Les histoires dessinées d’Agnès Hostache

Vous ne devinerez jamais! Pour la première fois depuis la naissance du blog, une artiste m’a contactée pour me rencontrer et me dire le bien qu’elle pensait des Créativantes. Quelle joie ressentie à la lecture du mail d’Agnès HOSTACHE! Elle n’aime pas dire qu’elle est artiste, Agnès, (même si moi je prends plaisir à l’écrire ici!)… Non, ce qu’Agnès se sent être au plus profond d’elle-même, depuis qu’elle sait tenir un crayon, c’est ILLUSTRATRICE.

Je dois avouer que je ne connaissais pas son travail, alors je suis allée voir son site. Et là, double ration de surprise, joie, bonheur etc.: j’ai découvert un univers magnifique, riche de mille petites choses qui font une vie, des personnages auxquels on s’attache immédiatement et à propos desquels on a envie d’écrire des histoires, des mises en scène faussement simples, des couleurs et une lumière qui subliment tout, une intimité dévoilée avec élégance et, aussi, une certaine mélancolie qui filtre par-ci par-là…

Nous nous sommes retrouvées, Agnès et moi, devant un café allongé (+ un peu de lait pour elle) puis, la conversation s’étoffant, un Tchaï Latte. Les confessions sont venues vite comme si l’on se connaissait déjà un peu toutes les deux. Un grand merci aux premières Créativantes qui, à travers mes portraits, ont donné envie à Agnès de me rencontrer et de figurer parmi elles sur le blog. Il se crée ici une sorte de communauté (je n’aime pas ce mot, mais comment appeler cela mieux?). Une certaine sororité, peut-être, entre ces femmes qui ont en commun l’envie, le besoin, la soif de créer coûte que coûte. J’en suis très émue.

Inventaire © A. Hostache

Le dessin, une évidence

Les petits riens du quotidien © A. Hostache

« Ma mère raconte que lorsque j’étais petite, il suffisait de me donner un crayon de papier pour être sûr d’avoir la paix un bon moment! » me confie Agnès avec amusement. Ainsi dès le plus jeune âge, Agnès dessine tout le temps. C’est un besoin physique, intime, une nécessité absolue. « Le dessin, c’est l’histoire de ma vie » lâche-t-elle. Elle suit donc en toute logique des études d’art avant de devenir directrice artistique en agence de publicité. Les illustrations à l’époque, c’est elle qui les commande. Mais son talent fait mouche et des professionnels autour d’elle lui rappellent sans cesse qu’elle est faite pour dessiner. Alors, toujours elle se balade avec des carnets dans ses poches, dans ses sacs, pour griffonner dès qu’elle le peut.

 

Raconter des histoires

Depuis toujours, Agnès dessine des intérieurs de maisons. D’ailleurs, quand elle était petite et qu’elle envisageait le métier qu’elle exercerait plus tard, elle disait « Je ferai du dessin ou alors je visiterai des maisons »! Pas besoin de représenter les habitants de ces maisons, l’ensemble des détails créés par Agnès – un vêtement oublié, une tasse de thé, tous les petits riens d’un home sweet home – leur donnent vie et laissent imaginer au spectateur qu’elle peut être leur histoire.

X. et J. © A. Hostache

Car l’histoire, c’est ce qui compte avant tout le reste pour Agnès: « Moi mon truc, c’est raconter des histoires. Ce qui me plaît c’est l’humain ». C’est pour cette raison que de ses maisons, elle est passée à des personnages. Mais pas n’importe lesquels! Des gens viennent trouver Agnès pour lui demander de réaliser le portrait de leur famille, de leur fille, de leur amoureux… Un cadeau qu’ils se font à eux-mêmes ou qu’ils destinent à celui ou celle ainsi représenté. Pour répondre au mieux à cette demande intime et affective, Agnès recueille un certain nombre de photos, de renseignements et d’anecdotes sur la personne dont elle doit faire le portrait. « Ce que je trouve touchant dans ce cadeau, c’est qu’il témoigne d’un double regard sur un être aimé: celui de la personne qui offre le portrait et puis le mien, à travers ce que l’on m’a révélé de son intimité ». Agnès se souvient de la commande d’un couple d’amoureux: « Ils n’étaient pas particulièrement attachés à leur appartement et m’ont raconté que leur rêve était de partir ensemble un jour en voyage. J’ai eu l’idée de les dessiner à l’endroit où ils s’étaient rencontrés, sur les quais de Saône, comme s’ils étaient en partance. »

Violette © A. Hostache

 

Agnès compare ce travail de portraitiste à celui d’un journaliste, mais du côté de l’image. Il rend bien compte aussi de son envie de parler des gens et de l’air du temps. C’est pour cela qu’elle ne se définit pas comme artiste: « Un artiste c’est quelqu’un en quête de lui-même. Moi, je ne veux pas parler de moi! »

 

D’ailleurs, Agnès pousse les gens à intervenir dans l’image qu’elle crée pour eux: « Je leur fait évidemment valider mes crayonnés puis je les interroge sur leurs goûts, les couleurs qu’ils apprécient… Un portrait c’est une histoire de sentiments! »

 

Ces portraits charmants vont droit au cœur de ceux qui les commandent mais aussi au cœur de ceux qui les découvrent. C’est le cas d’Inès de la boutique lyonnaise Dada Shop qui en est fan et les expose ou encore de L’Illustre Boutique et d’Artarzat à Paris. Sur Instagram aussi, des fans inconnus likent à tour de clic les illustrations d’Agnès.

Le Dada Shop © A. Hostache

Agnès est une curieuse, des autres et des univers à explorer. Alors après avoir œuvré dans la publicité, elle a suivi une formation en architecture intérieure. Une nouvelle activité qu’elle va exercer une dizaine d’années et qui lui permet aujourd’hui de savoir aussi bien dessiner des personnages qu’évaluer des perspectives. Mais depuis 2 ans et demi, Agnès a sauté le pas vers son évidence: celle d’être illustratrice à part entière, du matin au soir, dédiée à la nécessité de ce geste qui lui est si indispensable, que dis-je, vital!

Le tabouret de mon grand-père © A. Hostache

Agnès travaille à la gouache, à l’acrylique et au crayon de couleur, sur du papier ou du bois (médium ou bois clair). Elle peut parfois utiliser la palette graphique pour aller plus vite, sur certains projets en édition ou de commandes dans la publicité.

Elle s’inspire de tout ce qui l’entoure. Un article de journal, une exposition, les petites choses banales du quotidien… Ses références en illustration vont de Pierre Le Tan à Jean-Philippe Delhomme, en passant par Kitty Crowther et Jirô Taniguchi . Mais elle aime aussi beaucoup Louise Bourgeois et les dessins d’enfants qui la « font craquer ». Elle anime d’ailleurs un atelier de bande dessinée à l’Institut d’hématologie et d’oncologie pédiatrique de Lyon.

Une relation particulière avec le Japon

Sur un petit nuage © A. Hostache

La grande passion d’Agnès, c’est le Japon! Elle y a séjourné pendant une longue période et a même exposé ses œuvres, le temps d’un festival, sur l’île de Naoshima, une sorte de sanctuaire de l’art contemporain. Surtout, Agnès a rencontré là-bas l’une des auteures japonaises qu’elle vénère: Yoko Ogawa.

Son rêve qui est train de devenir un vrai projet? Réaliser un roman graphique d’après l’un des livres de Yoko, avec l’accord de celle-ci. L’idée de dessiner sur les mots d’un auteur lui tient de plus en plus à cœur, pour raconter toujours des histoires mais en duo cette fois.

Au Japon, Agnès se reconnaît particulièrement dans le mouvement Mingei Undo né dans les années 30. La définition de cette philosophie fait en effet écho à la démarche artisanale –plus qu’artistique finalement- d’Agnès:

« Il doit être modeste mais non de pacotille, bon marché mais non fragile. La malhonnêteté, la perversité, le luxe, voilà ce que les objets Mingei doivent au plus haut point éviter : ce qui est naturel, sincère, sûr, simple, telles sont les caractéristiques du Mingei. »

Alors soit, Agnès n’est pas une artiste! Elle est une portraitiste, une nouvelliste, une chroniqueuse au long cours, qui témoigne précieusement de l’air du temps et de la vie des gens, avec une sincérité et une bienveillance absolues. 

Les lunettes vertes © A. Hostache

*** retrouvez l’univers d’Agnès sur son site http://hostache.ultra-book.com/