Mon (tonton) Matisse

MATISSE et moi, c’est une longue histoire. D’amour. J’en ai quelques-uns comme ça qui me suivent depuis l’enfance ou l’adolescence… cette époque où je découpais des photos de peintures, d’artistes, de chanteurs (morts) pour les coller dans mon agenda Naf Naf. Ou encore plus tard, jeune adulte à Paris, quand je m’achetais des posters qui coûtaient la peau des fesses dans le quartier de Beaubourg… Matisse, Keith Haring, Roy Lichtenstein, Wharol, Chagall… Certains m’ont quittée, laissant la place à de nouveaux artistes, d’autres sont restés. Comme Matisse.

img_5950Matisse, c’est un peu le vieil oncle que j’aimerais aller visiter pour tenter de glaner quelques miettes de génie et de technique picturale. Je m’imagine allongée sur une méridienne, derrière lui, en train de l’observer crayonner, griffonner ses traits, composer ses couleurs, chercher, râler, défaire, refaire, re-râler. Parce qu’il a l’air un peu ronchonchon tonton Matisse, perfectionniste, exclusif, jusqu’au-boutiste. Enfin, je le sens comme ça.

C’est fou comme il y a des peintres qu’on croit connaître depuis toujours et qui parviennent à nous surprendre à chaque expo. C’est le talent des commissaires d’expositions de réunir de nouvelles toiles issues des fonds secrets des musées ou des collections de fucking chanceux (et milliardaires surtout). Et puis parfois, l’on redécouvre des œuvres que l’on a déjà vues 100 fois mais qui, parce qu’elles illustrent un thème particulier, dévoilent de nouvelles facettes. img_5994

Tout ça pour dire que lorsque j’ai été conviée à l’expo spécial Blogueurs « Matisse, le laboratoire intérieur », au Musée des Beaux arts de Lyon, je ne me suis pas fait prier!

« Laboratoire intérieur? » Kesako? L’idée, c’est de montrer comment faisait Matisse, tout seul dans son atelier, pour aboutir au tableau ou à la sculpture devant lesquels des milliers de personnes s’ébahiraient plus d’un siècle plus tard. Bon on est d’accord, Matisse était génial, mais ça fait du bien de savoir qu’il travaillait énormément, ratait parfois, apprenait pour désapprendre… Cette exposition montre que ce labeur assidu passait par le dessin sous toutes ses formes (crayon, fusain et estompe, plume et encre…), pratiqimg_5966ué au quotidien, presque une hygiène de vie. Omniprésent sur les pages de ses carnets, en marge de ses lettres ou sur de beaux papiers, ces dessins font le lien entre les tableaux et les sculptures de Matisse, au gré de ses différentes périodes, imprégnés de ses nombreux voyages (Nice bien sûr, mais aussi le Maroc, la Russie…) et de ses amitiés artistiques.

 

Je vous le dis tout de suite, mes amis: cette expo m’a bluffée! Et ce, pour plusieurs raisons:

  • La première, c’est le nombre d’œuvres:  250, réparties entre 14 séquences à la fois thématiques et chronologiques. A chaque fois, dans chaque salle, les dessins – on dit « études » quand ils préparent une œuvre fiimg_5964nale – dialoguent avec les gravures, les toiles ou les sculptures dont ils sont le prémisse. Il y a quelque chose d’émouvant à voir ce par quoi l’artiste est passé avant d’oser peindre ou modeler. Il teste ses couleurs, travaille ses volumes. Au et à mesure des traits qui ne sont pas tous gommés, l‘on sent la main qui travaille. Avec acharnement.

 

  • J’ai aimé ce que l’expo donne à voir et à comprendre sur le rapport de Matisse aux femmes. On l’a dit, le bonhomme est perfectionniste, entré en peinture comme on entre en religion dès lors que sa mère lui offre une « boîte de couleurs » (comme on disait à l’époque) à la suite d’une img_5983appendicite. Plus tard, sa femme Amélie le quitte, lasse d’être délaissée pour la peinture et seulement la peinture. Ses modèles envers lesquels il se montre aussi fidèle qu’exigeant ne partagent pas son lit, mais passent des journées entières de pose dans son atelier. Matisse, collectionneur de tissus (il est d’ailleurs fils de tisserands), va jusqu’à constituer un vestiaire complet pour ces dames, notamment avec des blouses romaines. Ceci lui permet, à travers les lignes graphiques des vêtements et la variété de leurs motifs, d’enrichir l’aspect décoratif de ses toiles. C’est particulièrement vrai dans la magnifique série des Odalisques. Ces femmes à demi nues assises ou allongées, gracieuses et alanguies, qui prennent la pose dans de foisonnant décors orientaux. C’est d’une affolante beauté!

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  • Il me faut aussi dire quelque chose sur les visages de Matisse. C’est troublant comme, dans ses portraits, il ne cherche pas à représenter la réalité, y compris lorsqu’il s’agit d’une commande (au risque d’ailleurs de voir sa toile rejetée par son commanditaire!) Pour lui,
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    Etude pour le portrait d’Yvonne Landsberg

    l’exactitude n’est pas la réalité. Ce qu’il veut, c’est accéder à la vérité spirituelle de son modèle. Ainsi, pour le portrait d’une certaine Yvonne Landsberg dont il est dit qu’elle n’était pas exactement un canon de beauté! Matisse profite des moments de relâchement d’Yvonne pendant la pose pour traquer (et croquer) en elle les détails qui font qu’elle est elle. L’exposition présente une quinzaine d’études qui illustrent le travail de décomyvonne1position de Matisse autour du visage d’Yvonne, puis la toile finale, monumentale, où trône la jeune femme dans une pose hiératique, impressionnante car portant comme un masque africain. On peut comprendre pourquoi les parents d’Yvonne ont refusé ce tableau qui lui ressemble si peu!yvonne2

Dans une autre salle et également sur l’affiche de l’expo, on découvre le portrait des petits-fils de Matisse: des visages simplifiés, essentiels, réalisés au gros pinceau, peinture noire sur fond blanc. Et les mots de Matisse raisonnent: « La face ne ment point, c’est le miroir du cœur ».

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Portrait de Jackie, petit-fils de Matisse
  • Enfin, si Matisse m’a évidemment une fois de plus impressionnée, il en est un autre qui m’a épatée: c’est Romain Perrin!
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Le médiateur culturel du Musée des Beaux arts de Lyon: incollable sur Matisse!

« Qui c’est celui-là? Un contemporain de Matisse qu’on aurait loupé? Un acheteur? Un collectionneur? » Que nenni les amis! C’est le médiateur culturel qui nous a fait visiter l’expo, impressionnant de connaissances, capable de faire des ponts entre les courants artistiques, pouvant citer des phrases entière de Matisse et glissant, par-ci par-là, des anecdotes savoureuses (saviez-vous que Picasso, soit disant copain comme cochon avec Matisse, jouait néanmoins aux fléchettes sur la sculpture que lui avait offert son pote et qui représentait sa fille ?!)… Et Romain, il m’a vachement plu quand il a dit « qu’il n’y avait pas de progrès en peinture, seulement des avancées et des reculs ». Cela rejoint ce que cette expo a opéré en moi: une sorte de démystification du peintre. Certes génial, mais qui bossait, et tous les jours.

Mort à 85 ans, Matisse a connu plusieurs guerres, participé à des courants artistiques pour mieux s’en échapper, précurseur, inventeur, voyageur. Impossible de tout dire sur l’expo du Musée des Beaux arts tant elle dit beaucoup de ce parcours incroyable. Il faut aller la visiter, et même plusieurs fois si possible, puisqu’elle est visible jusqu’au 6 mars 2017!

=> Toutes les infos sur http://www.mba-lyon.fr/mba/sections/fr/expositions-musee/expo-matisse/exposition-matisse

 

 

 

 

 

Mon Magic Top 5 du Free Lance

Est-ce le hasard? C’est rigolo, mais depuis que j’ai choisi le statut de free lance (ou que le statut m’a choisie, va savoir…), je tombe sur pas mal de papiers ou billets sur les règles d’or du free ou autres b.a.-ba de l’auto-entrepreneur, en passant par les 10 commandements du travailleur indépendant. Amen.

Alors, je les lis tous hein, parce que je suis consciencieuse comme fille et que je veux bien tout faire comme il faut, d’autant que je suis quand même au début de mon activité. Des fois que je passe à côté d’une règle essentielle et que je mette mon projet professionnel en péril… Aaaaaaahhhhhh ben non, je ne prends AUCUN risque!

Du coup, l’autre jour, en faisant mon jogging parmi les particules fines (et je réalise ici que si, en fait, des risques, j’en prends…), je faisais la synthèse de tous ces docs parcourus et me disais que si j’y ajoutais ma propre toute petite expérience, je pouvais, moi aussi, établir mon top 5 des conseils de Magic Free Lance. Mais comme je débute dans ce statut, je vais seulement aborder les points qui concernent le free lui-même et non pas les relations avec ses clients.

  • Magic Number 1 // SE LAVER ET S’HABILLER // Ça peut vous paraître évident et complétement superflu de le noter ici, surtout en top 1, mais… d’aucuns m’ont raconté avoir, au début tout au moins, osé s’asseoir en pyjama derrière leur ordi, les dents à peine lavées. Ben oui, les p’tits free, on l’a tous fait au moins une fois, ne serait-ce que pour répondre à un mail super urgent. Allez quoi, personne ne nous voit, y a pas de caméra, pas free1de client caché sous la table, les enfants sont tous à l’école: aucun ne pourra répéter que « Maman elle a trop de la chance, elle travaille en pyjama! » Eh oui, la tentation est grande… Mais là, je suis obligée de vous dire que, non, ce n’est pas possible. Déjà, se laver, ça réveille, ensuite ça participe de l’estime de soi! Les filles (les garçons aussi, notez, mais je ne sais pas pourquoi, je les sens moins réceptifs), choisir ses vêtements le matin, c’est chouette, non? (même si c’est souvent pour constater qu’on n’a vraiment plus rien à se mettre… Mais bon c’est un autre sujet). Savoir que l’on ressemble quand même un peu à quelque chose dans le miroir de la salle de bain, ça rend davantage confiant dans la négo d’un budget quinze minutes après. Je vais vous faire une révélation: je crois que le client, il le sent que vous ne vous êtes pas lavé les dents! Et une conversation menée en pilou sera par définition molle, et donc pas à votre avantage. Se laver, c’est s’humaniser. S’habiller, c’est passer en mode boulot. Il en va de même pour le petit déjeuner. On le prend AVANT de commencer à travailler: on ne mange pas devant son ordi, sous peine de laisser des miettes entre les touches du clavier, de renverser son bol de thé sur les documents classés top secret de son client et de lui répondre la bouche pleine s’il appelle précisément à ce moment-là! Allez, zou, sous la douche!
  • Magic Number 2 // APPRENDRE A DIRE NON // Je ne parle donc pas ici de vos clients (ce n’est pas le sujet) mais de vos amis. « Clarisse, tu viens prendre un café? Clarisse, t’as deux minutes, on se fait un skype? Clarisse, y a une super vente de petites créatrices au fin fond du 7e, en prenant le C5 non le C3 enfin je sais plus, franchement ça va pas nous prendre 3h, Clarisse, mate le dernier Recettes Pompettes sur YouTube, c’est de la bombe… » On est d’accord, toutes ces sollicitations sont hyper alléchantes, mais si vous dîtes oui à tout, autant vous dire que vous n’allez jamais réussir à travailler! Alors, je ne dis pas de vous priver totalement parce que ça, on le sait depuis qu’on est tout petit, l’interdiction totale égale la frustration et donc le craquage assuré au bout d’un jour et demi! Exemple: ma mère, elle n’achetait jamais de Nutella. Résultat, dès que j’en trouvais un pot chez des amis, je me jetais dedans tout entière. Ouais, je sais que ça vous parle!
  • Magic Number 2bis (oui, je sais, je triche, mais c’est MON blog…) // ETRE CLAIR // Là, je veux parler de votre relation à votre entourage plus que proche, à savoir votre famille. Il va falloir bien lui expliquer les bases de votre nouveau statut. Car, c’est normal hein, les pauvres chéris: quand ils partent travailler, à l’école ou au collège, dans le froid du matin et qu’ils vous voient rester à la maison parfois encore pas tout à fait prête (comprenez la brosse à dent coincée dans la bouche, les cheveux en pétard et les babouches aux pieds) ils ne peuvent tout simplement pas s’imaginer une seule seconde qu’une dure journée de labeur s’ouvre à vous. Ce qui marche bien avec les (petits) enfants, c’est l’effet convaincant de la répétition: « Maman TRAVAILLE; tu vois, ça c’est l’ordinateur de TRAVAIL de Maman; non Maman ne peut pas, elle doit terminer un TRAVAIL urgent… » Bon, mais au-delà de 5 ans, je pense que ça gave grave. Avec les collégiens, il faut veiller à se faire respecter sans minimiser leur susceptibilité. Par exemple, quand votre fille de 12 ans rentre et vous interrompt dans ce que vous faites pour vous dire, limite en pleurs, que « C’est vraiment horriiiiible, Machine a cassé avec free3Bidule alors que ça faisait dix ans qu’ils étaient ensemble » (rappel: les tourtereaux ont 12 ans, je répète 12 ans…), il vous faut garder votre calme. Ne pas vous esclaffer, ne pas dire que vous n’en avez rien à faire de ces boutonneux que vous ne connaissez même pas, ne pas lancer un pauvre « Allez, 10 de perdus 10 de retrouvés » (rappelez-vous comme ça vous énervait quand vous aviez le même âge!)… sans quoi l’adolescente en question s’enfermera dans sa chambre pendant deux heures, non sans avoir préalablement claqué la porte à en faire trembler les cloisons en placo de votre appartement. Quant à votre Chéribibi, eh bien, il faut aussi user de fermeté, avec subtilité. Donc lorsqu’il vous demande si vous pouvez commander un Drive ou acheter les places pour le concert de Björk parce qu’il faut être à 11h précises derrière l’ordi, dites non. A priori, il a lui aussi un ordi, un bureau, une montre: il doit y arriver tout aussi bien que vous. Attention, fermeté ne veut pas dire rigidité: profitez de votre statut flexiiiiiible pour lui faire des surprises comme lui proposer un déjeuner impromptu (ou acheter les places de Björk s’il ne vous a rien demandé ;-))
  • Magic Number 3 // SE FÉLICITER MAIS PAS TROP // « Rooo, j’ai bien travaillé aujourd’hui dis donc, et puis mon client, il a l’air drôlement content. Je mérite bien une petite récompense. Tiens, ce petit top canon chez Promod qui me tendait ses bras ajourés l’autre jour, je crois bien que je vais me l’offrir« . Alors, oui… mais non. Enfin, pareil qu’au Magic Number 2: pas trop tout le temps parce que sinon votre compte en banque n’aura même pas le temps de se remplir des paiements de vos clients que vous aurez déjà tout claqué chez Zara and co. La mesure, la mesure… Préférez une bonne bouteille de vin à partager avec votre Homme: c’est plus convivial et la promesse d’une belle soirée (même si la soirée ne sera que plus belle si vous portez ce petit top ajouré so sexy, aaaaahhhhh….)
  • Magic Number 4  // METTRE LE NEZ DEHORS // Ben oui, parce que dans une journée (même si elle est courte, rapport au fait que c’est vous qui récupérez les enfants à l’école!) on n’est pas toujours tout le temps absolument au top. Il y a des moments où l’inspiration a pris congé, où chaque phrase alignée sur votre doc word vous mortifie de honte, où vous vous demandez encore comment c’est possible d’être aussi creuse que vous. Alors là, au lieu de vous siffler le sixième café de la journée ou de vous enfiler une tablette entière de chocolat noir (parce que c’est moins grave que le lait/noisettes), au lieu aussi de zapper entre ce fameux doc word, les murs Facebook des copines et le super blog de Pensées de Ronde, je dis: Oust! Dehors! Cassos! Précipitez-vous dès maintenant à l’expo que vous aviez prévu d’aller voir le week-end prochain, courrez acheter le cadeau de votre copine qui fête son anniversaire dans dix jours, partez courir 30 minutes ou humez simplement l’air du vent (si possible sans particules), un bouquin ou un magazine sous le bras.
  • Magic Number 4bis (oui je sais, j’abuse …) // PIQUER UN ROUPILLON // Et pourquoi y aurait que les vieux, les moins de 4 ans et les femmes enceintes qui feraient la sieste, hein?! Dormir une demi-heure/ trois quart d’heure maxi (perso, pas plus, parce qu’au-delà j’ai l’air drogué ou d’avoir passé la nuit dans un train-couchette…), ça requinque, ça recharge les batteries et… c’est juste bon, en fait! Alors, oui, on culpabilise un peu, on se dit qu’on ne devrait pas, que ça se fait pas, tout ça. Mais pensez aux salariés qui, sur le créneau 14-15h, dorment les yeux ouverts derrière leur ordinateur! Et quand on sait qu’après cette pause, votre production n’en sera que meilleure et easy finger in the nose, pourquoi résister? Faites donc un somme, en somme… ah ah ah, et moi j’en aurais bien besoin!
  • Magic Number 5 // SE CONCENTRER & CLOISONNER // Quand on travaille chez soi (et notamment dans la fameuse « pièce à vivre » comme c’est mon cas), on a vite fait de se laisser envahir. Lorsque la peur de la page blanche menace, c’est quasiment paranormal mais on a alors les yeux attirés par des choses qui, la plupart du temps, sont proches de l’invisible ou perdues tout au bas d’une to do list irréalisable tellement elle est longue. Genre: trier la bannette à courrier/factures, dépoussiérer les étagères du haut de la bibliothèque, faire l’extérieur des vitres, lancer une lessive de l’ensemble des torchons de la cuisine… Donc, non, on se concentre sur son job et on oublie de jouer les fées du logis que de toutes façons on n’a jamais été. Et dès qu’on peut se le financer, on se paie un chouette bureau EN DEHORS de chez soi. Le coworking, c’est bien aussi, mais pas pour moi qui aie besoin d’un bureau fermé pour me concentrer pour écrire. Et cette dernière phrase est la phrase la plus triste et moins glamour de toute l’histoire du blogging.

Alors, hop, hop, hop, je rebondis tout de suite pour ne pas finir là-dessus! Je ne suis qu’au début de ce que j’espère voir grandir comme une longue carrière de free. Ce billet a donc vocation a être complété, modifié voire complément contredit par mes expériences à venir! En tout cas, ce que je peux déjà vous dire, c’est que: Être free, c’est être fort!

Les rêveries de Carole Gourrat

Je vous l’avoue, je suis bien contente d’entamer mes portraits d’artistes avec CAROLE GOURRAT! Cela fait une dizaine d’années que je suis cette illustratrice mâconnaise (71) et depuis tout ce temps, je me régale de son travail, de son univers, d’abord dédiés aux enfants et aujourd’hui, progressivement caroletournés vers un public plus adulte, assurément conquis par tant de beauté!

Même si elle se définit comme illustratrice dans la vie et dans sa sphère professionnelle, Carole est pour moi une peintre! Car pour tout travail d’illustration, qu’il s’agisse d’une commande ou d’un projet plus personnel, l’artiste utilise la peinture (à l’huile, toujours). Point de numérique ou très peu, « il ne me réussit pas » confie-t-elle, d’autant qu’il ne lui apporte aucun plaisir. Et le plaisir, pour Carole, ça compte beaucoup!

Le plaisir mais aussi le temps, de bien faire les choses, d’aller au bout d’une idée, avec détermination et perfectionnisme. Ainsi Carole s’applique à restituer les moindres détails d’un pelage de bête sauvage ou d’une corolle de fleur imaginaire, peaufine les modelés d’un visage poupin ou les plis d’une étoffe soyeuse.

Le temps donc. Un élément trop peu souvent compatible avec les exigences de l’édition pour laquelle Carole travaille aujourd’hui, après avoir étudié aux Beaux arts de Nancy et aux Arts Déco de carole4Strasbourg, option illustration. Ainsi, depuis ses débuts en 2001, les grandes maisons comme J’ai Lu, Milan ou Nathan, la sollicitent régulièrement pour illustrer des couvertures et pages de livres pour la jeunesse. Si les références sont belles, la liberté de création varie d’une maison à l’autre, contrecarrée par le goût et les attentes du lectorat. Parallèlement, de plus petites structures s’intéressent également au travail de Carole. Il en est ainsi du Buveur d’encre qui lui a proposé une collaboration artistique inédite et marqué un tournant dans sa carrière.

Un nouvel élan avec Salammbô

Pour ce projet, l’éditrice, elle-même auteure jeunesse, a invité Carole à dessiner sur le thème de la musique dans la nature. Peu à peu, les illustrations de l’une ont nourri les textes de l’autre et inversement, les deux femmes œuvrant de concert et s’autorisant à faire des remarques constructives sur leur travail mutuel. Ainsi est né en 2011 « Salammbô et Aimé, un air de liberté », un sublime album dont l’histoire et les dessins rivalisent de lyrisme et de poésie. Salammbô, le personnage féminin au doux visage de poupée, a séduit les éditeurs jeunesse qui ont alors marie-a-2-corrections-mailcommandé une kyrielle de princesses à Carole, pour des albums et des planches de stickers.  L’illustratrice s’est exécutée en parvenant à insuffler son style et de l’originalité à ses personnages, comme dans la série des Princesses historiques créée pour Auzou Jeunesse. Sissi et Marie-Antoinette affichent ainsi leurs jolis minois, dans un univers pastel et poudré proche de celui d’une autre Marie-Antoinette, celle de la réalisatrice Sofia Coppola.

marie-antoinette-corrections-copie-1A l’image de ce personnage historique, les illustrations de Carole ne sont jamais cul-cul, jamais gnangnan. De son travail filtre une inspiration documentée et raffinée. Il y a le cinéma, et la littérature qui la passionne depuis l’enfance: « J’ai été visuellement marquée par les illustrations des livres de la Comtesse de Ségur » raconte-t-elle. Carole s’inspire aussi de belles choses anciennes comme les gravures, les vieux recueils et les peintures d’oiseaux d’Aubusson. De même, la flamboyante architecture gothique du Monastère de Brou à Bourg en Bresse, où elle anime des ateliers créatifs dédiés aux enfants, stimule son imagination. En rencontrant les artistes contemporains qui y exposent régulièrement, elle reste connectée à ce qui se fait de plus moderne aujourd’hui.

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Un jour, les commandes de princesses à la chaîne ont fini par saturer Carole qui s’est pris à rêver d’autre chose, comme de peindre sur de grandes toiles par exemple! Et elle a osé mettre de côté les personnages pour se consacrer à ce qu’elle aimait vraiment dessiner: les animaux et la nature!

 

carole5Pour réaliser ses tableaux, Carole prend le temps de faire exactement ce qu’elle a en tête et, pour cela, utilise toujours la même méthode : d’abord un crayonné sur du papier A3, un scan de son dessin à partir duquel elle grossit, réduit, déplace tel ou tel élément de la composition, puis une impression et un décalque du dessin final sur la toile. Il lui faut ensuite entre deux et trois semaines pour réaliser sa peinture, toujours exclusivement à l’huile. Le plaisir du pinceau qui glisse sur la toile, l’ouverture du champ des possibles de la couleur, la subtilité des glacis. Trois passages de peinture ne sont pas de trop pour Carole qui en profite pour rehausser les noirs et estomper le fond afin de donner toute sa force au sujet placé au premier plan.

Balade dans les jardins suspendus

Sur la toile naît un peuple d’animaux, richement et finement travaillés, émergeant d’une végétation foisonnante composée de fleurs variées et d’arbustes fous, le tout lié par des couleurs d’une infinie douceur. Le réalisme apporté au dessin des animaux côtoie l’onirisme affiché des compositions, comme dans la dernière série de l’artiste consacrée aux jardins suspendus. Ces nouvelles toiles ont marqué les esprits des visiteurs lyonnais de l’éphémère Épatante Galerie (lire mon article sur l’expo http://lescreativantes.fr/category/les-artistes/), ce qui laisse présager à Carole l’écriture d’une nouveau chapitre de son parcours artistique.  « La tendance étant nettement à la décoration, pourquoi ne pas proposer mes illustrations pour de beaux papiers peints et démarcher parallèlement des galeries afin d’y exposer mes toiles » s’interroge Carole qui reconnaît que le succès de son exposition a émoustillé sa créativité. Je suis personnellement certaine qu’elle tient là une belle idée!

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Le jaguar, exposé à l’Épatante Galerie, à Lyon, en novembre dernier

Car l’élégance, la richesse et l’originalité du travail de Carole en peinture a de quoi séduire de nombreux amateurs d’art. Entrer dans l’un des tableaux de Carole, c’est se laisser aller à son imaginaire, sans se raccrocher à une histoire: accepter seulement de lâcher prise et de s’abandonner à la rêverie. En cette période de morosité ambiante, c’est précisément ce dont nous avons besoin!

***Retrouvez l’univers de Carole sur son blog: http://carolegourrat.canalblog.com/