David Hockney, le lumineux

[INTRO] Bon, cet article aurait dû être publié il y a déjà un mois mais avec les vacances, voyez-vous, j’ai pris du retard! Pour vous dire la vérité, je pensais quand même l’écrire dès mon arrivée en Bretagne, genre blogueuse hyper cool et connectée et où qu’elle aille, les pieds dans l’eau et l’écran total sur le nez… L’intention était là. Mais c’était sans compter sur le réseau pourri de mon endroit de villégiature (tenu secret, comme pour Emmanuel et Brigitte!). A moins de me mettre au fond du jardin à droite des hortensias, en équilibre sur un pied, impossible de capter quoi que ce soit! Vous comprendrez, je l’espère, que je n’aie pas lutté.

De retour à la civilisation d’aujourd’hui, loin des mouettes et des crêpes, respirant à nouveau dans la pollution lyonnaise, je vous livre donc sans plus tarder mon article!

Chaque été, début août, je m’offre une escapade à Paris avec mon amoureux. Si le point de départ de ce voyage est évidemment de se retrouver tous les deux, loin du tumulte du quotidien familial, il y a aussi toujours la motivation (que dis-je? L’excitation!) d’aller visiter une exposition en cours dans la capitale. Cette année, c’est celle de DAVID HOCKNEY, au Centre Pompidou, qui a teinté notre week-end love love d’une lumière si particulière.

Entrez dans la lumière…

Car le premier truc qui me vient à l’esprit lorsque je pense à Hockney, c’est la lumière. Toutes les toiles que je connaissais de lui, principalement ses swimming pools, ses scènes de piscines, ont cette luminosité de dingue en commun. Vous savez, cette lumière presque blanche des heures les plus chaudes de l’été qui s’intensifie au contact des parois claires bordant la piscine. Cette lumière qui ralentit le temps et colore l’eau de blanc et d’argent. Cette lumière qui fait cligner des yeux et transpire la sensualité. Des corps d’hommes immergés ou endormis nus à même la pierre en disent long sur les amours du peintre. Dans ma tête, l’imaginaire bat son plein et se fait son cinéma, se projetant de fameuses scènes de films tournés autour ou dans une piscine, avec soleil au zénith, corps (a)dorés et sexualité affirmée: La Piscine avec les sublimes Romy Schneider et Alain Delon ou Swimming Pool avec l’infernal duo Ludivine Sagnier / Charlotte Rampling.

Sunbather (1966). Acrylique sur toile. Museum Ludwig, Cologne, donation Ludwig

Avant l’expo de Pompidou, j’en étais là et c’était déjà beaucoup.

Mais à Paris, j’ai découvert tout le reste. Une vie entière puisqu’il s’agit d’une rétrospective: 60 ans de carrière et autant d’élans vers la nouveauté, la recherche, le jeu… en sachant que ce grand monsieur continue à peindre à 80 ans! Je ne vais pas vous faire un cours sur Hockney: je n’en ai absolument pas les compétences et ce n’est pas l’objet de mon blog. De plus, au vu de la myriade de bouquins et de hors séries en vente à la boutique du musée, vous pourrez lire ça écrit en beaucoup mieux ailleurs. Non, mon idée, c’est comme d’habitude de partager avec vous mon enthousiasme à l’égard de cet immense artiste et l’émotion intense ressentie devant certaines de ses œuvres.

Je vous propose un survol de cette expo chronologique et par là même du coup assez pédagogique.

On commence en toute logique avec les œuvres de jeunesse d’Hockney à travers lesquelles étonne et détonne son humour ou, mieux, son espièglerie. N’oublions pas qu’il est anglais!

Self-Portrait (1954). Coll. Bradford Museums and galleries, Bradford

J’ai notamment adoré son autoportrait réalisé en collage sur papier journal qui démontre, alors qu’il est encore jeune étudiant à l’école d’art de Bradford, son incroyable sens de la couleur et du graphisme.

Les toiles qu’il peint un peu plus tard, au Royal College of Art (Londres), impressionnent par leur maturité et leur audace. Notamment inspiré par Jean Dubuffet pour l’esprit graffiti et par Francis Bacon pour la force du message à transmettre, il glisse des allusions à son homosexualité derrière un trait et une composition parfaitement maîtrisés. C’est osé, malin, drôle donc percutant. Une sorte d’outing pictural, commis dans la fulgurance. Ces Love Paintings témoignent d’une incroyable liberté d’expression dans l’Angleterre des années 50 où les homosexuels sont toujours considérés comme des criminels!

Je suis tombée au fond de la piscine…

Justement, une décennie plus tard, fantasmant sur l’idée d’un paradis des sens made in America, Hockney s’envole pour Los Angeles. Et il n’est pas déçu! A la re(découverte) des toiles qu’il réalise là-bas, moi non plus! Ce sont ses fameuses Pools débordantes de sensualité, illustrant à merveille la philosophie hédoniste de la Cité des Anges et plus particulièrement de Santa Monica où il a posé ses pinceaux.

Parallèlement à la peinture, David Hockney photographie. Beaucoup. Et comme souvent dans l’art, les disciplines se complètent et se nourrissent l’une l’autre. Dans la toile A Bigger Splash, inspirée d’ailleurs d’une publicité pour la construction de piscines, il peint un cadre blanc autour de sa composition, renvoyant à l’esthétique d’un cliché polaroïd.

 

A Bigger Splash, 1967. Acrylique sur toile. Tate, Londres, purchased 1981

Mon coup de cœur: les Joiners

Kasmin, Los Angeles 28th March 1982. Polaroid composite. Collection de l’artiste

Dans les années 80, la photo d’Hockney prend une autre tournure et une autre force avec ses Joiners, des assemblages d’une centaine de tirages polaroïd qui recomposent un personnage ou un paysage.

Il livre ainsi une nouvelle version du cubisme – ce courant artistique du début du XXe siècle qui synthétisait la vision du spectateur tout en lui montrant une multiplicité de points de vue. En juxtaposant les images, il montre les différentes facettes d’un même objet, paysage, personnage.

Une façon de se rapprocher de la vérité de son modèle?

Couverture du livre Cameraworks by David Hockney, 1984

En tout cas, j’ai été bluffée par la précision, la pertinence et la force de ces patchworks photos.

 

4 Pearlblossom Hwy., 11-18th April 1986, #1
Photocollage. The J.Paul Getty Museum, Los Angeles

De la toile à l’Ipad

Je passe sur les portraits et les « perspectives inversées » afin de ne pas vous pondre un article trop longuet et vous perdre en route! Ce que je trouve incroyable chez Hockney c’est cette faculté constante à chercher, expérimenter, inventer. Mais n’est-ce pas la caractéristique d’un véritable artiste? Il est d’ailleurs l’un des premiers à se procurer un Ipad pour, après l’avoir fait sur fax, tablette graphique Wacom et Iphone, dessiner sur ce nouvel outil. C’est comme s’il absorbait toutes les innovations pour les intégrer dans son art et continuer à « faire du Hockney »! Ce qui l’intéresse aussi avec ces médias, c’est la possibilité qu’ils offrent de diffuser largement et immédiatement ses œuvres une fois réalisées.

L’une des pièces les plus marquantes de l’expo, dans la dernière salle, est cette installation en quatre panneaux numériques qui montre en accéléré le processus créatif d’Hockney sur une même œuvre représentant des joueurs de cartes. Des crayonnés qui placent sommairement les éléments de la composition jusqu’au résultat final, en passant par toutes les retouches, les suppressions, les changements de couleurs, de perspectives, d’expressions des visages…, tout est montré! C’est évidemment le travail banal de chaque artiste-peintre sur une toile, sauf que nous sommes ici sur l’Ipad d’Hockney. C’est stupéfiant!

Je ne peux pas tout dire, tout raconter: il faut aller voir absolument cette rétrospective!

Au comble de la joie

Une dernière chose tout de même qui m’a comblée, c’est l’état d’euphorie dans lequel je me trouvais en sortant de Beaubourg! Et vous savez pourquoi? Je crois que c’est grâce à toute cette joie, tout ce bonheur de créer qui irradient au travers des œuvres de David Hockney. La couleur et la lumière, omniprésentes, forcent évidemment le trait de cette impression (certains m’opposeront peut-être un risque d’overdose?). Moi je dis qu’en ces temps de sinistrose généralisée, cette joie met du baume au cœur et vient contredire l’idée selon laquelle il faudrait être malheureux et maudit pour pouvoir créer. Eh bien non, il faut juste bosser en fait, thanks and love David!

Portrait of an Artist, 1972. Acrylique sur toile. Lewis Collection

*** L’exposition « DAVID HOCKNEY, UNE RETROSPECTIVE » court jusqu’au 23 octobre. ALLEZ-Y !!! Toutes les infos sur https://www.centrepompidou.fr/

 

 

 

 

 

 

2 réflexions sur « David Hockney, le lumineux »

  1. Bravo lire cet article plein d enthousiasme, de couleur ,de chaleur ,de joie de vivre….
    Fait oublier la grisaille et les soucis
    Merci clarisse
    On en redemande

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