Les guerrières de Catherine Mainguy

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© Laurence Papoutchian

Dans le froid et le temps encore tout gris de ce matin, la seule idée d’aller rencontrer CATHERINE MAINGUY et de découvrir ses toiles et dessins « en vrai » me faisait accélérer le pas et illuminait mon début de semaine.

Bizarrerie de notre monde actuel, j’ai découvert le travail de Catherine sur Facebook, alors que son atelier-galerie existe depuis plus de huit ans et se trouve tout près de chez moi, en bas des Pentes!

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Je likais beaucoup, adorais souvent et partageais parfois ses portraits de femmes gracieuses et élégantes, jusqu’à ce que j’ose lui demander un entretien pour mon blog. Chanceuse que je suis, elle a tout de suite dit oui et m’a conviée à boire un café au milieu de son exposition en cours « Habillage de patience. Déshabillage de désir ».

Habillage de patience , Déshabillage de désir. « Ici ou ailleurs, partout, Impalpable sensualité. Latente attente, subtiles substances. Jeu de voilé-dévoilé, Les faux-semblants oubliés. Respirer, s’émanciper, …Et aimer ».

Un troublant jeu de regards

15844539_1475332245818069_6239984666642989301_oEn entrant « chez » Catherine, je me sens presque intimidée. Nous ne nous connaissons pas et surtout ses tableaux que je découvre en live me subjuguent. Elles sont belles et bien là ces femmes que j’ai vues en tout petit sur mon écran d’ordinateur! Majestueuses, insoumises… Femmes, si femmes. Pourquoi ai-je l’impression d’être minuscule face à elles? Je crois que cela vient de la puissance de leurs regards portés sur moi. Nulle malveillance dans ces yeux-là, bien au contraire, mais tant de choses à dire, à confier, sur la vie et la place des femmes, sur leur liberté, sur leur monde. Catherine confirme mon ressenti: « Je travaille en série, autour d’histoires que je me raconte, de façon plus ou moins poétique. Derrière cette douceur et cette poésie qui relèvent de ma féminité, il y a une vraie question de fond que je voulais traiter: l’image de la femme, avec ce jeu du caché/dévoilé, cette part de sensualité, de féminité. Pourquoi la cacher, au nom de quoi? C’est un thème d’actualité… »

Si elles m’impressionnent un peu, ces femmes n’ont rien d’inaccessible, rien de divin. Elles sont bien réelles, modernes, ancrées, et je me dis qu’elles pourraient être mes amies, mes soeurs. Il émane d’elles une énergie vitale, une force positive. On les devine guerrières, non pas au sens belliqueux du terme, mais au sens de celles qui ne baissent pas les armes, qui ne lâchent rien, qui vont de l’avant, vent debout.

La nature comme ornement

14890009_1377287295622565_668360643116392438_oChère à Catherine, la nature s’immisce dans ces portraits, sous la forme d’un papillon posé sur un œil ou de fleurs portées en parure. Elle insuffle de la poésie, de la fragilité, et dit aussi combien les femmes sont en lien avec elle, porteuses et protectrices de la vie. « On a besoin de la nature, elle a besoin de nous. Tout cela relève peut être de l’évidence mais parfois les évidences, on ne les voie plus. Par les regards de ces femmes, je voulais symboliser une prise de conscience de ce qu’est la place de la femme, son lien avec la nature, la vie… Je sens que cette prise de conscience s’opère en ce moment, quelque chose est en train de se passer » confie l’artiste.

15724590_1456570511027576_6316762390074082197_oCar Catherine veut se montrer positive. Sur ses huiles sur toile, les visages sont tournés vers la lumière, se dégageant de fonds sombres, tourmentés et immensément beaux. Tantôt les yeux se ferment pour goûter à cette nouvelle douceur, tantôt ils accrochent le spectateur comme pour lui dire « Regarde le chemin parcouru ». Un chemin tortueux et peut-être douloureux si l’on en juge les nombreuses coulures qui peuvent évoquer la pluie, des larmes ou même des plaies, en tout cas de très fortes vibrations. Pour ces peintures, Catherine a navigué au sein d’une même palette de couleurs: des gris, des bleus sombres, des bruns, puis des teintes plus chaudes pour les visages et les éléments de la nature.

15123189_1402200679797893_7604896809827681891_oDu côté des dessins en noir et blanc, on retrouve ce jeu d’ombre et de lumière. Les portraits sont réalisés à la mine graphite. Pas de coulure ici, mais des taches d’encre de Chine, de celle qui compose aussi les décors. D’essence végétale ou animale, les ornements se posent sur l’œil, autour du cou ou sur la tête; ils sont des monocles, des parures, des masques, des coiffes, des postiches…

Des motifs réalisés à l’ordinateur, imprimés puis vernis avant d’être collés sur le fond des toiles et des dessins, créent un lien entre les différentes œuvres.

Une histoire de temps…

Il est aussi question du temps dans cette exposition. Certes les visages présentés témoignent d’une certaine modernité, mais quelques uns semblent porter l’héritage d’un certain passé, à travers les vêtements ou la coiffure choisis. Le papillon à la fois posé sur un fil et l’œil féminin peut évoquer l’idée du temps suspendu.

 

… et de genre ?

Et si toutes ces femmes m’évoquent la féminité absolue, il est troublant de savoir que certains visiteurs masculins se sont « reconnus » dans quelques visages. 15156749_1404226486261979_6761544360242734172_o« J’avais conscience de l’androgynie de certains portraits mais de là à y voir carrément des hommes, j’ai trouvé cela intéressant, remarque Catherine. Et après tout, l’image de la femme, sa place, sa liberté, interpellent tout le monde, y compris les hommes, ou l’homme en général! »

 

C’est la première fois que Catherine va si loin dans le figuratif et expose des portraits, réalisés à l’huile pour la partie peinture. Avant cela, elle a travaillé sur le thème de la ville en mouvement, avec quelques silhouettes fugaces, puis sur des duos d’enfants et d’animaux placés dans un univers tantôt urbain tantôt naturel, le tout plutôt à l’acrylique.

Confidences créatives

Chaleureuse et ouverte, Catherine parle sans ambages de son travail, tant sur le plan technique que de l’inspiration. Elle décrit son processus créatif en toute sincérité, me faisant pénétrer dans l’intimité de ce à quoi doit ressembler son atelier, une fois qu’elle a tiré le rideau sur la vitrine et enfilé sa blouse de peintre. Les portraits de son exposition sont inspirés d’images qu’elle a pigées sur Internet et qu’elle a complétement retravaillées, recomposées, remontées sur Photoshop. Elle dit peindre debout, dans une intense dynamique corporelle  (« C’est le corps qui peint »), et dessiner assise, toute en concentration, en douceur et minutie (« Le dessin me pose »). « Je débute souvent une série par le dessin, ça me sert d’étude préparatoire… Et même une fois que j’ai commencé des toiles, je peux revenir au papier et au crayon. Une pratique nourrit l’autre » révèle-t-elle.

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Les histoires que Catherine se raconte peuvent durer six mois, un an, voire plus, selon ce qu’elle a à dire, à développer, à explorer, au niveau des idées et des techniques. Pour ce qui est de cette série de portraits exposée en ce moment, elle n’est pas sûre d’avoir encore tout dit…

Passée par l’école Duperré à Paris et le lycée de la Martinière à Lyon, Catherine voulait être artiste à cinq ans! Elle a commencé sa carrière comme créatrice pour un bureau de tendances lyonnais, puis a choisi de se mettre à son compte comme peintre/plasticienne et a donné des cours dans différents lieux. En 2008, elle a ouvert son atelier-galerie dans l’idée d’y proposer des cours, d’exposer son travail et celui d’autres artistes. Depuis, le lieu a évolué: les cours ont disparu et Catherine alterne ses propres expositions et celles de talents issus de son réseau artistique (peinture, photo, dessin…).

Le vernissage de l’exposition de Catherine Mainguy « Habillage de patience. Déshabillage de désir » a lieu ce jeudi 12 janvier, à partir de 18h. Venez découvrir ces portraits magnifiques ainsi que la série de plus petits formats présentés dans les bacs et que Catherine a dessinés récemment afin de rendre son art accessible au plus grand nombre. Et surtout, surtout, n’hésitez pas à pousser la porte de l’atelier-galerie jusqu’au 25 février : Catherine vous accueillera avec plaisir pour vous laisser admirer son travail et peut-être l’interroger.

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Après cette date, seront exposées les gravures de Pascale Parrein.

***L’atelier-galerie de Catherine Mainguy se situe 130 montée de la Grande-Côte, 69001 Lyon.

*** Retrouvez l’univers de Catherine Mainguy sur son site http://www.catherine-mainguy.fr/galerie-cmainguy/