Ce je ne sais quoi qui déconne #3

Vous en rêviez, vous la vouliez, la suite de cette série où je malmène mon image sociale et pas que (je déteste cette expression « et pas que » mais depuis qu’elle est reprise par les journalistes de France Inter, je l’utilise avec parcimonie et quand même un peu les poils qui se hérissent sur les bras). Je ne dis pas qu’il m’arrive chaque semaine un truc méritant d’être relaté ici. Néanmoins, je n’ai pas à attendre très longtemps avant que mon naturel ne revienne au galop et nourrisse cette rubrique! Sans doute parce que j’y joue le rôle principal! Dans ce troisième opus justement, c’est dingue: il est question de rôle, de cinéma tchi tchaaaa, d’ego et aussi de maillot de bain

Coupée au montage

Il y a un an, ma pétillante copine IsaBelle m’a proposé de jouer dans le court-métrage qu’elle allait tourner au début de l’été. Évidemment, compte tenu qu’elle avait déjà de beaux films à son actif, que c’est mon amie et qu’on se retrouve autour du même besoin de créativité dans nos vies de working mums, je reconnais avoir été charmée et même flattée. Deux minutes. Car ensuite, elle m’a dit: « En fait, on va tourner à la piscine, vous serez tous en maillot de bain. » « Ah ah ah », j’ai fait. « Si, si », m’a-t-elle répondu. Quand on dit que le cinéma relève de la mise à nu, ben là personnellement, je me sentais bien à poil!

Grâce vs graisse

IsaBelle a su me rassurer: « Tu sais, c’est quand je t’ai vue dans ce maillot bleu à la piscine du Rhône que j’ai eu l’idée de te proposer de participer au projet ». Je vous le confesse: on m’aurait invitée à jouer un rôle de funambule parce qu’on m’avait trouvée pleine de grâce sur la piste de danse de mes 40 ans, ça m’aurait fait le même effet! Parce que moi, depuis à peu près l’âge de 10 ans, je me sens plutôt pleine de graisse. On ne va pas se mentir: je me sens mieux depuis la naissance de ma dernière fille et mes 40 ans. S’il y a bien un avantage à vieillir, c’est celui de commencer à s’accepter, à savoir valoriser ses qualités (si, on en a tous!) pour mettre ses failles en sourdine. J’ai admis que je ne rentrerai jamais dans la moindre fringue 38, que les shorts et les mini jupes n’étaient pas mes amis, que le double menton avait ceci de pratique qu’il tenait chaud en hiver. J’ai mis les régimes au rebut, préférant courir 8 km les lendemains de soirées Tuc/fromage/vin blanc/M&Ms.

Mais même en m’acceptant davantage, évoluer en maillot de bain ne relevait pas de l’évidence. Encore moins devant les autres. Vous savez, à côté de ces filles à ventre plat et bikini Liberty qui courent derrière leurs adorables enfants sur la plage, quand vous allez jusqu’à la mer (putain de marée basse!) en rentrant le ventre et en contractant les fesses. Alors devant une caméra, vous pensez! Mais j’ai décidé de prendre l’exercice comme une thérapie. Et puis, pourquoi me priver d’un super week-end à la piscine entre potes, qui plus est dans le cadre d’un projet artistique orchestré par mon amie?

Je suis passée par l’épreuve de l’essayage de maillots de bain au cours duquel je me suis sentie un peu plus Christine Boutin que Grace Kelly, mais j’ai fini par trouver mon costume pour le jour J. Maillot 1 pièce noir Princesse Tam Tam taille 42, simplement structuré mais bien balancé. C’était parti!

Je vous la fais courte, mais le tournage fut une régalade. Il faisait beau, on riait comme des gamins en colo, c’était fluide comme l’eau de la piscine, joyeux et chaleureux.

IsaBelle m’a réservé la primeur du visionnage! Quelle émotion de se découvrir à l’écran! Certes mon corps n’était pas devenu sylphide par la magie de la caméra. Mais le talent stylé de la réalisatrice, nimbé de bienveillance, avait comme enveloppé d’un voile esthétique mes courbes. Je le regardais avec ses imperfections, évoluant à côté d’autres silhouettes plus menues. Et j’étais fière non pas de ce corps, mais de moi tout entière, d’être passée outre mon auto-censure, d’avoir su privilégier le plaisir que j’avais à participer à ce film et minimiser le reste.

Perfectionniste, IsaBelle n’était pas pleinement satisfaite de son montage. Il manquait de rythme, ce qui compliquait sa trame narrative. « Pas grave » clamaient certains. « Dommage » opposaient les autres, conscients du talent de notre amie et de sa probable capacité à faire mieux.

Une balle de ping-pong dans le maillot…

Du coup, du temps a passé et IsaBelle a monté une nouvelle version, la toute dernière. La bonne. Et c’est vrai qu’elle est bien mieux, conforme à ce qu’on sait de son talent. Rythmée, concise (7 min, pas plus, pas moins, comme ses autres films), efficace. Elle nous a fait la surprise de nous la montrer sans rien nous dire. Ce fut une expérience étrange pour moi. Au-delà des scènes de groupes, nous avions chacun de nous une scène à jouer. Pour ma part, je devais tomber dans la piscine en roulant, comme si quelqu’un m’avait attrapé pour me faire glisser dans l’eau. Lors de la première version du film visionnée, on avait rit de découvrir que la pression de l’eau avait fait naître une petite boule au-dessus de mes fesses, comme si j’avais coincé une balle de ping-pong dans mon maillot de bain! Pourquoi ça faisait ça avec moi et pas les autres? Mystère? Un amas de graisse résistant à la pression de l’eau?!

Quoiqu’il en soit, cette scène n’est plus. IsaBelle l’a coupée. Je vais être honnête, ça m’a fait quelque chose. Et ce quelque chose m’énerve! Parce que:

  1. Le film est bien mieux sans cette scène qui le ralentissait (l’alourdissait? Bon d’accord, j’arrête!)
  2. Je suis toujours dans le film, dans les scènes de groupes.
  3. J’ai passé un super moment à « faire » ce film avec mon amie et tous ces potes réunis dans la même énergie.
  4. Si IsaBelle me redemandait de tourner en maillot avec une balle de ping-pong coincée dans la culotte, je le referais sans hésiter!

Alors quoi, bordel ???

Alors quoi? Je suis si narcissique que ça? Bon ok, je me raconte sur un blog… Je suis jalouse (de ceux qui ont eu « leur scène » gardée)? Je rêvais secrètement d’être repérée par Sofia Coppala qui serait passée par là, en plein milieu de la Haute Loire, par hasard début juillet 2016? Je m’interroge sur ce que ces émotions disent de moi. Je me dis que c’est peut-être tout simplement l’effet de surprise. Découvrir la scène coupée, avec tous les autres autour de moi qui venaient me dire après coup: « Ben alors, elle n’y est plus ta scène? » ou « C’est marrant, je t’ai vu dans le générique mais pas dans le film ». Pourquoi j’ai eu de la peine à ce moment-là? Bon mais c’est vrai aussi que c’était en plein milieu d’une fête et j’étais clairement pompette! J’ai peut-être juste l’alcool égocentrique, au fond.

 

 

 

Ce je ne sais quoi qui déconne #2

Tan, tan, tan… La suite tant attendue de cette série qui me fait passer pour une quiche! Ok, je suis une quiche. Et maso. Une quiche maso et non une quiche mayo, 1. parce que c’est pas bon et 2. parce que de toutes façons ça n’existe pas… à part dans l’assiette de ma fille de 3 ans les soirs de défaite parentale mais ce n’est pas le sujet (les 1 et 2 sont liés, vous l’aurez noté… pour celles et ceux qui suivent).

Donc le #2 de cette série pourrait s’intituler: « Vous, vous êtes une fille vintage », en référence à cette parodie fantastique de la pub Barbara Gould par les Nuls dans les années… 90 (oui, je sais, je suis vieille et vous verrez c’est en lien aussi…): « Vous, vous êtes une femme Barbara Gourde », avec Chantal Lauby en nunuche de compet’… https://youtu.be/VELdFasPxk0.

Moi, une fille Vintage?

Je vous ai dit que, dans la vraie vie, j’étais journaliste? Bon ben voilà: l’autre jour, pour les besoins d’un article, j’appelle une attachée de presse…  J’ai tout de suite un très bon contact avec la fille, pro, marrante, efficace: ça matche entre nous, quoi! Et puis, comme je lui demande de m’envoyer des visuels pour illustrer mon papier, elle me demande mon adresse mail. Et là, quelques frissons dans mon corps, mes idées qui s’évadent 3 secondes (« ben oui, je vais être obligée de lui dire… ») et ma voix qui lui répond: « … @club-internet.fr »

J’ai toujours honte de donner cette adresse mail. Lorsque c’est pour obtenir la carte de fidélité d’un magasin, au moment de payer à la caisse, je vois la tête que fait la pauvre vendeuse (qui a souvent 10 ans de moins que moi au bas mot) et qui doit se dire in petto (locution de vieille qui se la pète): « WTF c’est quoi cette vioque avec cette adresse pourrie, j’en ai pour des plombes à rentrer ça dans mon logiciel! » Et elle n’a pas tort la petite chérie: moi-même, les nombreuses fois où je dois rentrer mes coordonnées sur n’importe quelle page web, j’ai juste l’impression d’avoir l’adresse mail la plus longue du monde. D’ailleurs, souvent, je tape trop vite et suis obligée de recommencer. Perte de temps X2.

Bref revenons à notre attachée de presse qui, suite à mon aveu, me rétorque: « Ah vous aussi, vous êtes une fille vintage? » Moi, petit rire d’à-propos surpris et un peu jaune: « Euh oui… Je sais cette adresse, c’est l’horreur, mais pff, voilà, j’ai trop la flegme de changer, prévenir tous mes contacts etc. etc. » Mais la fille me dit (et devient dans l’instant définitivement mon amie): « Ah mais non, ne faites surtout pas ça! Moi aussi, j’ai une adresse wanadoo de vieille, mais hors de question de changer! On nous demande tout le temps d’aller plus vite, d’être hype, free et hotmail machin, mais non, mais non! Moi, je garde cette adresse, c’est mon acte de résistance! » Bref, ce jour-là, je me suis sentie un peu moins quiche, un peu moins nunuche, un peu moins Barbara Gourde et donc moins seule. Et vous savez quoi? Bah ça ne fait pas de mal!

A suivre…

 

Ce je ne sais quoi qui déconne #1

Aujourd’hui, j’ai envie de poser une QUESTION FONDAMENTALE : est-ce qu’il est déjà arrivé à Scarlett Johansson de sortir des toilettes avec la jupe coincée dans la culotte? Est-ce que, juste une fois, la langue de Michelle Obama a fourché, ce qui l’a mise dans une situation ultra embarrassante? Et Eva Green, ça lui arrive à elle aussi, de ne pas relire ces SMS sur son iPhone et d’envoyer un truc qui ressemble vaguement à un sexto… du coup??

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Non, parce que vraiment, on a beau – enfin, j’ai beau – m’appliquer à faire au mieux, eh bien souvent, ça casse, ça coince, ça fourche, ça déborde, ça glisse! « C’est ce qui fait ton charme », « Mais au moins toi, tu es HUMAINE » tenteront de me rassurer mes douces, mes chères, mes adorables amies, soeurs, mère. Oui, mais bon, pourquoi y a t-il plus de Florence Foresti que de Nathalie Portman en moi? En fait, ça m’arrive tellement souvent ce genre de plans que j’ai décidé de lancer une série dès aujourd’hui sous le titre de « Ce je ne sais quoi qui déconne ».

Du bon usage du rouge à lèvres

L’envie de partager ça avec vous m’est venue il y a quelques semaines déjà après que, comme souvent, ça ait ripé. Je vous raconte? 18h30. La nuit est tombée, mes filles vaquent à leurs occupations, entre Kapla, table de 6 et clips sur Youtube. Je me dévoue pour aller acheter deux baguettes. Manteau, bonnet, gants et, ne me demandez pas pourquoi, alors que je sors 10 minutes pour aller à la boulangerie, je me mets du rouge à lèvres (rouge, bien rouge qui pète) dans l’ascenseur! Genre, la fille qui ne lâche rien. Aparté: Ma maman, elle m’a toujours dit: « Clarisse, il faut toujours que tu aies de jolis (ça voulait dire propres je crois) sous-vêtements sur toi, parce que si jamais tu te fais renverser par une voiture (oui, ma mère met souvent les choses au pire) enfin bref s’il t’arrive quoi que ce soit, c’est important tu vois? » Je crois que cela avait à voir avec la dignité ou quelque chose s’en approchant. Ça m’a marquée le coup de la culotte, mais je ne me souviens pas qu’elle mentionné le rouge à lèvres: ça doit être, inconsciemment, ma petite touche personnelle apportée à ce mantra maternel. Bref, en sortant de l’ascenseur, je croise une de mes voisines à qui j’envoie un sourire ultra bright; je file à la boulangerie où je multiplie les sourires aussi et « Bonne soirée, ah qu’est-ce qu’il fait froid hein? Ah m’en parlez pas ah ah ah ». Comme il y a une dame assise devant la vitrine, qui mendie, enveloppée dans un grand plaid à peine chaud alors qu’il fait – 3°, j’achète une baguette en plus pour elle. Je la lui donne, elle sort du four, elle est toute chaude: je souris XXL à la dame qui me remercie et me sourit en miroir. Je souris encore plus parce que sinon je vais pleurer je crois. Je repars vers chez moi, le smile scotché au visage, le cœur qui déborde. J’arrive dans le hall de mon immeuble – pour ceux qui connaissent, c’est un peu la galerie des glaces mon hall d’immeuble, mais version cheap, je ne sais pas à quoi carburait l’archi quand il l’a conçu, mais bon c’est raté quoi. Le seul avantage c’est qu’avec toutes ces glaces, on peut toujours faire un dernier raccord avant d’aller à son RDV…. mais bêtement on n’y pense pas forcément avant d’aller à la boulangerie. Parce que là, en attendant l’ascenseur, je me regarde dans la glace et ne me demandez toujours pas pourquoi, je me souris. Horreur du ridicule : j’ai les dents de devant barbouillées de rouge à lèvres. Et je me rembobine le film de mes 10 dernières minutes: ce sourire ensanglanté que j’ai fait à tout ces gens tout à l’heure et surtout à cette dame devant la boulangerie… Je voudrais aller lui dire que je ne suis pas complétement folle, juste un brin zinzin à faire et penser souvent deux/trois trucs en même temps… tout en voulant rester jolie et polie.

 

A suivre…

Mon (tonton) Matisse

MATISSE et moi, c’est une longue histoire. D’amour. J’en ai quelques-uns comme ça qui me suivent depuis l’enfance ou l’adolescence… cette époque où je découpais des photos de peintures, d’artistes, de chanteurs (morts) pour les coller dans mon agenda Naf Naf. Ou encore plus tard, jeune adulte à Paris, quand je m’achetais des posters qui coûtaient la peau des fesses dans le quartier de Beaubourg… Matisse, Keith Haring, Roy Lichtenstein, Wharol, Chagall… Certains m’ont quittée, laissant la place à de nouveaux artistes, d’autres sont restés. Comme Matisse.

img_5950Matisse, c’est un peu le vieil oncle que j’aimerais aller visiter pour tenter de glaner quelques miettes de génie et de technique picturale. Je m’imagine allongée sur une méridienne, derrière lui, en train de l’observer crayonner, griffonner ses traits, composer ses couleurs, chercher, râler, défaire, refaire, re-râler. Parce qu’il a l’air un peu ronchonchon tonton Matisse, perfectionniste, exclusif, jusqu’au-boutiste. Enfin, je le sens comme ça.

C’est fou comme il y a des peintres qu’on croit connaître depuis toujours et qui parviennent à nous surprendre à chaque expo. C’est le talent des commissaires d’expositions de réunir de nouvelles toiles issues des fonds secrets des musées ou des collections de fucking chanceux (et milliardaires surtout). Et puis parfois, l’on redécouvre des œuvres que l’on a déjà vues 100 fois mais qui, parce qu’elles illustrent un thème particulier, dévoilent de nouvelles facettes. img_5994

Tout ça pour dire que lorsque j’ai été conviée à l’expo spécial Blogueurs « Matisse, le laboratoire intérieur », au Musée des Beaux arts de Lyon, je ne me suis pas fait prier!

« Laboratoire intérieur? » Kesako? L’idée, c’est de montrer comment faisait Matisse, tout seul dans son atelier, pour aboutir au tableau ou à la sculpture devant lesquels des milliers de personnes s’ébahiraient plus d’un siècle plus tard. Bon on est d’accord, Matisse était génial, mais ça fait du bien de savoir qu’il travaillait énormément, ratait parfois, apprenait pour désapprendre… Cette exposition montre que ce labeur assidu passait par le dessin sous toutes ses formes (crayon, fusain et estompe, plume et encre…), pratiqimg_5966ué au quotidien, presque une hygiène de vie. Omniprésent sur les pages de ses carnets, en marge de ses lettres ou sur de beaux papiers, ces dessins font le lien entre les tableaux et les sculptures de Matisse, au gré de ses différentes périodes, imprégnés de ses nombreux voyages (Nice bien sûr, mais aussi le Maroc, la Russie…) et de ses amitiés artistiques.

 

Je vous le dis tout de suite, mes amis: cette expo m’a bluffée! Et ce, pour plusieurs raisons:

  • La première, c’est le nombre d’œuvres:  250, réparties entre 14 séquences à la fois thématiques et chronologiques. A chaque fois, dans chaque salle, les dessins – on dit « études » quand ils préparent une œuvre fiimg_5964nale – dialoguent avec les gravures, les toiles ou les sculptures dont ils sont le prémisse. Il y a quelque chose d’émouvant à voir ce par quoi l’artiste est passé avant d’oser peindre ou modeler. Il teste ses couleurs, travaille ses volumes. Au et à mesure des traits qui ne sont pas tous gommés, l‘on sent la main qui travaille. Avec acharnement.

 

  • J’ai aimé ce que l’expo donne à voir et à comprendre sur le rapport de Matisse aux femmes. On l’a dit, le bonhomme est perfectionniste, entré en peinture comme on entre en religion dès lors que sa mère lui offre une « boîte de couleurs » (comme on disait à l’époque) à la suite d’une img_5983appendicite. Plus tard, sa femme Amélie le quitte, lasse d’être délaissée pour la peinture et seulement la peinture. Ses modèles envers lesquels il se montre aussi fidèle qu’exigeant ne partagent pas son lit, mais passent des journées entières de pose dans son atelier. Matisse, collectionneur de tissus (il est d’ailleurs fils de tisserands), va jusqu’à constituer un vestiaire complet pour ces dames, notamment avec des blouses romaines. Ceci lui permet, à travers les lignes graphiques des vêtements et la variété de leurs motifs, d’enrichir l’aspect décoratif de ses toiles. C’est particulièrement vrai dans la magnifique série des Odalisques. Ces femmes à demi nues assises ou allongées, gracieuses et alanguies, qui prennent la pose dans de foisonnant décors orientaux. C’est d’une affolante beauté!

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  • Il me faut aussi dire quelque chose sur les visages de Matisse. C’est troublant comme, dans ses portraits, il ne cherche pas à représenter la réalité, y compris lorsqu’il s’agit d’une commande (au risque d’ailleurs de voir sa toile rejetée par son commanditaire!) Pour lui,
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    Etude pour le portrait d’Yvonne Landsberg

    l’exactitude n’est pas la réalité. Ce qu’il veut, c’est accéder à la vérité spirituelle de son modèle. Ainsi, pour le portrait d’une certaine Yvonne Landsberg dont il est dit qu’elle n’était pas exactement un canon de beauté! Matisse profite des moments de relâchement d’Yvonne pendant la pose pour traquer (et croquer) en elle les détails qui font qu’elle est elle. L’exposition présente une quinzaine d’études qui illustrent le travail de décomyvonne1position de Matisse autour du visage d’Yvonne, puis la toile finale, monumentale, où trône la jeune femme dans une pose hiératique, impressionnante car portant comme un masque africain. On peut comprendre pourquoi les parents d’Yvonne ont refusé ce tableau qui lui ressemble si peu!yvonne2

Dans une autre salle et également sur l’affiche de l’expo, on découvre le portrait des petits-fils de Matisse: des visages simplifiés, essentiels, réalisés au gros pinceau, peinture noire sur fond blanc. Et les mots de Matisse raisonnent: « La face ne ment point, c’est le miroir du cœur ».

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Portrait de Jackie, petit-fils de Matisse
  • Enfin, si Matisse m’a évidemment une fois de plus impressionnée, il en est un autre qui m’a épatée: c’est Romain Perrin!
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Le médiateur culturel du Musée des Beaux arts de Lyon: incollable sur Matisse!

« Qui c’est celui-là? Un contemporain de Matisse qu’on aurait loupé? Un acheteur? Un collectionneur? » Que nenni les amis! C’est le médiateur culturel qui nous a fait visiter l’expo, impressionnant de connaissances, capable de faire des ponts entre les courants artistiques, pouvant citer des phrases entière de Matisse et glissant, par-ci par-là, des anecdotes savoureuses (saviez-vous que Picasso, soit disant copain comme cochon avec Matisse, jouait néanmoins aux fléchettes sur la sculpture que lui avait offert son pote et qui représentait sa fille ?!)… Et Romain, il m’a vachement plu quand il a dit « qu’il n’y avait pas de progrès en peinture, seulement des avancées et des reculs ». Cela rejoint ce que cette expo a opéré en moi: une sorte de démystification du peintre. Certes génial, mais qui bossait, et tous les jours.

Mort à 85 ans, Matisse a connu plusieurs guerres, participé à des courants artistiques pour mieux s’en échapper, précurseur, inventeur, voyageur. Impossible de tout dire sur l’expo du Musée des Beaux arts tant elle dit beaucoup de ce parcours incroyable. Il faut aller la visiter, et même plusieurs fois si possible, puisqu’elle est visible jusqu’au 6 mars 2017!

=> Toutes les infos sur http://www.mba-lyon.fr/mba/sections/fr/expositions-musee/expo-matisse/exposition-matisse

 

 

 

 

 

Mon Magic Top 5 du Free Lance

Est-ce le hasard? C’est rigolo, mais depuis que j’ai choisi le statut de free lance (ou que le statut m’a choisie, va savoir…), je tombe sur pas mal de papiers ou billets sur les règles d’or du free ou autres b.a.-ba de l’auto-entrepreneur, en passant par les 10 commandements du travailleur indépendant. Amen.

Alors, je les lis tous hein, parce que je suis consciencieuse comme fille et que je veux bien tout faire comme il faut, d’autant que je suis quand même au début de mon activité. Des fois que je passe à côté d’une règle essentielle et que je mette mon projet professionnel en péril… Aaaaaaahhhhhh ben non, je ne prends AUCUN risque!

Du coup, l’autre jour, en faisant mon jogging parmi les particules fines (et je réalise ici que si, en fait, des risques, j’en prends…), je faisais la synthèse de tous ces docs parcourus et me disais que si j’y ajoutais ma propre toute petite expérience, je pouvais, moi aussi, établir mon top 5 des conseils de Magic Free Lance. Mais comme je débute dans ce statut, je vais seulement aborder les points qui concernent le free lui-même et non pas les relations avec ses clients.

  • Magic Number 1 // SE LAVER ET S’HABILLER // Ça peut vous paraître évident et complétement superflu de le noter ici, surtout en top 1, mais… d’aucuns m’ont raconté avoir, au début tout au moins, osé s’asseoir en pyjama derrière leur ordi, les dents à peine lavées. Ben oui, les p’tits free, on l’a tous fait au moins une fois, ne serait-ce que pour répondre à un mail super urgent. Allez quoi, personne ne nous voit, y a pas de caméra, pas free1de client caché sous la table, les enfants sont tous à l’école: aucun ne pourra répéter que « Maman elle a trop de la chance, elle travaille en pyjama! » Eh oui, la tentation est grande… Mais là, je suis obligée de vous dire que, non, ce n’est pas possible. Déjà, se laver, ça réveille, ensuite ça participe de l’estime de soi! Les filles (les garçons aussi, notez, mais je ne sais pas pourquoi, je les sens moins réceptifs), choisir ses vêtements le matin, c’est chouette, non? (même si c’est souvent pour constater qu’on n’a vraiment plus rien à se mettre… Mais bon c’est un autre sujet). Savoir que l’on ressemble quand même un peu à quelque chose dans le miroir de la salle de bain, ça rend davantage confiant dans la négo d’un budget quinze minutes après. Je vais vous faire une révélation: je crois que le client, il le sent que vous ne vous êtes pas lavé les dents! Et une conversation menée en pilou sera par définition molle, et donc pas à votre avantage. Se laver, c’est s’humaniser. S’habiller, c’est passer en mode boulot. Il en va de même pour le petit déjeuner. On le prend AVANT de commencer à travailler: on ne mange pas devant son ordi, sous peine de laisser des miettes entre les touches du clavier, de renverser son bol de thé sur les documents classés top secret de son client et de lui répondre la bouche pleine s’il appelle précisément à ce moment-là! Allez, zou, sous la douche!
  • Magic Number 2 // APPRENDRE A DIRE NON // Je ne parle donc pas ici de vos clients (ce n’est pas le sujet) mais de vos amis. « Clarisse, tu viens prendre un café? Clarisse, t’as deux minutes, on se fait un skype? Clarisse, y a une super vente de petites créatrices au fin fond du 7e, en prenant le C5 non le C3 enfin je sais plus, franchement ça va pas nous prendre 3h, Clarisse, mate le dernier Recettes Pompettes sur YouTube, c’est de la bombe… » On est d’accord, toutes ces sollicitations sont hyper alléchantes, mais si vous dîtes oui à tout, autant vous dire que vous n’allez jamais réussir à travailler! Alors, je ne dis pas de vous priver totalement parce que ça, on le sait depuis qu’on est tout petit, l’interdiction totale égale la frustration et donc le craquage assuré au bout d’un jour et demi! Exemple: ma mère, elle n’achetait jamais de Nutella. Résultat, dès que j’en trouvais un pot chez des amis, je me jetais dedans tout entière. Ouais, je sais que ça vous parle!
  • Magic Number 2bis (oui, je sais, je triche, mais c’est MON blog…) // ETRE CLAIR // Là, je veux parler de votre relation à votre entourage plus que proche, à savoir votre famille. Il va falloir bien lui expliquer les bases de votre nouveau statut. Car, c’est normal hein, les pauvres chéris: quand ils partent travailler, à l’école ou au collège, dans le froid du matin et qu’ils vous voient rester à la maison parfois encore pas tout à fait prête (comprenez la brosse à dent coincée dans la bouche, les cheveux en pétard et les babouches aux pieds) ils ne peuvent tout simplement pas s’imaginer une seule seconde qu’une dure journée de labeur s’ouvre à vous. Ce qui marche bien avec les (petits) enfants, c’est l’effet convaincant de la répétition: « Maman TRAVAILLE; tu vois, ça c’est l’ordinateur de TRAVAIL de Maman; non Maman ne peut pas, elle doit terminer un TRAVAIL urgent… » Bon, mais au-delà de 5 ans, je pense que ça gave grave. Avec les collégiens, il faut veiller à se faire respecter sans minimiser leur susceptibilité. Par exemple, quand votre fille de 12 ans rentre et vous interrompt dans ce que vous faites pour vous dire, limite en pleurs, que « C’est vraiment horriiiiible, Machine a cassé avec free3Bidule alors que ça faisait dix ans qu’ils étaient ensemble » (rappel: les tourtereaux ont 12 ans, je répète 12 ans…), il vous faut garder votre calme. Ne pas vous esclaffer, ne pas dire que vous n’en avez rien à faire de ces boutonneux que vous ne connaissez même pas, ne pas lancer un pauvre « Allez, 10 de perdus 10 de retrouvés » (rappelez-vous comme ça vous énervait quand vous aviez le même âge!)… sans quoi l’adolescente en question s’enfermera dans sa chambre pendant deux heures, non sans avoir préalablement claqué la porte à en faire trembler les cloisons en placo de votre appartement. Quant à votre Chéribibi, eh bien, il faut aussi user de fermeté, avec subtilité. Donc lorsqu’il vous demande si vous pouvez commander un Drive ou acheter les places pour le concert de Björk parce qu’il faut être à 11h précises derrière l’ordi, dites non. A priori, il a lui aussi un ordi, un bureau, une montre: il doit y arriver tout aussi bien que vous. Attention, fermeté ne veut pas dire rigidité: profitez de votre statut flexiiiiiible pour lui faire des surprises comme lui proposer un déjeuner impromptu (ou acheter les places de Björk s’il ne vous a rien demandé ;-))
  • Magic Number 3 // SE FÉLICITER MAIS PAS TROP // « Rooo, j’ai bien travaillé aujourd’hui dis donc, et puis mon client, il a l’air drôlement content. Je mérite bien une petite récompense. Tiens, ce petit top canon chez Promod qui me tendait ses bras ajourés l’autre jour, je crois bien que je vais me l’offrir« . Alors, oui… mais non. Enfin, pareil qu’au Magic Number 2: pas trop tout le temps parce que sinon votre compte en banque n’aura même pas le temps de se remplir des paiements de vos clients que vous aurez déjà tout claqué chez Zara and co. La mesure, la mesure… Préférez une bonne bouteille de vin à partager avec votre Homme: c’est plus convivial et la promesse d’une belle soirée (même si la soirée ne sera que plus belle si vous portez ce petit top ajouré so sexy, aaaaahhhhh….)
  • Magic Number 4  // METTRE LE NEZ DEHORS // Ben oui, parce que dans une journée (même si elle est courte, rapport au fait que c’est vous qui récupérez les enfants à l’école!) on n’est pas toujours tout le temps absolument au top. Il y a des moments où l’inspiration a pris congé, où chaque phrase alignée sur votre doc word vous mortifie de honte, où vous vous demandez encore comment c’est possible d’être aussi creuse que vous. Alors là, au lieu de vous siffler le sixième café de la journée ou de vous enfiler une tablette entière de chocolat noir (parce que c’est moins grave que le lait/noisettes), au lieu aussi de zapper entre ce fameux doc word, les murs Facebook des copines et le super blog de Pensées de Ronde, je dis: Oust! Dehors! Cassos! Précipitez-vous dès maintenant à l’expo que vous aviez prévu d’aller voir le week-end prochain, courrez acheter le cadeau de votre copine qui fête son anniversaire dans dix jours, partez courir 30 minutes ou humez simplement l’air du vent (si possible sans particules), un bouquin ou un magazine sous le bras.
  • Magic Number 4bis (oui je sais, j’abuse …) // PIQUER UN ROUPILLON // Et pourquoi y aurait que les vieux, les moins de 4 ans et les femmes enceintes qui feraient la sieste, hein?! Dormir une demi-heure/ trois quart d’heure maxi (perso, pas plus, parce qu’au-delà j’ai l’air drogué ou d’avoir passé la nuit dans un train-couchette…), ça requinque, ça recharge les batteries et… c’est juste bon, en fait! Alors, oui, on culpabilise un peu, on se dit qu’on ne devrait pas, que ça se fait pas, tout ça. Mais pensez aux salariés qui, sur le créneau 14-15h, dorment les yeux ouverts derrière leur ordinateur! Et quand on sait qu’après cette pause, votre production n’en sera que meilleure et easy finger in the nose, pourquoi résister? Faites donc un somme, en somme… ah ah ah, et moi j’en aurais bien besoin!
  • Magic Number 5 // SE CONCENTRER & CLOISONNER // Quand on travaille chez soi (et notamment dans la fameuse « pièce à vivre » comme c’est mon cas), on a vite fait de se laisser envahir. Lorsque la peur de la page blanche menace, c’est quasiment paranormal mais on a alors les yeux attirés par des choses qui, la plupart du temps, sont proches de l’invisible ou perdues tout au bas d’une to do list irréalisable tellement elle est longue. Genre: trier la bannette à courrier/factures, dépoussiérer les étagères du haut de la bibliothèque, faire l’extérieur des vitres, lancer une lessive de l’ensemble des torchons de la cuisine… Donc, non, on se concentre sur son job et on oublie de jouer les fées du logis que de toutes façons on n’a jamais été. Et dès qu’on peut se le financer, on se paie un chouette bureau EN DEHORS de chez soi. Le coworking, c’est bien aussi, mais pas pour moi qui aie besoin d’un bureau fermé pour me concentrer pour écrire. Et cette dernière phrase est la phrase la plus triste et moins glamour de toute l’histoire du blogging.

Alors, hop, hop, hop, je rebondis tout de suite pour ne pas finir là-dessus! Je ne suis qu’au début de ce que j’espère voir grandir comme une longue carrière de free. Ce billet a donc vocation a être complété, modifié voire complément contredit par mes expériences à venir! En tout cas, ce que je peux déjà vous dire, c’est que: Être free, c’est être fort!

On aurait dit que j’étais Spiderman

Vous avez déjà regardé jouer un enfant de trois ans? Beaucoup d’entre vous j’imagine, a fortiori si vous êtes parent. Alors évidement comme un tas de personnes et notamment de mères énamourées devant leur progéniture, moi, j’adore observer et écouter jouer ma fille Clochette, trois ans et quatre mois au compteur. D’aucuns pourraient la croire seule au monde… Mais que nenni: elle est bien entourée de ses amis imaginaires (en ce moment, Surimi, Canada et Monsieur Bec…), de joyeux drilles, c’est moi qui vous le dit .

A l’école, ça rigole (pas)

Petite section de maternelle oblige, ça parle beaucoup de l’école, dans une version disons un peu dictatoriale, façon pensionnat suisse-allemand: « Anatooooooooooole, fa fuffit maintenant, tu vas au coin au fond de la classe et tu refléfis à ta bêtiiiiiise » (un net progrès par rapport à cet été, cela dit, où elle mettait Simon à la poubelle lorsqu’il désobéissait aux dames de la crèche).  Ça file droit dans la classe imaginaire de Clochette! On lit les histoires, à l’ancienne, la maîtresse (« maîkresse ») assise (en pyjama) sur une petite chaise et qui présente les pages illustrées du livre comme un éventail à l’assemblée invisible, sous le regard vigilant de « l’aKsem »: « Chut Maxime, c’est maîkresse Kakrine qui parle! » Ça compte aussi selon une cohérence toute personnelle « 1, 2, 3, 5, 12, 13, 21, 4 »… et on s’en fout parce qu’on est déjà parti sur autre chose. Comme chanter et danser par exemple, en tournant un peu trop vite sur soi-même pour tomber au pied du canapé comme un gars qui aurait un peu trop abusé du Beaujolais nouveau. Il y a aussi de la gym, en s’étirant « comme cha et puis comme cha » et des parcours de motricité (« mokricité »: une motricité teintée de moquerie?) pour lequel le pauvre Anatole précédemment cité n’est visiblement pas très doué.

Parfois Clochette quitte son rôle principal pour organiser une mise en scène au ras du sol avec ses Playmobils. Là encore, l’ordre est de rigueur, avec des accents fascisants qui m’effraient un peu je l’avoue. Elle aligne les playmopersonnages en file indienne, au cordeau, et il ne s’agirait pas de doubler dans la queue (leu leu) sous peine d’aller au coin! Il en est de même à l’heure du bain, sur le rebord de la baignoire. Celui qui tombe (plouf) a perdu et se fait sérieusement réprimander…

Spidermaaaaan le roi des banaaaaaanes

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L’école n’est pas la seule source d’inspiration de Clochette. Elle en a d’autres, chipées à l’univers de ses soeurs ou des plus grands de l’école. Sans vraiment les connaître, elle est donc tour à tour Star Wars ou Spiderman, avec une nette préférence pour ce super héros qu’elle pense cul et chemise avec le « Tout noir », j’ai nommé Batman. Ça donne des parties de jeu au papa et à la maman qui font les courses et sauvent le monde, des pompotes dans les poches.

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On a craqué et dit oui pour lui acheter un T.shirt Spiderman. Plus sa taille en rayon ? No problemo! En taille 6-8 ans (de chez H&M, donc comptez 2 ans de plus!), ça fait l’affaire et son petit effet sur le bas de pyjama en pilou (oui, on n’a pas dit banco pour qu’elle le mette à l’école…). Depuis qu’elle dort avec, ses rêves sont comme qui dirait plus animés.

Le Grand Restaurant

Comme elle est gourmande, Clochette joue aussi pas mal au restaurant. Elle est la patronne, bloc-notes à la main pour prendre votre commande (yep elle a 3 ans, so what?). Encore mieux que la crêperie/pizzeria/moules-frites du bas de la rue qui vous a toujours mis le doute, Clochette va plus loin dans la totale food fusion de la mort-qui-tue : des crevettes au chocolat chaud, des saucisses et du surimi, des fraises Tagada sur ton poulet… Tu as faim Madame ? Eh bien tu as droit à tout ce que tu veux, et vas-y que le dessert culbute l’entrée, et que je te donne ton plat à emporter dans ton sac Tchoupi!

« Je suis sans famille et je m’appelle Rémy »

Dans les jeux de Clochette, il est parfois aussi question d’histoires très tristes à base d’enfants orphelins, très très seuls et très très malheureux, qui mangent quand même des crêpes et des saucisses pour se remettre de tout ce pathos. Il m’arrive d’entendre des « Mamaaaaaaaan » larmoyants du fin fond des abîmes de l’appartement. Mais à ma question « Oui, que se passe-t-il ma chérie? », la réponse est invariablement celle-ci: « Mais non Maman, ze zou! » Ben oui, forcément.

T’as l’appli?

Bon sinon, l’effet miroir, vous connaissez? Quand Clochette joue à téléphoner, c’est juste flippant parce qu’en fait, eh bien, je me vois en elle! Qu’elle soit assise, le téléphone dans une main, un magazine qu’elle feuillette distraitement de l’autre tout cela en répondant de manière évasive à son interlocuteur non moins évasif, qu’elle marche de long en large en faisant de grands gestes avec les bras comme pour démontrer quelque chose d’une importance capitale, JE-ME-VOIS! Bon à une exception près, tout de même, c’est que moi j’utilise un vrai téléphone et elle, au choix, un magnet volé au frigo, une Cracotte ou le portable en plastique made in China de la Reine des neiges…. Sinon, eh bien, la conversation file bon train, sur un ton tantôt sévère tantôt léger, genre « ah ah ah, tu me fais bien rigoler, toi alors ». La conclusion de tout cela, c’est que globalement j’ai l’air cruche au téléphone. (Note pour moi-même: privilégier les SMS à l’avenir).

On rigole, on rigole, mais bon sang que j’aime cette absolue liberté dans le jeu -même si Clochette n’en concède pas beaucoup, de liberté, à ses acolytes imaginaires! Cela me fait penser à cette fabuleuse planche de l’illustratrice Margaux Motin, « Free as a child » extraite de son album « La Théorie de la contorsion »: elle y a dessiné sa fille (alors sensiblement du même âge que la mienne) en train de regarder la télévision. Seule au monde et sans limite dans sa liberté corporelle!

Planche Free as a child de Margaux Motin, in La Théorie de la contorsion (Editions Marabulles)
« Free as a child » de Margaux Motin, in « La Théorie de la contorsion » (Éditions Marabulles)

Je me régale de voir ma fille jouir du même espace mental de liberté en s’inventant tantôt maîkresse, tantôt Spiderman voire les deux en même temps qui me sert une pizza aux Granolas. Profites-en ma chérie, ce temps est si précieux, tu verras, il ne dure pas si longtemps!

Chronique d’un plaisir avorté

Je relis mon titre et me dis qu’il est un brin morbide, mais je vous assure qu’il est finalement à la hauteur de mon désespoir aaaaaahhhhhhh…

Bon je vous raconte? Allez, zou, on y va, thérapie de groupe (mon ordi et moi… dans un premier temps!)

L’autre jour, alors que je zonais sur internet à la recherche utopique d’une paire de boots Patricia Blanchet en soldes, je veux dire en trèèès grandes soldes, d’où mon utilisation du mot « utopique » (je sais que certaines me comprendront, enfin j’espère parce que là, mon ordi il ne pigera pas c’est sûr), je tombe nez à nez avec une paire fantastico-merveilleuse-delamortquituesamèrequejaimepardonmaman: bleu métallisé, ma taille, à peine portée. Je plante le décor: on est sur le Bon Coin, l’annonce date du mois dernier, la vendeuse habite Paris. Bref, peu d’espoirs. Mais comme je suis une warrior des causes perdues, je tente ma chance et envoie un SMS à la fille, en me disant qu’au mieux elle me répondra avec nonchalance que les boots ont été vendues le jour même de la mise en ligne en 3 secondes et demi, et qu’au pire elle ne me répondra même pas tellement elle pense que je suis à la rue. J’avoue, j’ai hésité à envoyer le SMS avec le portable de mon Homme, histoire qu’on ne puisse pas me retrouver, et parce que lui, à supposer que la milice de la honte internationale le rattrape, il aurait répondu sans rougir : « C’est qui Patricia? Mon assistante s’appelle Evelyne ». Mais je suis plutôt sincère comme fille alors j’ai envoyé mon SMS avec mon portable. Et j’ai été récompensée parce que la Parisienne m’a répondu illico en me disant que les chaussures étaient dispo. J’ai dit « Ah ben super coocool (nan, c’est pas vrai, je l’ai pas écrit!) mais j’habite Lyon alors sans raconter ma vie, ça nous ferait combien tout ça avec le colissimo? » Et la fille de répondre: « 110 euros tout compris ».

Je le sens, il est ici nécessaire de marquer une pause car certaines personnes sont au bord de l’évanouissement derrière l’écran et comme je n’ai aucune formation de secouriste, je dois les réconforter en expliquant de façon pédagogique le pourquoi du comment. Car je les entends les « Qwwwaaaaaaaaaaa, 110 euros en soldes???? mais c’est quoi ces pompes? elles sont en poils de chinchillas nés les années bissextiles? et la faim dans le monde? et c’est pas fait par des petits chinois en plus? et c’est quoi cette écervelée à la solde de Donald Trump? » Alors, je calme le jeu et je vous fais l’article: les boots Patricia Blanchet, voyez-vous, c’est un truc magique. Déjà ça brille et ça pour moi, ça veut dire beaucoup (ma copine IsaBelle par exemple, elle le sait très bien). Ensuite, on est bien dedans (enfin c’est ce que dit ma copine Julie qui en a deux paires et comme elle est chouette ma copine Julie et que là, elle est enceinte de 7 mois et qu’elle continue à porter ses Patricia Blanchet, ben je la crois ;-)). Enfin, elles ont le talon qui va bien, ni trop bas qui sert à rien ni trop haut qui fait qu’au-delà de 20 mètres tu te rêves en pantoufles. C’est bon? Capishe? Vous voulez une petite photo pour vous convaincre? Et toc!

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Bon ce n’est pas exactement les mêmes que celles du Bon Coin, mais ça donne une idée.

Donc voilà, pour celles qui sont encore là, qui ont du cœur ou de la compassion pour une âme perdue, je continue mon histoire. Vous avez deviné qu’elle se terminait mal non? J’étais déjà presque devenue hyper copine avec la vendeuse de ces chaussures de reine, on s’échangeait des SMS trop mimi « ça y est j’ai envoyé mon chèque », « coucou je l’ai reçu. Je vous poste les boots illico », « et voilà, elles sont parties (avec photo du bordereau colissimo) », « Super! je vous préviens dès que je les reçois tralala »… Du sucre ces échanges, je vous le dis. Eh bien oui, mais le jour J, J comme jeudi dernier, lorsque j’ai ouvert ma boîte aux lettres, mes doigts frémissant et mes pieds déjà amoureux, j’ai trouvé ça:

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Aaaaaaaaaaaahhhhhhhhhhhh !!! Hyper laid comme photo de blog mais indispensable pour faire une réclamation!

Point de pantoufles de vair mais un paquet éventré, tout déchiqueté. Vous imaginez ma rage ou pas? Un peu au même niveau que celle de la despote reine Clochette, ma dernière fille (3 ans au compteur, CQFD) devant laquelle l’une de ses sœurs aurait eu l’outrecuidance de rafler le dernier Granola du paquet. J’avais envie de mordre, de pincer très fort, de griffer aussi si j’avais eu les ongles de Kim Kardashian. J’ai eu envie de mourir un peu aussi, mais juste 2 secondes pour honorer mon côté drama queen. Mais quelle injustice!

J’ai prévenu la vendeuse du Bon Coin qui, en bonne copine qu’elle m’était devenue, était tout aussi outrée que moi (plein de « QWWWAAA » et « nan mais c’est pas vrai », « mais dans quel monde vit-on » dans ses SMS de soutien). Bien sûr elle n’avait pas donné de valeur à son colissimo au moment de l’envoi, mais qui le fait hein, à part Tata Monique quand elle vous envoie une énième écharpe tricotée au point mousse pour Noël? Bref, je vous passe les étapes que j’ai dû franchir auprès de mon bureau de poste et du fameux 3631 pour raconter le litige. En résumé, Koh Lanta à côté, c’est du pipi de Rooo Minet. J’ai juste appris que le colis avait été livré le mercredi soir, à 19h30. Et moi, à cette heure-ci, j’étais chez moi. Alors, pourquoi monsieur le livreur il n’a pas sonné?

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Eh bien peut-être parce que monsieur le livreur, il est comme moi, il adoooooore les boots Patricia Blanchet. Je ne peux pas complétement lui en vouloir même si j’ai envie de l’étriper avec mon économe: il a du goût l’espiègle gredin. Je ne suis pas du genre à balancer hein, mais mon immeuble est un peu une forteresse: digicode 24/24, interphone, badge… C’est pas tout à fait la maison des Bisounours, alors moi j’en conclus que c’est le livreur de 19h30 qui a fait le coup. Depuis, je scrute les hommes de mon quartier pour voir s’ils ne porteraient pas, le plus naturellement du monde, une paire de boots bleu métallisé aux pieds. Mais ça peut aussi être un amoureux monsieur le livreur, alors il a pu les voler pour les offrir à sa douce. Donc je regarde aussi les pieds des filles. J’ai les yeux rivés au trottoir, les idées noires et 110 euros en moins sur mon compte en banque. Patricia si tu me lis (quoi? c’est mon blog, je crois ce que je veux), et que les larmes te viennent, tu sais comment me faire plaisir.

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La genèse d’un blog

Ça fait plusieurs mois que ce blog me trotte dans la tête. Un jour oui, un jour non. J’y vais, j’y vais pas. Un pas en avant, trois en arrière, en passant par la case « J’y arriverai jamais »…

« Pour qui tu te prends? » « Non mais t’as quel âge? » Vous les connaissez peut-être vous aussi, ces petites questions, ces freins que l’on s’impose à soi-même, ces critiques que l’on s’envoie dans les dents et qui nous paralysent. Pas moyen d’avancer avec ça! Mais voilà qu’enfin, un jour, une petite voix prend le dessus sur les autres: « qu’importe, on y va, au pire personne ne te lira mais au moins tu auras essayé et pris plaisir à écrire même si ce n’est que pour ta mère, tes sœurs (t’as de la chance: t’en as deux!) et ta best friend for ever de tous les temps! »

 

Je dois avouer que plusieurs personnes m’ont aidée dans ce cheminement. La première, c’est Laure des Aventurières http://www.lesaventurieres.com/. C’était au printemps dernier, au cours de l’une de ses fameuses soirées « J’aime le vin, j’aime pas mon job » (que je vous conseille ardemment!), cette fois-ci consacrée aux blogueuses. J’y suis allée sur la pointe des pieds, persuadée d’être la plus vieille de l’assemblée, à peine à l’aise sur Facebook, découvrant juste Instagram et Pinterest et ne comprenant toujours pas l’intérêt de Twitter! Et pourtant, la magie a opéré (ok, je vous l’accorde avec plusieurs verres de vin, ça a aidé, mais quand même!)… En plus de Laure, j’ai rencontré des filles et un gars (!) super intéressants, bouillonnant d’idées, bienveillants et surtout dé-cul-pa-bi-li-sants! Une bouffée d’oxygène! Un vent de liberté! « Ben oui, vas-y, fonce, qu’est-ce que tu risques? » Je n’ai pas su quoi répondre, en effet… Ensuite, il y a eu ma BFF, AP, celle à qui je peux tout dire sans avoir trop peur de passer pour une quiche et qui, justement, en m’écoutant lui parler de mon projet, m’a dit « Banco, ma quiche, ma biche! » Et puis il y a toutes celles qui ne savent pas qu’elles m’ont portée: les filles de la blogosphère dont j’admire la prose, l’univers et qui me font sentir encore bien petites sur les plans rédactionnel (le style qui vaut signature, la petite note d’humour bien placée…), design et prises de vues (féminins mais pas cul-cul…), comme Caroline de http://www.penseesbycaro.fr , Camille de http://www.afewdaysinlyon.com/ ou encore Eleonore de  http://www.leblogdelamechante.fr/ pour n’en citer que trois; mais aussi IsaBelle ma complice d’âme et de cœur avec qui je partage et disserte pendant des heures sur les plus et les moins de la vie, devant – selon l’heure de la journée – un café, un thé, une bière, un verre de vin (plusieurs réponses possible!) C’est elle qui m’a donné le dernier coup de pied au cul pouce pour me lancer: le livre de la psychanalyste Sophie Cadalen « Vivre ses désirs, vite ».

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Vous savez, c’est ce genre de livre qui n’est pas prêt de quitter la table de nuit, ce genre de livre dont on souligne les phrases clés au crayon, ce genre de livre dont on dit de l’auteure « mais comment elle sait ce que je pense, elle est dans ma tête ou quoi?! »

 

Alors une fois que l’idée de blog était « validée », il fallait passer à l’action! Et là, comment vous dire? Je ne suis ni geek ni expert of Los Angeles, j’ai plus de 40 ans et je crois que je ne suis tout simplement pas configurée pour créer des trucs sur Internet! Immense découragement: vous venez de vous autoriser de vivre votre projet (« votre désir » comme dirait Sophie la psy) et paf, vous n’avez pas les moyens techniques de le concrétiser! Pourtant, je vous jure que j’ai essayé: j’ai regardé quantité de tutos plus ou moins confus sur wordpress and co, suivi les bons plans des Aventurières mais… je ne comprenais toujours rien! Jusqu’à ce que Cécile, rencontrée sur la page Facebook des Aventurières, me dise simplement « moi si tu veux je t’aide »! On a déjeuné, elle mon ordi et moi, on s’est raconté nos vies, et mon blog s’est matérialisé. Depuis, je sais qu’une amie virtuelle peut en devenir une pour de vrai!

C’est donc grâce au soutien de ces bonnes fées, mais aussi à mon irrépressible désir, que je donne aujourd’hui naissance à mon blog « Les Créativantes ». Smack les filles!