Charlotte de David Foenkinos

Je dois l’avouer: avant, je n’aimais pas David Foenkinos. Snobisme? Condescendance vis-à-vis d’une littérature qualifiée de populaire? Sûrement un peu, oui. Pour moi, Foenkinos, c’était l’écrivain des bons sentiments, des histoires à l’eau de rose, des mots gorgés de sucre. L’écriture facile et sans envergure, à peine mieux placée que Marc Levy ou Guillaume Musso sur mon échelle de Richter personnelle de la littérature. Snob et conne, oui je vous l’accorde. Mais surtout, j’avais un avis sans avoir lu, ce qui pour la journaliste que je suis quand même un petit peu, craint carrément! Bref, j’étais remplie de préjugés à l’égard de ce pauvre David Foenkinos jusqu’à ce que je découvre Charlotte. Sa Charlotte. Charlotte Salomon, peintre juive allemande née en 1917 et morte en camp de concentration fin 1943. Ce livre, lu par hasard lors des dernières vacances de printemps, quelque part entre Saint-Cyprien et Cadaquès, m’a bouleversée.

Bouleversée par la vie de cette artiste qui naît et grandit dans une famille dont tous les membres sont rongés par la mélancolie et qui finissent par choisir la mort plutôt que la vie tant elle leur paraît insupportable (« une mélancolie ravageuse, dont on ne revient pas« , écrit Foenkinos). Bouleversée par la force créatrice de cette femme qui, envers et contre tous (sa famille, les hommes, l’Allemagne nazie), impose son talent et son art. Bouleversée par son œuvre qui, en racontant sa propre existence à travers des dessins, la peinture et de longues phrases écrites par-dessus, prend l’allure d’une bande dessinée format XXL: « Vie? Ou théâtre? »

photo-2-1
« Leben? oder Theater? » (« Vie? ou théâtre? ») L’œuvre de Charlotte Salomon

Bouleversée enfin, évidemment, par le destin funeste de cette femme dont la seule erreur semble avoir été, à l’instar d’une Camille Claudel, d’être née trop tôt.

« Elle sait exactement ce qu’elle doit faire. Il n’y a plus d’hésitation dans ses mains. Elle va peindre ses souvenirs de manière romanesque. Les dessins seront accompagnés de longs textes. C’est une histoire qui se lit autant qu’elle se regarde. Peindre et écrire. »

Et Foenkinos dans tout cela? Eh bien, l’écrivain m’a beaucoup touchée dans sa manière, dès la première page, d’écrire à la première personne pour parler de sa passion pour cette artiste oubliée. Charlotte le hantait depuis longtemps et il savait qu’il écrirait un jour sur elle, sans savoir encore comment et sous quelle forme. Elle restait dans un coin de sa tête, bien que les années défilent et son lot de best-sellers avec.

« Pendant des années, j’ai pris des notes. J’ai parcouru son œuvre sans cesse. J’ai cité ou évoqué Charlotte dans plusieurs de mes romans. J’ai tenté d’écrire ce livre tant de fois. Mais comment? Devais-je être présent? Devais-je romancer son histoire? Quelle forme mon obsession devait-elle prendre? »

Je crois que David Foenkinos a finalement vu juste en décrivant son amour pour elle, sans artifice littéraire et désarmant de sincérité, et en racontant comment il a mené son enquête sur les lieux même où l’artiste a vécu, de Berlin jusqu’à Villefranche-sur-Mer dans le sud de la France. Foenkinos enchaîne les phrases courtes qui posent l’essentiel et pour ma part, c’est cette simplicité dans l’écriture, ce style épuré, découenné d’un pathos dont l’auteur a compris qu’il aurait frôlé le mauvais goût, qui m’ont fait chavirer.

photo-2

Peu à peu, j’ai réalisé que la Charlotte de Foenkinos avait été un peu la mienne aussi, il y a de cela – ouh là là – une bonne vingtaine d’années! Alors tout juste âgée de 18 ans, le bac et mon envie d’en découdre en poche, j’avais dégoté un stage au service de presse du Centre Pompidou. Oui, incroyable, la classe internationale, quand j’y repense! J’avais assisté pendant une quinzaine de jours l’attachée de presse de l’époque – Nathalie Garnier, une grande blonde classe et sympa – , pour préparer l’exposition des œuvres de …. Charlotte Salomon! Je me souviens notamment d’avoir écrit à la main les petites légendes sur les diapos des dossiers de presse (oui, c’était au temps jadis, seuls les vieux journalistes et attachées de presse peuvent me comprendre!)

photo-1-1
J’ai retrouvé dans ma bibliothèque le catalogue de l’expo que Nathalie m’avait offert à la fin de mon stage

Charlotte Salomon, protégée par un professeur qui luttait contre les lois raciales, a pu s’inscrire aux Beaux Arts de Berlin. Intense, sa peinture subjugue. Mais c’est en France, exilée et éloignée de sa famille, qu’elle créera véritablement son œuvre « Vie? Ou théâtre ». Au médecin à qui elle confie son carton à dessin lorsqu’elle se sent menacée par l’arrivée des Allemands, elle dira simplement « C’est toute ma vie ».

Toute cette vie que David Foenkinos raconte et imagine dans ce livre magnifique et poignant, « Charlotte », qui n’a pas fini de me hanter moi aussi.

photo-3
Charlotte, elle est magnifique n’est-ce pas?

« La dernière peinture est saisissante de force. Charlotte se dessine face à la photo-1mer. On la voit de dos. Sur son corps, elle écrit le titre : « Leben? oder Theater?

C’est sur elle-même que se referme l’œuvre dont sa vie est le sujet. »

2 réflexions sur « Charlotte de David Foenkinos »

  1. encore et encore
    surtout ne change rien et continue c’est du grand plaisir à lire

    je te la fais quand meme ton écharpe tricottée ou tita devient tata monique ???

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *