L’effrayante beauté des œuvres de Delphine Vaute

© Delphine Vaute

Je le subodorais, mais c’est confirmé: ce blog me donne des pouvoirs magiques! Moi qui n’aie rien d’une fée, je vis l’enchantement de rencontrer les artistes dont j’admire les œuvres: « Abracadabra Bonjour, je suis complétement fan de votre travail, pourrions-nous nous voir pour en parler? J’aimerais écrire à votre sujet sur mon blog? »

 

C’est exactement comme cela que j’ai contacté l’artiste plasticienne DELPHINE VAUTE, installée à Nantes.

Une Créativante +++

Je dois avouer que Delphine fait partie des deux ou trois toutes premières femmes artistes qui m’ont donné envie de créer Les Créativantes. Son œuvre est de celle qui submerge d’émotion, qui interroge, perturbe voire dérange, donne les larmes aux yeux (enfin, chez moi en tout cas!) En découvrant ses dessins, je me suis dit: « C’est trop beau, il faut que tout le monde voit ça,  partage cette émotion avec moi! » Cette nécessité absolue m’a donné des ailes.

Orphé (dessin) © Delphine Vaute

Cap sur Nantes!

J’ai profité d’une escapade à Nantes pour rencontrer Delphine dans un café, à deux pas de chez elle. C’était un jour de tempête, du gris partout et du vent qui fait swinguer les brushings. Comme je n’avais jamais vu Delphine en photo, je me suis demandée si j’allais la deviner quand elle entrerait dans le café. En fait, on s’est deviné mutuellement: « Clarisse?« , « Delphine? » On s’est fait la bise, tutoyé d’emblée, caféiné version allongé.

Ainsi attablée, Delphine m’a raconté qu’elle dessinait depuis qu’elle était toute petite. Elle a grandi à côté d’Angers, au bord de la Loire. De là, lui vient l’amour de la nature, une fascination pour les animaux, et peut-être aussi ce besoin de liberté chevillé au corps. Quand elle en a l’âge, elle entre aux Beaux-arts d’Angers « plus pour suivre les copains que par vraie vocation« . Elle y passe cinq ans, heureuse de pouvoir s’essayer à toutes les techniques (gravure, litho, fonderie…) sans réel cadre qui la contraigne. Liberté, liberté chérie. Ensuite, parce qu’elle a envie d’apprendre encore, de se nourrir, de se documenter, elle s’inscrit pour quatre ans à la Fac d’Histoire de l’art de Nantes. Elle se passionne pour la période située entre la fin du Moyen âge et le début de la Renaissance, et particulièrement pour l‘art macabre (la danse des morts). Elle a le goût de l’étrangeté, du danger, du sulfureux. Elle collectionne les planches d’histoire naturelle, se plonge dans les manuels de botanique, s’intéresse à la mythologie, s’inspire des illustrations très fouillées du peintre russe Yvan Bilibine (XIXe)… Delphine observe et engrange pour étoffer son imaginaire.

L’imminence du danger

Sphynge (dessin) © Delphine Vaute

L’œuvre de Delphine navigue entre trois thématiques qui s’épousent, s’entremêlent, se pénètrent, se blessent: l’enfance, la nature et les animaux. Le trait est fin et net, les couleurs douces, comme pour calmer le jeu de ce qui se raconte ensuite. Car si à première vue, le sujet est tendre et poétique, de menus détails viennent contredire cette impression, avec une subtilité maligne. C’est de l’ordre du dérangement, de la perturbation. Et l’on bascule dans un monde soudain angoissant, fantastique, où le danger, la violence et la mort rôdent. Des yeux littéralement exorbités, des plaies ouvertes, des plantes prenant racine dans le corps d’enfants… Pourtant, ce n’est jamais gore. L’artiste réussit à garder l’équilibre, ne tombe jamais du côté macabre, estompant le sentiment de peur par le sourire facétieux d’un petit garçon, le regard plein de bonté d’un renard, une boule de glace qui dégouline… La poésie est omniprésente et l‘humour jamais très loin.

Malgré tout: « Certaines personnes ont des réactions très violentes à l’égard de mes dessins, elles se sentent vraiment mal à l’aise, raconte Delphine. Alors que ce n’est jamais le cas des enfants! » Ces enfants qu’elle dessine presque toujours nus, le corps parfois tatoué de fleurs ou de têtes animales, ou encore transformés en centaures. Des enfants sauvages à la Truffaut et des fées clochettes (pas celle de Disney non, mais l’originelle qui est tour à tour joueuse, jalouse, colérique et même méchante)… Agacée de l’image souvent édulcorée de l’enfance, Delphine s’amuse à la malmener: « Les enfants ne sont pas tout doux: ils énervent, tapent, arrachent… et y prennent plaisir! » Elle travaille régulièrement avec eux dans les ateliers qu’elle anime: « J’apprécie la spontanéité et le côté rafraîchissant des commentaires qu’ils peuvent faire à propos de mes dessins. »

Kate (dessin) © Delphine Vaute

Côté inspiration, on n’est pas étonné d’apprendre qu’elle aime le cinéma de David Lynch, de Denis Villeneuve ou de Tim Burton à ses débuts (je lui conseille tout de même d’aller voir « Miss Perigrine » qui devrait les réconcilier!) Tiens, j’ai oublié de lui demander si elle appréciait François Ozon car lui aussi flirte avec le déraisonnable, le malaise, le fantastique…  Elle adore l’univers de Bartabas et celui de la compagnie Baro d’Evel qui a monté le spectacle « Bestias ». Elle va beaucoup au théâtre, notamment lorsqu’il mélange le jeu, l’image et la musique. Elle chine de vieux médaillons et après un décapage méticuleux, glisse à l’intérieur l’un de ses dessins sous des fleurs stabilisées. « Je bricole beaucoup… » sourit-elle.

Le dessin, sinon rien

Acrylique sur toile © Delphine Vaute

Le cœur de l’œuvre de Delphine réside dans le dessin, toujours et encore, exercé au quotidien sinon rien. Il s’esquisse d’abord sur des carnets pour comprendre l’attitude d’un animal, la posture d’un personnage, l’ondulation d’une plante, car toujours Delphine vise l’exactitude. Une fois qu’elle a atteint son but, elle numérise, assemble, agrandit ou pas… et travaille sur le papier ou, trop rarement à son goût ces temps-ci, sur la toile, ou encore sur le mur pour des fresques monumentales.

Botanique (gravure) © Delphine Vaute

Elle dessine au crayon de papier et de couleurs, et peint à l’acrylique, plus rarement à l’aquarelle. La gravure complète ses modes d’expression artistique.

Silhouette botanique (gravure) © Delphine Vaute

Des projets grandeur nature

Je remercie vivement Delphine de m’avoir accordé cette heure d’entretien car elle a beaucoup d’expos et de projets sur le feu, dont deux grosses installations à venir avant l’été. La première, « Forest Circus », est le fruit d’une résidence menée à Le Blanc, non loin de Châteauroux, au centre de la France. Il y a là une voie verte sur laquelle subsistent d’anciens équipements SNCF (maisons de garde barrière, ponts…) et que Delphine va habiller de ses dessins dès le mois de juin. Concrètement, elle crée un parcours d’une soixantaine d’affiches réalisées à l’encre de Chine et illustrant son univers. La seconde installation se joue chez elle, à Nantes. Dans le cadre d’un appel à projets de la Région, elle a collaboré avec un médiateur scientifique sur le thème de la paléontologie. « La Tram du temps » racontera ainsi l’évolution des espèces animales et végétales, sous la forme de dessins signés Delphine Vaute, à chaque arrêt de la ligne 1 du tramway nantais qui court de la gare maritime jusqu’à la SNCF. Des pachydermes marins, des dinosaures à plumes, mais aussi de sublimes conifères… tout un programme dont je vous reparlerai dès que Delphine m’en donnera des nouvelles.

Nature (dessin) © Delphine Vaute

Enfin, que celles et ceux qui se sentiraient trop mal à l’aise face à certaines œuvres de Delphine se rassurent: elle a, dans son atelier, d’autres dessins, peintures et gravures moins perturbants et tout aussi magnifiques.

Il serait dommage de se passer de ces sujets à la terrifiante beauté, étonnants par la vigueur des émotions qu’ils suscitent. L’essence de l’art?

 

 

Pia (acrylique sur toile) © Delphine Vaute

*** Découvrez tout l’univers de Delphine Vaute sur https://www.delphinevaute.com/

 

 

 

 

Ce je ne sais quoi qui déconne #2

Tan, tan, tan… La suite tant attendue de cette série qui me fait passer pour une quiche! Ok, je suis une quiche. Et maso. Une quiche maso et non une quiche mayo, 1. parce que c’est pas bon et 2. parce que de toutes façons ça n’existe pas… à part dans l’assiette de ma fille de 3 ans les soirs de défaite parentale mais ce n’est pas le sujet (les 1 et 2 sont liés, vous l’aurez noté… pour celles et ceux qui suivent).

Donc le #2 de cette série pourrait s’intituler: « Vous, vous êtes une fille vintage », en référence à cette parodie fantastique de la pub Barbara Gould par les Nuls dans les années… 90 (oui, je sais, je suis vieille et vous verrez c’est en lien aussi…): « Vous, vous êtes une femme Barbara Gourde », avec Chantal Lauby en nunuche de compet’… https://youtu.be/VELdFasPxk0.

Moi, une fille Vintage?

Je vous ai dit que, dans la vraie vie, j’étais journaliste? Bon ben voilà: l’autre jour, pour les besoins d’un article, j’appelle une attachée de presse…  J’ai tout de suite un très bon contact avec la fille, pro, marrante, efficace: ça matche entre nous, quoi! Et puis, comme je lui demande de m’envoyer des visuels pour illustrer mon papier, elle me demande mon adresse mail. Et là, quelques frissons dans mon corps, mes idées qui s’évadent 3 secondes (« ben oui, je vais être obligée de lui dire… ») et ma voix qui lui répond: « … @club-internet.fr »

J’ai toujours honte de donner cette adresse mail. Lorsque c’est pour obtenir la carte de fidélité d’un magasin, au moment de payer à la caisse, je vois la tête que fait la pauvre vendeuse (qui a souvent 10 ans de moins que moi au bas mot) et qui doit se dire in petto (locution de vieille qui se la pète): « WTF c’est quoi cette vioque avec cette adresse pourrie, j’en ai pour des plombes à rentrer ça dans mon logiciel! » Et elle n’a pas tort la petite chérie: moi-même, les nombreuses fois où je dois rentrer mes coordonnées sur n’importe quelle page web, j’ai juste l’impression d’avoir l’adresse mail la plus longue du monde. D’ailleurs, souvent, je tape trop vite et suis obligée de recommencer. Perte de temps X2.

Bref revenons à notre attachée de presse qui, suite à mon aveu, me rétorque: « Ah vous aussi, vous êtes une fille vintage? » Moi, petit rire d’à-propos surpris et un peu jaune: « Euh oui… Je sais cette adresse, c’est l’horreur, mais pff, voilà, j’ai trop la flegme de changer, prévenir tous mes contacts etc. etc. » Mais la fille me dit (et devient dans l’instant définitivement mon amie): « Ah mais non, ne faites surtout pas ça! Moi aussi, j’ai une adresse wanadoo de vieille, mais hors de question de changer! On nous demande tout le temps d’aller plus vite, d’être hype, free et hotmail machin, mais non, mais non! Moi, je garde cette adresse, c’est mon acte de résistance! » Bref, ce jour-là, je me suis sentie un peu moins quiche, un peu moins nunuche, un peu moins Barbara Gourde et donc moins seule. Et vous savez quoi? Bah ça ne fait pas de mal!

A suivre…