Ce je ne sais quoi qui déconne #3

Vous en rêviez, vous la vouliez, la suite de cette série où je malmène mon image sociale et pas que (je déteste cette expression « et pas que » mais depuis qu’elle est reprise par les journalistes de France Inter, je l’utilise avec parcimonie et quand même un peu les poils qui se hérissent sur les bras). Je ne dis pas qu’il m’arrive chaque semaine un truc méritant d’être relaté ici. Néanmoins, je n’ai pas à attendre très longtemps avant que mon naturel ne revienne au galop et nourrisse cette rubrique! Sans doute parce que j’y joue le rôle principal! Dans ce troisième opus justement, c’est dingue: il est question de rôle, de cinéma tchi tchaaaa, d’ego et aussi de maillot de bain

Coupée au montage

Il y a un an, ma pétillante copine IsaBelle m’a proposé de jouer dans le court-métrage qu’elle allait tourner au début de l’été. Évidemment, compte tenu qu’elle avait déjà de beaux films à son actif, que c’est mon amie et qu’on se retrouve autour du même besoin de créativité dans nos vies de working mums, je reconnais avoir été charmée et même flattée. Deux minutes. Car ensuite, elle m’a dit: « En fait, on va tourner à la piscine, vous serez tous en maillot de bain. » « Ah ah ah », j’ai fait. « Si, si », m’a-t-elle répondu. Quand on dit que le cinéma relève de la mise à nu, ben là personnellement, je me sentais bien à poil!

Grâce vs graisse

IsaBelle a su me rassurer: « Tu sais, c’est quand je t’ai vue dans ce maillot bleu à la piscine du Rhône que j’ai eu l’idée de te proposer de participer au projet ». Je vous le confesse: on m’aurait invitée à jouer un rôle de funambule parce qu’on m’avait trouvée pleine de grâce sur la piste de danse de mes 40 ans, ça m’aurait fait le même effet! Parce que moi, depuis à peu près l’âge de 10 ans, je me sens plutôt pleine de graisse. On ne va pas se mentir: je me sens mieux depuis la naissance de ma dernière fille et mes 40 ans. S’il y a bien un avantage à vieillir, c’est celui de commencer à s’accepter, à savoir valoriser ses qualités (si, on en a tous!) pour mettre ses failles en sourdine. J’ai admis que je ne rentrerai jamais dans la moindre fringue 38, que les shorts et les mini jupes n’étaient pas mes amis, que le double menton avait ceci de pratique qu’il tenait chaud en hiver. J’ai mis les régimes au rebut, préférant courir 8 km les lendemains de soirées Tuc/fromage/vin blanc/M&Ms.

Mais même en m’acceptant davantage, évoluer en maillot de bain ne relevait pas de l’évidence. Encore moins devant les autres. Vous savez, à côté de ces filles à ventre plat et bikini Liberty qui courent derrière leurs adorables enfants sur la plage, quand vous allez jusqu’à la mer (putain de marée basse!) en rentrant le ventre et en contractant les fesses. Alors devant une caméra, vous pensez! Mais j’ai décidé de prendre l’exercice comme une thérapie. Et puis, pourquoi me priver d’un super week-end à la piscine entre potes, qui plus est dans le cadre d’un projet artistique orchestré par mon amie?

Je suis passée par l’épreuve de l’essayage de maillots de bain au cours duquel je me suis sentie un peu plus Christine Boutin que Grace Kelly, mais j’ai fini par trouver mon costume pour le jour J. Maillot 1 pièce noir Princesse Tam Tam taille 42, simplement structuré mais bien balancé. C’était parti!

Je vous la fais courte, mais le tournage fut une régalade. Il faisait beau, on riait comme des gamins en colo, c’était fluide comme l’eau de la piscine, joyeux et chaleureux.

IsaBelle m’a réservé la primeur du visionnage! Quelle émotion de se découvrir à l’écran! Certes mon corps n’était pas devenu sylphide par la magie de la caméra. Mais le talent stylé de la réalisatrice, nimbé de bienveillance, avait comme enveloppé d’un voile esthétique mes courbes. Je le regardais avec ses imperfections, évoluant à côté d’autres silhouettes plus menues. Et j’étais fière non pas de ce corps, mais de moi tout entière, d’être passée outre mon auto-censure, d’avoir su privilégier le plaisir que j’avais à participer à ce film et minimiser le reste.

Perfectionniste, IsaBelle n’était pas pleinement satisfaite de son montage. Il manquait de rythme, ce qui compliquait sa trame narrative. « Pas grave » clamaient certains. « Dommage » opposaient les autres, conscients du talent de notre amie et de sa probable capacité à faire mieux.

Une balle de ping-pong dans le maillot…

Du coup, du temps a passé et IsaBelle a monté une nouvelle version, la toute dernière. La bonne. Et c’est vrai qu’elle est bien mieux, conforme à ce qu’on sait de son talent. Rythmée, concise (7 min, pas plus, pas moins, comme ses autres films), efficace. Elle nous a fait la surprise de nous la montrer sans rien nous dire. Ce fut une expérience étrange pour moi. Au-delà des scènes de groupes, nous avions chacun de nous une scène à jouer. Pour ma part, je devais tomber dans la piscine en roulant, comme si quelqu’un m’avait attrapé pour me faire glisser dans l’eau. Lors de la première version du film visionnée, on avait rit de découvrir que la pression de l’eau avait fait naître une petite boule au-dessus de mes fesses, comme si j’avais coincé une balle de ping-pong dans mon maillot de bain! Pourquoi ça faisait ça avec moi et pas les autres? Mystère? Un amas de graisse résistant à la pression de l’eau?!

Quoiqu’il en soit, cette scène n’est plus. IsaBelle l’a coupée. Je vais être honnête, ça m’a fait quelque chose. Et ce quelque chose m’énerve! Parce que:

  1. Le film est bien mieux sans cette scène qui le ralentissait (l’alourdissait? Bon d’accord, j’arrête!)
  2. Je suis toujours dans le film, dans les scènes de groupes.
  3. J’ai passé un super moment à « faire » ce film avec mon amie et tous ces potes réunis dans la même énergie.
  4. Si IsaBelle me redemandait de tourner en maillot avec une balle de ping-pong coincée dans la culotte, je le referais sans hésiter!

Alors quoi, bordel ???

Alors quoi? Je suis si narcissique que ça? Bon ok, je me raconte sur un blog… Je suis jalouse (de ceux qui ont eu « leur scène » gardée)? Je rêvais secrètement d’être repérée par Sofia Coppala qui serait passée par là, en plein milieu de la Haute Loire, par hasard début juillet 2016? Je m’interroge sur ce que ces émotions disent de moi. Je me dis que c’est peut-être tout simplement l’effet de surprise. Découvrir la scène coupée, avec tous les autres autour de moi qui venaient me dire après coup: « Ben alors, elle n’y est plus ta scène? » ou « C’est marrant, je t’ai vu dans le générique mais pas dans le film ». Pourquoi j’ai eu de la peine à ce moment-là? Bon mais c’est vrai aussi que c’était en plein milieu d’une fête et j’étais clairement pompette! J’ai peut-être juste l’alcool égocentrique, au fond.