Agnès Varda, grandmother’s next door

L’autre soir, après une journée de boulot bien remplie, le corps encore endolori d’être resté vissé à ma chaise, concentrée sur l’ordi, je me suis offert une escapade dans l’imaginaire d’Agnès Varda et de son acolyte JR. J’ai vu Visages, Villages… au cinéma… et je ne me suis pas remise de ce film en apparence tout simple et qui dit tellement de choses, avec tellement de beauté et de bonté. D’aucuns diront que c’est un petit bonbon, doux et suave… Soit, mais c’est plus que ça!

Chère petite mamie indigne

Déjà, il y a AGNÈS VARDA. Je ne connais pas tout de cette femme, mais ce que je sais d’elle me plaît, me la rend proche et touchante. Sa vie d’artiste évidemment, si pleine, si riche, si vaste. Une touche-à-tout maline et audacieuse. Photographe, cinéaste (une des rares réalisatrices de La Nouvelle Vague), plasticienne… N’en jetez plus! Sa vie de femme amie, de Jean Vilar, d’Antoine Bourdin, de Jim Morrison… Sa vie de femme amoureuse de Jacques Demy, contre vents et marées, qui adopte sa fille Rosalie et avec lequel elle a un fils, Mathieu.

Elle fait partie des personnalités publiques et artistiques que je suis de loin et d’un peu plus près quand elle sort un film, propose une exposition. J’aime son univers bric à brac, « inclassable » comme disent ceux qui n’aiment pas que les gens ne rentrent pas dans les cases. J’aime sa coupe de cheveux improbable, au bol et bicolore blanc/cuivré. J’aime qu’elle s’en foute et en joue à la fois. Petite mamie indigne, punk et bab en même temps, infiniment digne d’être aimée par nous tous, et sans doute encore un peu plus par nous les femmes. Car c’est à ce genre de (grande) dame que nous devons tant, sur la liberté de faire, de penser, de créer. Vous savez, ce putain de sentiment d’illégitimité! Agnès, elle, elle a donné un grand coup de pied là-dedans et elle s’est lancée. Plus fort qu’elle.

Ce film, elle l’a fait avec JR. La star du street art, coté, médiatique, classe.  Qui côtoie De Niro, Natalie Portman et tous les grands qu’on ne rencontra jamais ailleurs qu’au cinéma. Il photographie en noir et blanc ces portraits d’anonymes ou ce célébrités qu’il imprime en format XXL et colle dans la rue, sur des bâtiments inconnus ou illustres, délabrés ou lisses, aux quatre coins de la planète, pour toujours raconter une histoire. Il a un côté arrogant derrière ses inamovibles lunettes noires, sa dégaine coûteuse jean/pardessus/Stan Smith, ses posts Facebook en compagnie de ses amis célèbres. Dans leur film, Agnès lui fait tomber le masque, le découenne de ses apprêts sophistiqués et l’on trouve un garçon assez touchant, drôle, impertinent, empathique. Il est émouvant devant sa propre grand-mère âgée de 100 ans. On le découvre aussi plus artisan qu’artiste, passant plus de temps sur les échafaudages qui lui permettent de coller ses portraits que derrière l’objectif.

L’œil et le cœur

Ces deux-là se sont bien trouvés. 20 à 30 centimètres les séparent. Elle a 89 ans. Il en a 33. Mais ils partagent le goût d’aller au plus près des gens, l’envie de raconter des histoires et de jouer. Ils ont des idées plein la tête. Ils aiment surprendre et faire plaisir. Ils veulent témoigner du passage sur terre de personnes à nulle autre pareille, raconter avant que tout foute le camp et qu’on ait tout oublié. Agnès et JR ont la malice et l’audace en commun. Ils ont un œil, même si celui d’Agnès voit flou et celui de JR se cache derrière le filtre fumé de ses lunettes noires. Ils ont un cœur. Leurs arts se ressemblent aussi, usant des mêmes média, la caméra, l’appareil photo. Il y a une histoire de transmission qui me touche énormément.

Sur le fil ténu, entre rires et larmes

Des moments d’émotion, il y en a plein. Soit venus des gens rencontrés par Agnès et JR tout au long du film, dans des petits villages et au port du Havre, soit venus directement avec eux. Agnès se livre sans pareil, comme si elle devinait que c’était la dernière fois. Derrière la caméra, elle a l‘innocence d’une enfant, et en même temps cette sagesse, ce savoir, cette sérénité qui n’appartiennent qu’aux anciens.

Tous les personnages de ce film sont magnifiques, nature, entiers. Ils ne jouent pas, ils sont. Fiers et émus de participer au projet artistique d’Agnès et JR, mais aussi parfois déçus ou mal à l’aise de se trouver ainsi « exhibés » alors qu’ils sont timides ou discrets. Partout, il y a rencontres, partages, et on devine que les liens créés ne disparaîtront pas.

On rit aussi beaucoup en regardant ce film: des vraies fausses engueulades des deux protagonistes, des blagues facétieuses de JR, des commentaires des uns et des autres… et ces petits espaces sont comme des respirations, bienvenus.

La musique de M souligne cette alternance avec beaucoup d’élégance. Les parties jouées au piano sont d’une beauté simplement magnifique.

Je veux être Agnès Varda quand je serai vieille

J’ai ri, j’ai pleuré mais sans jamais être triste, juste parce que c’est beau. Je nomme Agnès marraine de ce blog, pour tout ce qu’elle est et représente à mes yeux ! Elle ne le sait évidemment pas, c’est entre vous et moi.

PS: Jean-Luc Godard est une « peau de chien »! Allez voir le film, vous comprendrez…

2 réflexions sur « Agnès Varda, grandmother’s next door »

  1. J’avais immédiatement partagé sur ma page FB quand j’ai vu ton nouveau sujet, parce que j’ai très envie de voir ce film, sans doute pour les mêmes raisons que toi!
    Ce soir j’ai enfin le temps de lire ton texte, merci de nous faire partager tes sentiments, je suis sure que je vais adorer, et j’ai encore plus envie de le voir….très bientôt!
    Merci madame pour ce moment de partage d’émotions et de choses positives!

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