressemble à l’été. Étourdis par l’audace de cette météo, les passants hésitent entre tomber la veste et garder leurs Ugg. Quel temps idéal pour aller boire un café en terrasse avec AMÉLIE CORDIER, place Sathonay (pour les non Lyonnais, c’est quelque part entre les Terreaux et les quais de Saône)!

Le guitariste

Amélie est graphiste et pas seulement. Elle a des idées plein la tête, avec de la musique et de l’humour aussi dedans pour faire bouger tout ça. Avouons le tout de suite: je connais Amélie. Pas super bien, mais suffisamment pour déceler chez elle ce qui me plaît de façon générale chez une femme, le talent en plus. Parce que la meuf a un univers, et ça c’est précisément ce qui, pour moi, distingue une fille cool d’une fille artiste. Bon et puis ça n’a rien à voir mais quand même un peu (j’écris ce que je veux, c’est mon blog!): Amélie et moi, on a tourné en maillot de bain dans le court-métrage de mon amie IsaBelle l’été dernier et ça, c’est quelque chose qui scelle un truc entre deux êtres humains, j’ai envie de vous dire.

Une poésie farfelue

Fauve

Cela étant dit, notre connexion n’a pas joué sur l’intérêt que je porte à ses créations car je les ai découvertes avant elle! J’ai tout suite accroché à son style un peu suranné, charmant, à la fois poétique et drôle, parfois farfelu, proche du surréalisme. Des animaux vivant aux antipodes réunis façon carte à jouer, une baigneuse plongeant d’une feuille, un guitariste à tête d’oiseau… Quand je parlais d’univers!

 

Le Bilbocoeur

Parfois, une légende apporte un peu de sens (ou pas), à la manière des dadaïstes et autres surréalistes dont Amélie aime à s’inspirer. Élevée au royaume des contes par ses parents, elle adore les jeux de mots, les double-sens, les détournements d’expressions courantes, qui la guident dans ses créations : Le Bilbocoeur, L’Effet de cerf

 

 

L’Effet de cerf © A. Cordier

Elle se régale aussi de la beauté des associations incongrues, en se nourrissant de la fameuse citation du comte de Lautréamont « Beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie ».

Lorsqu’elle a pu exposer ses œuvres dans des bars ou des restaurants qui lui ressemblent à Lyon et à Paris, Amélie s’est réjouit des remarques des visiteurs: « La force de l’imaginaire me surprend toujours! Les gens arrivent à projeter des sentiments très personnels sur mes créations. » A l’instar de ce paquebot posé sur trois malles qui, pour telle personne, évoque un prochain départ aux États-Unis et, pour telle autre, fait écho au sort des migrants.

Bateau

Décomposer, assembler, créer

Peut-on parler d’illustrations? Amélie lève rapidement une ambiguïté: « Je ne dessine pas! Souvent les gens qui aiment mon travail sont déçus de l’apprendre! » D’où un sentiment d’illégitimité qui colle un peu aux basques de la jeune femme. A tort selon moi, car le plus important est ce à quoi elle aboutit, toujours parfaitement réussi.

Mais comment procède-t-elle, justement? « Je chine de vieilles gravures, tombées dans le domaine public (70 ans après la mort du créateur), dans des Larousse ou des catalogues Manufrance par exemple. Je pioche un élément par-ci, un autre par là, et dès que j’en ai réuni quatre ou cinq, je compose, décompose, assemble pour créer une nouvelle image et raconter ma propre histoire » explique-t-elle. L’inspiration naît de la gravure chinée et déclenche le processus créatif.

Comment lui est venue l’idée de cette technique qu’elle n’a certes pas inventée, mais qu’elle manie à merveille, parvenant à en faire sa signature? « Lors d’un stage au Québec, entre mes deux années de DSAA au lycée de la Martinière (Lyon), j’ai eu à m’occuper d’un livre sur les produits du marché pour lesquels je devais réaliser 95 fausses étiquettes! raconte Amélie. Comme il n’y avait évidemment pas de budget pour acheter quoique ce soit, je suis allée fouiner dans les banques de gravures ».

Nombril du monde 2013

En plus d’être ludique, ce procédé offre à Amélie des possibilités créatives infinies qu’elle met à exécution également dans son métier de graphiste. Séduits par cet univers iconoclaste, des clients aussi variés que des associations culturelles (Le Nombril du Monde…), des architectes (In Situ), des restaurateurs (Bistrot Des Fauves à Lyon, Hôtel Restaurant du Commerce à Autun), des musiciens etc. la sollicitent régulièrement pour créer ou repenser leur logo, leur programme, leur identité visuelle et autre charte graphique.

Le Nombril du Monde 2013

Freelance depuis 2009, Amélie aime travailler en lien direct avec son client, « notre rencontre permettant de capter déjà beaucoup de choses! ». Elle œuvre dans les Pentes de la Croix Rousse, au Palace Rouville, un atelier partagé avec une douzaine de professionnels exerçant majoritairement dans le secteur des arts appliqués (illustrateurs, peintres, designers textiles, web designers…). « Cela n’a rien à voir avec du coworking! Ce sont des collègues-amis avec lesquels je ne bosse pas mais avec lesquels je peux échanger et partager des expériences. Les fondamentaux des uns viennent enrichir ceux des autres. Personnellement, ça a libéré ma créativité! » s’enthousiasme Amélie. Au rez-de-chaussée de ce palace créatif, il y a même l’atelier de sérigraphie d’Olivier Bral http://olivierbral.fr/ auprès duquel elle imprime certaines de ses affiches, comme celle des Contes à la Chaîne de La Rochelle.

Les Contes à la Chaîne

Perfectionniste, Amélie aime l’idée d’une cohérence entre ce qui émane de ses créations et les techniques utilisées pour y parvenir. Quelque chose qui relève de l’artisanat et des savoir-faire d’antan.

Presse typo de l’atelier Chambre Noire

Elle est ainsi ravie d’imprimer ses calendriers perpétuels sur presse typo avec l’atelier Chambre Noire.

Calendriers perpétuels

Le rêve d’Amélie aujourd’hui? Continuer à élargir son réseau à d’autres domaines professionnels, collaborer avec la presse, faire évoluer son travail aussi en intégrant des fonds noirs ou de couleur… Petit soldat empli d’humilité, plus enclin aux relations nées du bouche à oreille qu’au démarchage à tout va, Amélie, je le devine, saura faire tout cela. Elle a la vie devant elle et le talent vissé au corps.

Plonge

** Photos © Amélie Cordier

*** Retrouvez tout l’univers d’Amélie Cordier sur son site (elle y a même un shop!!!) http://www.ameliecordier.com/

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