Le talent brut de Blandine Manhes

J’aime traîner dans les cafés. Regarder (et écouter!) les gens parler, se disputer, s’aimer…et moi-même travailler, discuter avec mes amis ou faire la connaissance de nouvelles personnes. C’est donc souvent dans les cafés que je donne rendez-vous aux artistes de ce blog pour les interviewer.

Ma rencontre avec BLANDINE MANHES ne déroge pas à cette tendance!

Pioupious (encre de Chine, crayons de couleur) 2014

A dire vrai, c’est sur Facebook que Blandine est venue à moi pour la première fois, via la magie parfois inquiétante des algorithmes (autrement dit, je ne sais pas trop comment!). J’ai d’abord découvert ses animaux imaginaires, colorés et faussement enfantins, le pelage et le plumage foisonnant de motifs. Ce bestiaire m’intriguait et me suggérait d’aller voir plus loin, en allant interroger Blandine sur ses créations et son monde intérieur qui ne font qu’un.

Le Chuchoteur (stylo, encre, crayon de couleur) 2016

Nous nous sommes retrouvées en terrasse du Café de la Soie, à la Croix-Rousse. Noisette pour elle, café allongé pour moi. Ultra court vs méga long: les contraires qui s’attirent pour le meilleur! Cigarette roulée aux lèvres, carré blond flouté, la jeune femme se dit timide et réservée, peu encline à parler d’elle et de son travail. Mais notre rencontre lui plaît et, en quête d’authenticité, elle a le souci de trouver le mot ou l’expression juste pour me retracer son parcours et décrire son œuvre.

Composition (encre de Chine) 2016

Enfant, Blandine observait beaucoup. Peu bavarde mais à l’aise à l’écrit, elle remplissait d’histoires ses nombreux carnets avant de s’adonner, plus âgée, aux cadavres exquis. La créativité de Blandine s’exprimait donc à travers les mots, mais pas seulement: « J’ai toujours créé mais peut-être pas plus qu’un autre enfant. Ce que j’aimais surtout, moi, c’était jouer! raconte-t-elle. Je me souviens m’être demandé « Mais qu’est-ce que tu fais quand tu deviens adulte, si tu ne peux plus jouer? »

Le dessin s’impose aussi très vite si bien qu’à l’heure des choix d’orientation, Blandine opte pour une mise à niveau en arts appliqués à l’école de Condé, à Lyon. L’apprentissage ne lui convient pas, mais elle en sort avec l’envie confirmée de continuer à dessiner surtout à l’aide du rotring, ce stylo tout fin découvert là-bas et qui ne la quittera plus.

Dans la foulée, les Beaux arts de St Étienne ne lui laissent pas un souvenir impérissable, si ce n’est qu’elle y touche un peu à tout, dans une totale liberté. Sans télévision ni Internet, elle profite de cette année-là pour dessiner et peindre beaucoup chez elle. Elle enchaîne avec les « très conceptuels » Beaux arts de Cergy, à 40 minutes de Paris.

La frise, outil de performance

C’est à cette période que Blandine se lance dans ce qui va devenir son mode d’expression de prédilection : la frise. Sur un rouleau de papier de 50 cm de large sur 2 à 3 mètres de long, elle vient dessiner tous les jours, au gré de ses humeurs, du contenu de sa journée, des conversations qu’elle a eues ou entendues, des rêves faits pendant la nuit aussi. Elle s’impose de ne jamais regarder ce qu’elle a fait la veille pour dessiner chaque jour une nouvelle histoire, un peu comme avec les cadavres exquis de son adolescence. Elle œuvre toujours de gauche à droite et en noir et blanc, mettant en scène des éléments très figuratifs qu’elle vient parfois noyer à force de les surcharger: « Moi-même parfois, j’oublie que j’ai pu dessiner tel élément car je ne le vois plus! »

Frise en cours d’activité, 2015

Blandine ne rentre pas dans le moule. Jamais. Lorsque l’école lui impose de conceptualiser son travail, elle s’y refuse et résiste tant qu’on finit par lui dire: « On ne sait pas trop à quoi on te sert ici! » La jeune femme a déjà un univers très fort. Avec le recul, Blandine se dit que l’idée de la frise lui est sans doute venue en réponse à cette phrase lancée par une prof des Beaux arts, un peu démunie face à sa résistance: « Ben vas-y, dessine! »  Une injonction que Blandine a pris au pied de la lettre, version XXL! « Ces frises, c’est un peu ma thérapie sur papier! » s’amuse-t-elle.

Frise, 2013 (extrait)

La passion de l’Art Brut

Dans ses frises, la jeune femme exprime sa passion pour l’Art Brut.

« L’art ne vient pas coucher dans les lits qu’on a faits pour lui, il se sauve aussitôt qu’on prononce son nom: ce qu’il aime c’est l’incognito. Ses meilleurs moments sont quand il oublie comment il s’appelle. » Jean Dubuffet

Et c’est vrai qu’à lire les mots du peintre Jean Dubuffet (inventeur de l’expression « Art brut »), on perçoit comme ils font écho au processus de création de Blandine.

Frise, 2013

« Lorsque je me lance dans une frise, je suis en mode éponge, raconte-t-elle. Je jette tout ce qui me passe par la tête… «  Il s’agit donc de quelque chose d’extrêmement personnel, intime, loin de toute conceptualisation. Si les motifs ne sont jamais les mêmes, ils observent une certaine récurrence: les maisons hautes et étroites, comme des refuges, inspirées de la ville de Lille où Blandine a passé une enfance douce et joyeuse, des yeux pour observer, des masques pour se cacher et tout se permettre, des clefs et des serrures, des batailles

Frise, 2015

Blandine fait presque corps avec son œuvre, dessinant au plus près d’elle, debout ou accroupie sur sa chaise, dans un inconfort physique qu’elle recherche presque, tant il participe à la performance. Elle travaille exclusivement à la main, à la plume ou au rotring. En beaucoup de noir et peu de blanc. « J’essaie d’accepter le blanc petit à petit car je réalise que sa présence valorise les motifs. Mais je n’utilise pas la couleur car je sais qu’elle ne fonctionnerait pas », précise-t-elle.

La couleur apprivoisée

Bestiaire – série de 4 dessins à l’encre de couleur

La couleur, Blandine la réserve à ses illustrations réalisées à côté, dans un format plus conventionnel. A l’aquarelle, l’encre de couleur (plus dense) ou au crayon de couleur, elle dessine des personnages et des animaux plus ou moins imaginaires, ou carrément des chimères, sur fond blanc ou au cœur d’une végétation luxuriante, et toujours envahis de motifs, précis, répétitifs, foisonnants. Blandine confie s’être longtemps sentie maladroite avec la couleur: « Je suis moins instinctive qu’avec le noir et blanc, je dois réfléchir ». Il y a 3 ans, à Marseille, une exposition la libère de ses réticences: celle de l’art hallucinatoire du peuple amérindien Huichol. Les figures naïves ou énigmatiques et les animaux représentés dans ces œuvres étonnantes interpellent Blandine qui dit avoir ressenti « un choc esthétique » à leur découverte. Surtout, ces œuvres lui prouvent la possibilité de la couleur, plein feu, sans dénaturer ou masquer le motif.

Méli Mélo (crayons de couleur) (extrait) 2014
Canards sauvages 1 (encre de couleur) 2017
Canards sauvages 2 (encre de couleur) 2017

 

Dernièrement, ce sont les oiseaux qui ont monopolisé l’attention de Blandine: « J’ai été invitée dans le chalet d’une amie, à la montagne. Il y avait des petites mangeoires à oiseaux sur les rebords de fenêtre: j’ai pu les observer à loisir, dans une ambiance complètement féerique ». L’exposition du Douanier Rousseau au Musée d’Orsay l’an dernier, qui l’a subjuguée, a fini de l’inspirer.

Dans la basse-cour de Blandine, les palmipèdes ne manquent pas de panache, tout imprimés qu’ils sont et chaussés de babouches, de santiags ou de Converse!

Un monde intérieur, grand ouvert

El Tigrou (crayon de couleur) 2016

Chez Blandine, l’expression « monde intérieur » prend toute sa dimension! Est-ce parce qu’elle a tant observé quand elle était enfant? Ce qu’elle restitue dans ses frises ou ses dessins est d’une densité réellement impressionnante. A-t-elle vécu plusieurs vies? A-t-elle été vaudouisée, comme lui avait demandé l’un de ses profs aux Beaux-arts? Il y a toujours, dans les frises de Blandine, une entrée possible pour le spectateur qui peut alors se raconter sa propre histoire, selon ses codes et ses repères. Les saynètes se succèdent, se confrontent, se répondent peut-être. Elles fonctionnent aussi isolément. Tout cela est d’une richesse incroyable.

Frise, 2013 (extrait)

Côté inspiration, Blandine évoque l’œuvre de Jérôme Bosch ou de Pieter Brueghel pour les saynètes un peu macabres, d’Odilon Redon pour l’univers onirique, de l’artiste américaine féministe Nancy Spero pour l’usage de techniques et de matériaux modestes qui soutiennent un engagement fort… Moi je pense aussi à Basquiat notamment pour le sentiment d’urgence que je ressens en regardant le travail de Blandine.

Dans l’atelier de Blandine

Hormis la peinture, Blandine adore l’univers de Jacques Tati, de Charlie Chaplin, de Wes Anderson. Roland Topor, Marguerite Duras, Paul Auster et Jim Harrisson habitent aussi son panthéon personnel.

Maux d’octobre (stylo encre) 2016

S’il est riche et par définition personnel, le monde intérieur de Blandine est résolument ouvert à l’autre. Elle déteste ainsi expliquer ce qu’elle a pu mettre ou dire dans telle ou telle œuvre. Du coup, le plus souvent, elle ne les nomme pas car donner un titre, c’est déjà donner un sens, une explication, et ça bloque la réflexion chez l’autre: « Chacun doit pouvoir voir ce qu’il veut et faire son propre cheminement dans l’œuvre. Je n’impose rien ».

Maux d’octobre (stylo encre) 2016

Vers d’autres terrains d’aventures

Actuellement, Blandine a envie d’expérimenter davantage. « J’ai un peu tendance à m’enfermer dans la technique que j’ai trouvée, confie-t-elle, j’aimerais aller vers d’autres choses comme la gravure ou la sérigraphie ». Lorsqu’elle était petite, Blandine rêvait de devenir styliste de mode. Aujourd’hui, elle envisage de créer des tissus qui reprennent ses motifs!

Illustration pour le magazine Caoutchouc

Elle souhaite aussi développer son travail d’illustration, notamment jeunesse, pourquoi pas en écrivant aussi (elle a déjà collaboré avec le magazine Caoutchouc et elle a adoré ça).

 

Elle sait aussi que, quoi qu’elle fasse, elle reviendra à la frise, son journal intime à ciel ouvert, sa nécessité. A coup sûr, on l’y rejoindra.

 

*** Photos © Blandine Manhes

*** Retrouvez l’univers de Blandine Manhes sur son site www.blandinemanhes.com

 

Ce je ne sais quoi qui déconne #3

Vous en rêviez, vous la vouliez, la suite de cette série où je malmène mon image sociale et pas que (je déteste cette expression « et pas que » mais depuis qu’elle est reprise par les journalistes de France Inter, je l’utilise avec parcimonie et quand même un peu les poils qui se hérissent sur les bras). Je ne dis pas qu’il m’arrive chaque semaine un truc méritant d’être relaté ici. Néanmoins, je n’ai pas à attendre très longtemps avant que mon naturel ne revienne au galop et nourrisse cette rubrique! Sans doute parce que j’y joue le rôle principal! Dans ce troisième opus justement, c’est dingue: il est question de rôle, de cinéma tchi tchaaaa, d’ego et aussi de maillot de bain

Coupée au montage

Il y a un an, ma pétillante copine IsaBelle m’a proposé de jouer dans le court-métrage qu’elle allait tourner au début de l’été. Évidemment, compte tenu qu’elle avait déjà de beaux films à son actif, que c’est mon amie et qu’on se retrouve autour du même besoin de créativité dans nos vies de working mums, je reconnais avoir été charmée et même flattée. Deux minutes. Car ensuite, elle m’a dit: « En fait, on va tourner à la piscine, vous serez tous en maillot de bain. » « Ah ah ah », j’ai fait. « Si, si », m’a-t-elle répondu. Quand on dit que le cinéma relève de la mise à nu, ben là personnellement, je me sentais bien à poil!

Grâce vs graisse

IsaBelle a su me rassurer: « Tu sais, c’est quand je t’ai vue dans ce maillot bleu à la piscine du Rhône que j’ai eu l’idée de te proposer de participer au projet ». Je vous le confesse: on m’aurait invitée à jouer un rôle de funambule parce qu’on m’avait trouvée pleine de grâce sur la piste de danse de mes 40 ans, ça m’aurait fait le même effet! Parce que moi, depuis à peu près l’âge de 10 ans, je me sens plutôt pleine de graisse. On ne va pas se mentir: je me sens mieux depuis la naissance de ma dernière fille et mes 40 ans. S’il y a bien un avantage à vieillir, c’est celui de commencer à s’accepter, à savoir valoriser ses qualités (si, on en a tous!) pour mettre ses failles en sourdine. J’ai admis que je ne rentrerai jamais dans la moindre fringue 38, que les shorts et les mini jupes n’étaient pas mes amis, que le double menton avait ceci de pratique qu’il tenait chaud en hiver. J’ai mis les régimes au rebut, préférant courir 8 km les lendemains de soirées Tuc/fromage/vin blanc/M&Ms.

Mais même en m’acceptant davantage, évoluer en maillot de bain ne relevait pas de l’évidence. Encore moins devant les autres. Vous savez, à côté de ces filles à ventre plat et bikini Liberty qui courent derrière leurs adorables enfants sur la plage, quand vous allez jusqu’à la mer (putain de marée basse!) en rentrant le ventre et en contractant les fesses. Alors devant une caméra, vous pensez! Mais j’ai décidé de prendre l’exercice comme une thérapie. Et puis, pourquoi me priver d’un super week-end à la piscine entre potes, qui plus est dans le cadre d’un projet artistique orchestré par mon amie?

Je suis passée par l’épreuve de l’essayage de maillots de bain au cours duquel je me suis sentie un peu plus Christine Boutin que Grace Kelly, mais j’ai fini par trouver mon costume pour le jour J. Maillot 1 pièce noir Princesse Tam Tam taille 42, simplement structuré mais bien balancé. C’était parti!

Je vous la fais courte, mais le tournage fut une régalade. Il faisait beau, on riait comme des gamins en colo, c’était fluide comme l’eau de la piscine, joyeux et chaleureux.

IsaBelle m’a réservé la primeur du visionnage! Quelle émotion de se découvrir à l’écran! Certes mon corps n’était pas devenu sylphide par la magie de la caméra. Mais le talent stylé de la réalisatrice, nimbé de bienveillance, avait comme enveloppé d’un voile esthétique mes courbes. Je le regardais avec ses imperfections, évoluant à côté d’autres silhouettes plus menues. Et j’étais fière non pas de ce corps, mais de moi tout entière, d’être passée outre mon auto-censure, d’avoir su privilégier le plaisir que j’avais à participer à ce film et minimiser le reste.

Perfectionniste, IsaBelle n’était pas pleinement satisfaite de son montage. Il manquait de rythme, ce qui compliquait sa trame narrative. « Pas grave » clamaient certains. « Dommage » opposaient les autres, conscients du talent de notre amie et de sa probable capacité à faire mieux.

Une balle de ping-pong dans le maillot…

Du coup, du temps a passé et IsaBelle a monté une nouvelle version, la toute dernière. La bonne. Et c’est vrai qu’elle est bien mieux, conforme à ce qu’on sait de son talent. Rythmée, concise (7 min, pas plus, pas moins, comme ses autres films), efficace. Elle nous a fait la surprise de nous la montrer sans rien nous dire. Ce fut une expérience étrange pour moi. Au-delà des scènes de groupes, nous avions chacun de nous une scène à jouer. Pour ma part, je devais tomber dans la piscine en roulant, comme si quelqu’un m’avait attrapé pour me faire glisser dans l’eau. Lors de la première version du film visionnée, on avait rit de découvrir que la pression de l’eau avait fait naître une petite boule au-dessus de mes fesses, comme si j’avais coincé une balle de ping-pong dans mon maillot de bain! Pourquoi ça faisait ça avec moi et pas les autres? Mystère? Un amas de graisse résistant à la pression de l’eau?!

Quoiqu’il en soit, cette scène n’est plus. IsaBelle l’a coupée. Je vais être honnête, ça m’a fait quelque chose. Et ce quelque chose m’énerve! Parce que:

  1. Le film est bien mieux sans cette scène qui le ralentissait (l’alourdissait? Bon d’accord, j’arrête!)
  2. Je suis toujours dans le film, dans les scènes de groupes.
  3. J’ai passé un super moment à « faire » ce film avec mon amie et tous ces potes réunis dans la même énergie.
  4. Si IsaBelle me redemandait de tourner en maillot avec une balle de ping-pong coincée dans la culotte, je le referais sans hésiter!

Alors quoi, bordel ???

Alors quoi? Je suis si narcissique que ça? Bon ok, je me raconte sur un blog… Je suis jalouse (de ceux qui ont eu « leur scène » gardée)? Je rêvais secrètement d’être repérée par Sofia Coppala qui serait passée par là, en plein milieu de la Haute Loire, par hasard début juillet 2016? Je m’interroge sur ce que ces émotions disent de moi. Je me dis que c’est peut-être tout simplement l’effet de surprise. Découvrir la scène coupée, avec tous les autres autour de moi qui venaient me dire après coup: « Ben alors, elle n’y est plus ta scène? » ou « C’est marrant, je t’ai vu dans le générique mais pas dans le film ». Pourquoi j’ai eu de la peine à ce moment-là? Bon mais c’est vrai aussi que c’était en plein milieu d’une fête et j’étais clairement pompette! J’ai peut-être juste l’alcool égocentrique, au fond.

 

 

 

La poésie dada d’Amélie Cordier

C’est un matin qui ressemble à l’été. Étourdis par l’audace de cette météo, les passants hésitent entre tomber la veste et garder leurs Ugg. Quel temps idéal pour aller boire un café en terrasse avec Amélie CORDIER, place Sathonay (pour les non Lyonnais, c’est quelque part entre les Terreaux et les quais de Saône)!

Le guitariste

Amélie est graphiste et pas seulement. Elle a des idées plein la tête, avec de la musique et de l’humour aussi dedans pour faire bouger tout ça. Avouons le tout de suite: je connais Amélie. Pas super bien, mais suffisamment pour déceler chez elle ce qui me plaît de façon générale chez une femme, le talent en plus. Parce que la meuf a un univers, et ça c’est précisément ce qui, pour moi, distingue une fille cool d’une fille artiste. Bon et puis ça n’a rien à voir mais quand même un peu (j’écris ce que je veux, c’est mon blog!): Amélie et moi, on a tourné en maillot de bain dans le court-métrage de mon amie IsaBelle l’été dernier et ça, c’est quelque chose qui scelle un truc entre deux êtres humains, j’ai envie de vous dire.

Une poésie farfelue

Fauve

Cela étant dit, notre connexion n’a pas joué sur l’intérêt que je porte à ses créations car je les ai découvertes avant elle! J’ai tout suite accroché à son style un peu suranné, charmant, à la fois poétique et drôle, parfois farfelu, proche du surréalisme. Des animaux vivant aux antipodes réunis façon carte à jouer, une baigneuse plongeant d’une feuille, un guitariste à tête d’oiseau… Quand je parlais d’univers!

 

Le Bilbocoeur

Parfois, une légende apporte un peu de sens (ou pas), à la manière des dadaïstes et autres surréalistes dont Amélie aime à s’inspirer. Élevée au royaume des contes par ses parents, elle adore les jeux de mots, les double-sens, les détournements d’expressions courantes, qui la guident dans ses créations : Le Bilbocoeur, L’Effet de cerf

 

 

L’Effet de cerf © A. Cordier

Elle se régale aussi de la beauté des associations incongrues, en se nourrissant de la fameuse citation du comte de Lautréamont « Beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie ».

Lorsqu’elle a pu exposer ses œuvres dans des bars ou des restaurants qui lui ressemblent à Lyon et à Paris, Amélie s’est réjouit des remarques des visiteurs: « La force de l’imaginaire me surprend toujours! Les gens arrivent à projeter des sentiments très personnels sur mes créations. » A l’instar de ce paquebot posé sur trois malles qui, pour telle personne, évoque un prochain départ aux États-Unis et, pour telle autre, fait écho au sort des migrants.

Bateau

Décomposer, assembler, créer

Peut-on parler d’illustrations? Amélie lève rapidement une ambiguïté: « Je ne dessine pas! Souvent les gens qui aiment mon travail sont déçus de l’apprendre! » D’où un sentiment d’illégitimité qui colle un peu aux basques de la jeune femme. A tort selon moi, car le plus important est ce à quoi elle aboutit, toujours parfaitement réussi.

Mais comment procède-t-elle, justement? « Je chine de vieilles gravures, tombées dans le domaine public (70 ans après la mort du créateur), dans des Larousse ou des catalogues Manufrance par exemple. Je pioche un élément par-ci, un autre par là, et dès que j’en ai réuni quatre ou cinq, je compose, décompose, assemble pour créer une nouvelle image et raconter ma propre histoire » explique-t-elle. L’inspiration naît de la gravure chinée et déclenche le processus créatif.

Comment lui est venue l’idée de cette technique qu’elle n’a certes pas inventée, mais qu’elle manie à merveille, parvenant à en faire sa signature? « Lors d’un stage au Québec, entre mes deux années de DSAA au lycée de la Martinière (Lyon), j’ai eu à m’occuper d’un livre sur les produits du marché pour lesquels je devais réaliser 95 fausses étiquettes! raconte Amélie. Comme il n’y avait évidemment pas de budget pour acheter quoique ce soit, je suis allée fouiner dans les banques de gravures ».

Nombril du monde 2013

En plus d’être ludique, ce procédé offre à Amélie des possibilités créatives infinies qu’elle met à exécution également dans son métier de graphiste. Séduits par cet univers iconoclaste, des clients aussi variés que des associations culturelles (Le Nombril du Monde…), des architectes (In Situ), des restaurateurs (Bistrot Des Fauves à Lyon, Hôtel Restaurant du Commerce à Autun), des musiciens etc. la sollicitent régulièrement pour créer ou repenser leur logo, leur programme, leur identité visuelle et autre charte graphique.

Le Nombril du Monde 2013

Freelance depuis 2009, Amélie aime travailler en lien direct avec son client, « notre rencontre permettant de capter déjà beaucoup de choses! ». Elle œuvre dans les Pentes de la Croix Rousse, au Palace Rouville, un atelier partagé avec une douzaine de professionnels exerçant majoritairement dans le secteur des arts appliqués (illustrateurs, peintres, designers textiles, web designers…). « Cela n’a rien à voir avec du coworking! Ce sont des collègues-amis avec lesquels je ne bosse pas mais avec lesquels je peux échanger et partager des expériences. Les fondamentaux des uns viennent enrichir ceux des autres. Personnellement, ça a libéré ma créativité! » s’enthousiasme Amélie. Au rez-de-chaussée de ce palace créatif, il y a même l’atelier de sérigraphie d’Olivier Bral http://olivierbral.fr/ auprès duquel elle imprime certaines de ses affiches, comme celle des Contes à la Chaîne de La Rochelle.

Les Contes à la Chaîne

Perfectionniste, Amélie aime l’idée d’une cohérence entre ce qui émane de ses créations et les techniques utilisées pour y parvenir. Quelque chose qui relève de l’artisanat et des savoir-faire d’antan.

Presse typo de l’atelier Chambre Noire

Elle est ainsi ravie d’imprimer ses calendriers perpétuels sur presse typo avec l’atelier Chambre Noire.

Calendriers perpétuels

Le rêve d’Amélie aujourd’hui? Continuer à élargir son réseau à d’autres domaines professionnels, collaborer avec la presse, faire évoluer son travail aussi en intégrant des fonds noirs ou de couleur… Petit soldat empli d’humilité, plus enclin aux relations nées du bouche à oreille qu’au démarchage à tout va, Amélie, je le devine, saura faire tout cela. Elle a la vie devant elle et le talent vissé au corps.

Plonge

** Photos © Amélie Cordier

*** Retrouvez tout l’univers d’Amélie Cordier sur son site (elle y a même un shop!!!) http://www.ameliecordier.com/

L’effrayante beauté des œuvres de Delphine Vaute

© Delphine Vaute

Je le subodorais, mais c’est confirmé: ce blog me donne des pouvoirs magiques! Moi qui n’aie rien d’une fée, je vis l’enchantement de rencontrer les artistes dont j’admire les œuvres: « Abracadabra Bonjour, je suis complétement fan de votre travail, pourrions-nous nous voir pour en parler? J’aimerais écrire à votre sujet sur mon blog? »

 

C’est exactement comme cela que j’ai contacté l’artiste plasticienne DELPHINE VAUTE, installée à Nantes.

Une Créativante +++

Je dois avouer que Delphine fait partie des deux ou trois toutes premières femmes artistes qui m’ont donné envie de créer Les Créativantes. Son œuvre est de celle qui submerge d’émotion, qui interroge, perturbe voire dérange, donne les larmes aux yeux (enfin, chez moi en tout cas!) En découvrant ses dessins, je me suis dit: « C’est trop beau, il faut que tout le monde voit ça,  partage cette émotion avec moi! » Cette nécessité absolue m’a donné des ailes.

Orphé (dessin) © Delphine Vaute

Cap sur Nantes!

J’ai profité d’une escapade à Nantes pour rencontrer Delphine dans un café, à deux pas de chez elle. C’était un jour de tempête, du gris partout et du vent qui fait swinguer les brushings. Comme je n’avais jamais vu Delphine en photo, je me suis demandée si j’allais la deviner quand elle entrerait dans le café. En fait, on s’est deviné mutuellement: « Clarisse?« , « Delphine? » On s’est fait la bise, tutoyé d’emblée, caféiné version allongé.

Ainsi attablée, Delphine m’a raconté qu’elle dessinait depuis qu’elle était toute petite. Elle a grandi à côté d’Angers, au bord de la Loire. De là, lui vient l’amour de la nature, une fascination pour les animaux, et peut-être aussi ce besoin de liberté chevillé au corps. Quand elle en a l’âge, elle entre aux Beaux-arts d’Angers « plus pour suivre les copains que par vraie vocation« . Elle y passe cinq ans, heureuse de pouvoir s’essayer à toutes les techniques (gravure, litho, fonderie…) sans réel cadre qui la contraigne. Liberté, liberté chérie. Ensuite, parce qu’elle a envie d’apprendre encore, de se nourrir, de se documenter, elle s’inscrit pour quatre ans à la Fac d’Histoire de l’art de Nantes. Elle se passionne pour la période située entre la fin du Moyen âge et le début de la Renaissance, et particulièrement pour l‘art macabre (la danse des morts). Elle a le goût de l’étrangeté, du danger, du sulfureux. Elle collectionne les planches d’histoire naturelle, se plonge dans les manuels de botanique, s’intéresse à la mythologie, s’inspire des illustrations très fouillées du peintre russe Yvan Bilibine (XIXe)… Delphine observe et engrange pour étoffer son imaginaire.

L’imminence du danger

Sphynge (dessin) © Delphine Vaute

L’œuvre de Delphine navigue entre trois thématiques qui s’épousent, s’entremêlent, se pénètrent, se blessent: l’enfance, la nature et les animaux. Le trait est fin et net, les couleurs douces, comme pour calmer le jeu de ce qui se raconte ensuite. Car si à première vue, le sujet est tendre et poétique, de menus détails viennent contredire cette impression, avec une subtilité maligne. C’est de l’ordre du dérangement, de la perturbation. Et l’on bascule dans un monde soudain angoissant, fantastique, où le danger, la violence et la mort rôdent. Des yeux littéralement exorbités, des plaies ouvertes, des plantes prenant racine dans le corps d’enfants… Pourtant, ce n’est jamais gore. L’artiste réussit à garder l’équilibre, ne tombe jamais du côté macabre, estompant le sentiment de peur par le sourire facétieux d’un petit garçon, le regard plein de bonté d’un renard, une boule de glace qui dégouline… La poésie est omniprésente et l‘humour jamais très loin.

Malgré tout: « Certaines personnes ont des réactions très violentes à l’égard de mes dessins, elles se sentent vraiment mal à l’aise, raconte Delphine. Alors que ce n’est jamais le cas des enfants! » Ces enfants qu’elle dessine presque toujours nus, le corps parfois tatoué de fleurs ou de têtes animales, ou encore transformés en centaures. Des enfants sauvages à la Truffaut et des fées clochettes (pas celle de Disney non, mais l’originelle qui est tour à tour joueuse, jalouse, colérique et même méchante)… Agacée de l’image souvent édulcorée de l’enfance, Delphine s’amuse à la malmener: « Les enfants ne sont pas tout doux: ils énervent, tapent, arrachent… et y prennent plaisir! » Elle travaille régulièrement avec eux dans les ateliers qu’elle anime: « J’apprécie la spontanéité et le côté rafraîchissant des commentaires qu’ils peuvent faire à propos de mes dessins. »

Kate (dessin) © Delphine Vaute

Côté inspiration, on n’est pas étonné d’apprendre qu’elle aime le cinéma de David Lynch, de Denis Villeneuve ou de Tim Burton à ses débuts (je lui conseille tout de même d’aller voir « Miss Perigrine » qui devrait les réconcilier!) Tiens, j’ai oublié de lui demander si elle appréciait François Ozon car lui aussi flirte avec le déraisonnable, le malaise, le fantastique…  Elle adore l’univers de Bartabas et celui de la compagnie Baro d’Evel qui a monté le spectacle « Bestias ». Elle va beaucoup au théâtre, notamment lorsqu’il mélange le jeu, l’image et la musique. Elle chine de vieux médaillons et après un décapage méticuleux, glisse à l’intérieur l’un de ses dessins sous des fleurs stabilisées. « Je bricole beaucoup… » sourit-elle.

Le dessin, sinon rien

Acrylique sur toile © Delphine Vaute

Le cœur de l’œuvre de Delphine réside dans le dessin, toujours et encore, exercé au quotidien sinon rien. Il s’esquisse d’abord sur des carnets pour comprendre l’attitude d’un animal, la posture d’un personnage, l’ondulation d’une plante, car toujours Delphine vise l’exactitude. Une fois qu’elle a atteint son but, elle numérise, assemble, agrandit ou pas… et travaille sur le papier ou, trop rarement à son goût ces temps-ci, sur la toile, ou encore sur le mur pour des fresques monumentales.

Botanique (gravure) © Delphine Vaute

Elle dessine au crayon de papier et de couleurs, et peint à l’acrylique, plus rarement à l’aquarelle. La gravure complète ses modes d’expression artistique.

Silhouette botanique (gravure) © Delphine Vaute

Des projets grandeur nature

Je remercie vivement Delphine de m’avoir accordé cette heure d’entretien car elle a beaucoup d’expos et de projets sur le feu, dont deux grosses installations à venir avant l’été. La première, « Forest Circus », est le fruit d’une résidence menée à Le Blanc, non loin de Châteauroux, au centre de la France. Il y a là une voie verte sur laquelle subsistent d’anciens équipements SNCF (maisons de garde barrière, ponts…) et que Delphine va habiller de ses dessins dès le mois de juin. Concrètement, elle crée un parcours d’une soixantaine d’affiches réalisées à l’encre de Chine et illustrant son univers. La seconde installation se joue chez elle, à Nantes. Dans le cadre d’un appel à projets de la Région, elle a collaboré avec un médiateur scientifique sur le thème de la paléontologie. « La Tram du temps » racontera ainsi l’évolution des espèces animales et végétales, sous la forme de dessins signés Delphine Vaute, à chaque arrêt de la ligne 1 du tramway nantais qui court de la gare maritime jusqu’à la SNCF. Des pachydermes marins, des dinosaures à plumes, mais aussi de sublimes conifères… tout un programme dont je vous reparlerai dès que Delphine m’en donnera des nouvelles.

Nature (dessin) © Delphine Vaute

Enfin, que celles et ceux qui se sentiraient trop mal à l’aise face à certaines œuvres de Delphine se rassurent: elle a, dans son atelier, d’autres dessins, peintures et gravures moins perturbants et tout aussi magnifiques.

Il serait dommage de se passer de ces sujets à la terrifiante beauté, étonnants par la vigueur des émotions qu’ils suscitent. L’essence de l’art?

 

 

Pia (acrylique sur toile) © Delphine Vaute

*** Découvrez tout l’univers de Delphine Vaute sur https://www.delphinevaute.com/

 

 

 

 

Ce je ne sais quoi qui déconne #2

Tan, tan, tan… La suite tant attendue de cette série qui me fait passer pour une quiche! Ok, je suis une quiche. Et maso. Une quiche maso et non une quiche mayo, 1. parce que c’est pas bon et 2. parce que de toutes façons ça n’existe pas… à part dans l’assiette de ma fille de 3 ans les soirs de défaite parentale mais ce n’est pas le sujet (les 1 et 2 sont liés, vous l’aurez noté… pour celles et ceux qui suivent).

Donc le #2 de cette série pourrait s’intituler: « Vous, vous êtes une fille vintage », en référence à cette parodie fantastique de la pub Barbara Gould par les Nuls dans les années… 90 (oui, je sais, je suis vieille et vous verrez c’est en lien aussi…): « Vous, vous êtes une femme Barbara Gourde », avec Chantal Lauby en nunuche de compet’… https://youtu.be/VELdFasPxk0.

Moi, une fille Vintage?

Je vous ai dit que, dans la vraie vie, j’étais journaliste? Bon ben voilà: l’autre jour, pour les besoins d’un article, j’appelle une attachée de presse…  J’ai tout de suite un très bon contact avec la fille, pro, marrante, efficace: ça matche entre nous, quoi! Et puis, comme je lui demande de m’envoyer des visuels pour illustrer mon papier, elle me demande mon adresse mail. Et là, quelques frissons dans mon corps, mes idées qui s’évadent 3 secondes (« ben oui, je vais être obligée de lui dire… ») et ma voix qui lui répond: « … @club-internet.fr »

J’ai toujours honte de donner cette adresse mail. Lorsque c’est pour obtenir la carte de fidélité d’un magasin, au moment de payer à la caisse, je vois la tête que fait la pauvre vendeuse (qui a souvent 10 ans de moins que moi au bas mot) et qui doit se dire in petto (locution de vieille qui se la pète): « WTF c’est quoi cette vioque avec cette adresse pourrie, j’en ai pour des plombes à rentrer ça dans mon logiciel! » Et elle n’a pas tort la petite chérie: moi-même, les nombreuses fois où je dois rentrer mes coordonnées sur n’importe quelle page web, j’ai juste l’impression d’avoir l’adresse mail la plus longue du monde. D’ailleurs, souvent, je tape trop vite et suis obligée de recommencer. Perte de temps X2.

Bref revenons à notre attachée de presse qui, suite à mon aveu, me rétorque: « Ah vous aussi, vous êtes une fille vintage? » Moi, petit rire d’à-propos surpris et un peu jaune: « Euh oui… Je sais cette adresse, c’est l’horreur, mais pff, voilà, j’ai trop la flegme de changer, prévenir tous mes contacts etc. etc. » Mais la fille me dit (et devient dans l’instant définitivement mon amie): « Ah mais non, ne faites surtout pas ça! Moi aussi, j’ai une adresse wanadoo de vieille, mais hors de question de changer! On nous demande tout le temps d’aller plus vite, d’être hype, free et hotmail machin, mais non, mais non! Moi, je garde cette adresse, c’est mon acte de résistance! » Bref, ce jour-là, je me suis sentie un peu moins quiche, un peu moins nunuche, un peu moins Barbara Gourde et donc moins seule. Et vous savez quoi? Bah ça ne fait pas de mal!

A suivre…

 

Ce je ne sais quoi qui déconne #1

Aujourd’hui, j’ai envie de poser une QUESTION FONDAMENTALE : est-ce qu’il est déjà arrivé à Scarlett Johansson de sortir des toilettes avec la jupe coincée dans la culotte? Est-ce que, juste une fois, la langue de Michelle Obama a fourché, ce qui l’a mise dans une situation ultra embarrassante? Et Eva Green, ça lui arrive à elle aussi, de ne pas relire ces SMS sur son iPhone et d’envoyer un truc qui ressemble vaguement à un sexto… du coup??

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Non, parce que vraiment, on a beau – enfin, j’ai beau – m’appliquer à faire au mieux, eh bien souvent, ça casse, ça coince, ça fourche, ça déborde, ça glisse! « C’est ce qui fait ton charme », « Mais au moins toi, tu es HUMAINE » tenteront de me rassurer mes douces, mes chères, mes adorables amies, soeurs, mère. Oui, mais bon, pourquoi y a t-il plus de Florence Foresti que de Nathalie Portman en moi? En fait, ça m’arrive tellement souvent ce genre de plans que j’ai décidé de lancer une série dès aujourd’hui sous le titre de « Ce je ne sais quoi qui déconne ».

Du bon usage du rouge à lèvres

L’envie de partager ça avec vous m’est venue il y a quelques semaines déjà après que, comme souvent, ça ait ripé. Je vous raconte? 18h30. La nuit est tombée, mes filles vaquent à leurs occupations, entre Kapla, table de 6 et clips sur Youtube. Je me dévoue pour aller acheter deux baguettes. Manteau, bonnet, gants et, ne me demandez pas pourquoi, alors que je sors 10 minutes pour aller à la boulangerie, je me mets du rouge à lèvres (rouge, bien rouge qui pète) dans l’ascenseur! Genre, la fille qui ne lâche rien. Aparté: Ma maman, elle m’a toujours dit: « Clarisse, il faut toujours que tu aies de jolis (ça voulait dire propres je crois) sous-vêtements sur toi, parce que si jamais tu te fais renverser par une voiture (oui, ma mère met souvent les choses au pire) enfin bref s’il t’arrive quoi que ce soit, c’est important tu vois? » Je crois que cela avait à voir avec la dignité ou quelque chose s’en approchant. Ça m’a marquée le coup de la culotte, mais je ne me souviens pas qu’elle mentionné le rouge à lèvres: ça doit être, inconsciemment, ma petite touche personnelle apportée à ce mantra maternel. Bref, en sortant de l’ascenseur, je croise une de mes voisines à qui j’envoie un sourire ultra bright; je file à la boulangerie où je multiplie les sourires aussi et « Bonne soirée, ah qu’est-ce qu’il fait froid hein? Ah m’en parlez pas ah ah ah ». Comme il y a une dame assise devant la vitrine, qui mendie, enveloppée dans un grand plaid à peine chaud alors qu’il fait – 3°, j’achète une baguette en plus pour elle. Je la lui donne, elle sort du four, elle est toute chaude: je souris XXL à la dame qui me remercie et me sourit en miroir. Je souris encore plus parce que sinon je vais pleurer je crois. Je repars vers chez moi, le smile scotché au visage, le cœur qui déborde. J’arrive dans le hall de mon immeuble – pour ceux qui connaissent, c’est un peu la galerie des glaces mon hall d’immeuble, mais version cheap, je ne sais pas à quoi carburait l’archi quand il l’a conçu, mais bon c’est raté quoi. Le seul avantage c’est qu’avec toutes ces glaces, on peut toujours faire un dernier raccord avant d’aller à son RDV…. mais bêtement on n’y pense pas forcément avant d’aller à la boulangerie. Parce que là, en attendant l’ascenseur, je me regarde dans la glace et ne me demandez toujours pas pourquoi, je me souris. Horreur du ridicule : j’ai les dents de devant barbouillées de rouge à lèvres. Et je me rembobine le film de mes 10 dernières minutes: ce sourire ensanglanté que j’ai fait à tout ces gens tout à l’heure et surtout à cette dame devant la boulangerie… Je voudrais aller lui dire que je ne suis pas complétement folle, juste un brin zinzin à faire et penser souvent deux/trois trucs en même temps… tout en voulant rester jolie et polie.

 

A suivre…

Les guerrières de Catherine Mainguy

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© Laurence Papoutchian

Dans le froid et le temps encore tout gris de ce matin, la seule idée d’aller rencontrer CATHERINE MAINGUY et de découvrir ses toiles et dessins « en vrai » me faisait accélérer le pas et illuminait mon début de semaine.

Bizarrerie de notre monde actuel, j’ai découvert le travail de Catherine sur Facebook, alors que son atelier-galerie existe depuis plus de huit ans et se trouve tout près de chez moi, en bas des Pentes!

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Je likais beaucoup, adorais souvent et partageais parfois ses portraits de femmes gracieuses et élégantes, jusqu’à ce que j’ose lui demander un entretien pour mon blog. Chanceuse que je suis, elle a tout de suite dit oui et m’a conviée à boire un café au milieu de son exposition en cours « Habillage de patience. Déshabillage de désir ».

Habillage de patience , Déshabillage de désir. « Ici ou ailleurs, partout, Impalpable sensualité. Latente attente, subtiles substances. Jeu de voilé-dévoilé, Les faux-semblants oubliés. Respirer, s’émanciper, …Et aimer ».

Un troublant jeu de regards

15844539_1475332245818069_6239984666642989301_oEn entrant « chez » Catherine, je me sens presque intimidée. Nous ne nous connaissons pas et surtout ses tableaux que je découvre en live me subjuguent. Elles sont belles et bien là ces femmes que j’ai vues en tout petit sur mon écran d’ordinateur! Majestueuses, insoumises… Femmes, si femmes. Pourquoi ai-je l’impression d’être minuscule face à elles? Je crois que cela vient de la puissance de leurs regards portés sur moi. Nulle malveillance dans ces yeux-là, bien au contraire, mais tant de choses à dire, à confier, sur la vie et la place des femmes, sur leur liberté, sur leur monde. Catherine confirme mon ressenti: « Je travaille en série, autour d’histoires que je me raconte, de façon plus ou moins poétique. Derrière cette douceur et cette poésie qui relèvent de ma féminité, il y a une vraie question de fond que je voulais traiter: l’image de la femme, avec ce jeu du caché/dévoilé, cette part de sensualité, de féminité. Pourquoi la cacher, au nom de quoi? C’est un thème d’actualité… »

Si elles m’impressionnent un peu, ces femmes n’ont rien d’inaccessible, rien de divin. Elles sont bien réelles, modernes, ancrées, et je me dis qu’elles pourraient être mes amies, mes soeurs. Il émane d’elles une énergie vitale, une force positive. On les devine guerrières, non pas au sens belliqueux du terme, mais au sens de celles qui ne baissent pas les armes, qui ne lâchent rien, qui vont de l’avant, vent debout.

La nature comme ornement

14890009_1377287295622565_668360643116392438_oChère à Catherine, la nature s’immisce dans ces portraits, sous la forme d’un papillon posé sur un œil ou de fleurs portées en parure. Elle insuffle de la poésie, de la fragilité, et dit aussi combien les femmes sont en lien avec elle, porteuses et protectrices de la vie. « On a besoin de la nature, elle a besoin de nous. Tout cela relève peut être de l’évidence mais parfois les évidences, on ne les voie plus. Par les regards de ces femmes, je voulais symboliser une prise de conscience de ce qu’est la place de la femme, son lien avec la nature, la vie… Je sens que cette prise de conscience s’opère en ce moment, quelque chose est en train de se passer » confie l’artiste.

15724590_1456570511027576_6316762390074082197_oCar Catherine veut se montrer positive. Sur ses huiles sur toile, les visages sont tournés vers la lumière, se dégageant de fonds sombres, tourmentés et immensément beaux. Tantôt les yeux se ferment pour goûter à cette nouvelle douceur, tantôt ils accrochent le spectateur comme pour lui dire « Regarde le chemin parcouru ». Un chemin tortueux et peut-être douloureux si l’on en juge les nombreuses coulures qui peuvent évoquer la pluie, des larmes ou même des plaies, en tout cas de très fortes vibrations. Pour ces peintures, Catherine a navigué au sein d’une même palette de couleurs: des gris, des bleus sombres, des bruns, puis des teintes plus chaudes pour les visages et les éléments de la nature.

15123189_1402200679797893_7604896809827681891_oDu côté des dessins en noir et blanc, on retrouve ce jeu d’ombre et de lumière. Les portraits sont réalisés à la mine graphite. Pas de coulure ici, mais des taches d’encre de Chine, de celle qui compose aussi les décors. D’essence végétale ou animale, les ornements se posent sur l’œil, autour du cou ou sur la tête; ils sont des monocles, des parures, des masques, des coiffes, des postiches…

Des motifs réalisés à l’ordinateur, imprimés puis vernis avant d’être collés sur le fond des toiles et des dessins, créent un lien entre les différentes œuvres.

Une histoire de temps…

Il est aussi question du temps dans cette exposition. Certes les visages présentés témoignent d’une certaine modernité, mais quelques uns semblent porter l’héritage d’un certain passé, à travers les vêtements ou la coiffure choisis. Le papillon à la fois posé sur un fil et l’œil féminin peut évoquer l’idée du temps suspendu.

 

… et de genre ?

Et si toutes ces femmes m’évoquent la féminité absolue, il est troublant de savoir que certains visiteurs masculins se sont « reconnus » dans quelques visages. 15156749_1404226486261979_6761544360242734172_o« J’avais conscience de l’androgynie de certains portraits mais de là à y voir carrément des hommes, j’ai trouvé cela intéressant, remarque Catherine. Et après tout, l’image de la femme, sa place, sa liberté, interpellent tout le monde, y compris les hommes, ou l’homme en général! »

 

C’est la première fois que Catherine va si loin dans le figuratif et expose des portraits, réalisés à l’huile pour la partie peinture. Avant cela, elle a travaillé sur le thème de la ville en mouvement, avec quelques silhouettes fugaces, puis sur des duos d’enfants et d’animaux placés dans un univers tantôt urbain tantôt naturel, le tout plutôt à l’acrylique.

Confidences créatives

Chaleureuse et ouverte, Catherine parle sans ambages de son travail, tant sur le plan technique que de l’inspiration. Elle décrit son processus créatif en toute sincérité, me faisant pénétrer dans l’intimité de ce à quoi doit ressembler son atelier, une fois qu’elle a tiré le rideau sur la vitrine et enfilé sa blouse de peintre. Les portraits de son exposition sont inspirés d’images qu’elle a pigées sur Internet et qu’elle a complétement retravaillées, recomposées, remontées sur Photoshop. Elle dit peindre debout, dans une intense dynamique corporelle  (« C’est le corps qui peint »), et dessiner assise, toute en concentration, en douceur et minutie (« Le dessin me pose »). « Je débute souvent une série par le dessin, ça me sert d’étude préparatoire… Et même une fois que j’ai commencé des toiles, je peux revenir au papier et au crayon. Une pratique nourrit l’autre » révèle-t-elle.

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Les histoires que Catherine se raconte peuvent durer six mois, un an, voire plus, selon ce qu’elle a à dire, à développer, à explorer, au niveau des idées et des techniques. Pour ce qui est de cette série de portraits exposée en ce moment, elle n’est pas sûre d’avoir encore tout dit…

Passée par l’école Duperré à Paris et le lycée de la Martinière à Lyon, Catherine voulait être artiste à cinq ans! Elle a commencé sa carrière comme créatrice pour un bureau de tendances lyonnais, puis a choisi de se mettre à son compte comme peintre/plasticienne et a donné des cours dans différents lieux. En 2008, elle a ouvert son atelier-galerie dans l’idée d’y proposer des cours, d’exposer son travail et celui d’autres artistes. Depuis, le lieu a évolué: les cours ont disparu et Catherine alterne ses propres expositions et celles de talents issus de son réseau artistique (peinture, photo, dessin…).

Le vernissage de l’exposition de Catherine Mainguy « Habillage de patience. Déshabillage de désir » a lieu ce jeudi 12 janvier, à partir de 18h. Venez découvrir ces portraits magnifiques ainsi que la série de plus petits formats présentés dans les bacs et que Catherine a dessinés récemment afin de rendre son art accessible au plus grand nombre. Et surtout, surtout, n’hésitez pas à pousser la porte de l’atelier-galerie jusqu’au 25 février : Catherine vous accueillera avec plaisir pour vous laisser admirer son travail et peut-être l’interroger.

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Après cette date, seront exposées les gravures de Pascale Parrein.

***L’atelier-galerie de Catherine Mainguy se situe 130 montée de la Grande-Côte, 69001 Lyon.

*** Retrouvez l’univers de Catherine Mainguy sur son site http://www.catherine-mainguy.fr/galerie-cmainguy/

 

Mon (tonton) Matisse

MATISSE et moi, c’est une longue histoire. D’amour. J’en ai quelques-uns comme ça qui me suivent depuis l’enfance ou l’adolescence… cette époque où je découpais des photos de peintures, d’artistes, de chanteurs (morts) pour les coller dans mon agenda Naf Naf. Ou encore plus tard, jeune adulte à Paris, quand je m’achetais des posters qui coûtaient la peau des fesses dans le quartier de Beaubourg… Matisse, Keith Haring, Roy Lichtenstein, Wharol, Chagall… Certains m’ont quittée, laissant la place à de nouveaux artistes, d’autres sont restés. Comme Matisse.

img_5950Matisse, c’est un peu le vieil oncle que j’aimerais aller visiter pour tenter de glaner quelques miettes de génie et de technique picturale. Je m’imagine allongée sur une méridienne, derrière lui, en train de l’observer crayonner, griffonner ses traits, composer ses couleurs, chercher, râler, défaire, refaire, re-râler. Parce qu’il a l’air un peu ronchonchon tonton Matisse, perfectionniste, exclusif, jusqu’au-boutiste. Enfin, je le sens comme ça.

C’est fou comme il y a des peintres qu’on croit connaître depuis toujours et qui parviennent à nous surprendre à chaque expo. C’est le talent des commissaires d’expositions de réunir de nouvelles toiles issues des fonds secrets des musées ou des collections de fucking chanceux (et milliardaires surtout). Et puis parfois, l’on redécouvre des œuvres que l’on a déjà vues 100 fois mais qui, parce qu’elles illustrent un thème particulier, dévoilent de nouvelles facettes. img_5994

Tout ça pour dire que lorsque j’ai été conviée à l’expo spécial Blogueurs « Matisse, le laboratoire intérieur », au Musée des Beaux arts de Lyon, je ne me suis pas fait prier!

« Laboratoire intérieur? » Kesako? L’idée, c’est de montrer comment faisait Matisse, tout seul dans son atelier, pour aboutir au tableau ou à la sculpture devant lesquels des milliers de personnes s’ébahiraient plus d’un siècle plus tard. Bon on est d’accord, Matisse était génial, mais ça fait du bien de savoir qu’il travaillait énormément, ratait parfois, apprenait pour désapprendre… Cette exposition montre que ce labeur assidu passait par le dessin sous toutes ses formes (crayon, fusain et estompe, plume et encre…), pratiqimg_5966ué au quotidien, presque une hygiène de vie. Omniprésent sur les pages de ses carnets, en marge de ses lettres ou sur de beaux papiers, ces dessins font le lien entre les tableaux et les sculptures de Matisse, au gré de ses différentes périodes, imprégnés de ses nombreux voyages (Nice bien sûr, mais aussi le Maroc, la Russie…) et de ses amitiés artistiques.

 

Je vous le dis tout de suite, mes amis: cette expo m’a bluffée! Et ce, pour plusieurs raisons:

  • La première, c’est le nombre d’œuvres:  250, réparties entre 14 séquences à la fois thématiques et chronologiques. A chaque fois, dans chaque salle, les dessins – on dit « études » quand ils préparent une œuvre fiimg_5964nale – dialoguent avec les gravures, les toiles ou les sculptures dont ils sont le prémisse. Il y a quelque chose d’émouvant à voir ce par quoi l’artiste est passé avant d’oser peindre ou modeler. Il teste ses couleurs, travaille ses volumes. Au et à mesure des traits qui ne sont pas tous gommés, l‘on sent la main qui travaille. Avec acharnement.

 

  • J’ai aimé ce que l’expo donne à voir et à comprendre sur le rapport de Matisse aux femmes. On l’a dit, le bonhomme est perfectionniste, entré en peinture comme on entre en religion dès lors que sa mère lui offre une « boîte de couleurs » (comme on disait à l’époque) à la suite d’une img_5983appendicite. Plus tard, sa femme Amélie le quitte, lasse d’être délaissée pour la peinture et seulement la peinture. Ses modèles envers lesquels il se montre aussi fidèle qu’exigeant ne partagent pas son lit, mais passent des journées entières de pose dans son atelier. Matisse, collectionneur de tissus (il est d’ailleurs fils de tisserands), va jusqu’à constituer un vestiaire complet pour ces dames, notamment avec des blouses romaines. Ceci lui permet, à travers les lignes graphiques des vêtements et la variété de leurs motifs, d’enrichir l’aspect décoratif de ses toiles. C’est particulièrement vrai dans la magnifique série des Odalisques. Ces femmes à demi nues assises ou allongées, gracieuses et alanguies, qui prennent la pose dans de foisonnant décors orientaux. C’est d’une affolante beauté!

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  • Il me faut aussi dire quelque chose sur les visages de Matisse. C’est troublant comme, dans ses portraits, il ne cherche pas à représenter la réalité, y compris lorsqu’il s’agit d’une commande (au risque d’ailleurs de voir sa toile rejetée par son commanditaire!) Pour lui,
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    Etude pour le portrait d’Yvonne Landsberg

    l’exactitude n’est pas la réalité. Ce qu’il veut, c’est accéder à la vérité spirituelle de son modèle. Ainsi, pour le portrait d’une certaine Yvonne Landsberg dont il est dit qu’elle n’était pas exactement un canon de beauté! Matisse profite des moments de relâchement d’Yvonne pendant la pose pour traquer (et croquer) en elle les détails qui font qu’elle est elle. L’exposition présente une quinzaine d’études qui illustrent le travail de décomyvonne1position de Matisse autour du visage d’Yvonne, puis la toile finale, monumentale, où trône la jeune femme dans une pose hiératique, impressionnante car portant comme un masque africain. On peut comprendre pourquoi les parents d’Yvonne ont refusé ce tableau qui lui ressemble si peu!yvonne2

Dans une autre salle et également sur l’affiche de l’expo, on découvre le portrait des petits-fils de Matisse: des visages simplifiés, essentiels, réalisés au gros pinceau, peinture noire sur fond blanc. Et les mots de Matisse raisonnent: « La face ne ment point, c’est le miroir du cœur ».

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Portrait de Jackie, petit-fils de Matisse
  • Enfin, si Matisse m’a évidemment une fois de plus impressionnée, il en est un autre qui m’a épatée: c’est Romain Perrin!
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Le médiateur culturel du Musée des Beaux arts de Lyon: incollable sur Matisse!

« Qui c’est celui-là? Un contemporain de Matisse qu’on aurait loupé? Un acheteur? Un collectionneur? » Que nenni les amis! C’est le médiateur culturel qui nous a fait visiter l’expo, impressionnant de connaissances, capable de faire des ponts entre les courants artistiques, pouvant citer des phrases entière de Matisse et glissant, par-ci par-là, des anecdotes savoureuses (saviez-vous que Picasso, soit disant copain comme cochon avec Matisse, jouait néanmoins aux fléchettes sur la sculpture que lui avait offert son pote et qui représentait sa fille ?!)… Et Romain, il m’a vachement plu quand il a dit « qu’il n’y avait pas de progrès en peinture, seulement des avancées et des reculs ». Cela rejoint ce que cette expo a opéré en moi: une sorte de démystification du peintre. Certes génial, mais qui bossait, et tous les jours.

Mort à 85 ans, Matisse a connu plusieurs guerres, participé à des courants artistiques pour mieux s’en échapper, précurseur, inventeur, voyageur. Impossible de tout dire sur l’expo du Musée des Beaux arts tant elle dit beaucoup de ce parcours incroyable. Il faut aller la visiter, et même plusieurs fois si possible, puisqu’elle est visible jusqu’au 6 mars 2017!

=> Toutes les infos sur http://www.mba-lyon.fr/mba/sections/fr/expositions-musee/expo-matisse/exposition-matisse

 

 

 

 

 

Mon Magic Top 5 du Free Lance

Est-ce le hasard? C’est rigolo, mais depuis que j’ai choisi le statut de free lance (ou que le statut m’a choisie, va savoir…), je tombe sur pas mal de papiers ou billets sur les règles d’or du free ou autres b.a.-ba de l’auto-entrepreneur, en passant par les 10 commandements du travailleur indépendant. Amen.

Alors, je les lis tous hein, parce que je suis consciencieuse comme fille et que je veux bien tout faire comme il faut, d’autant que je suis quand même au début de mon activité. Des fois que je passe à côté d’une règle essentielle et que je mette mon projet professionnel en péril… Aaaaaaahhhhhh ben non, je ne prends AUCUN risque!

Du coup, l’autre jour, en faisant mon jogging parmi les particules fines (et je réalise ici que si, en fait, des risques, j’en prends…), je faisais la synthèse de tous ces docs parcourus et me disais que si j’y ajoutais ma propre toute petite expérience, je pouvais, moi aussi, établir mon top 5 des conseils de Magic Free Lance. Mais comme je débute dans ce statut, je vais seulement aborder les points qui concernent le free lui-même et non pas les relations avec ses clients.

  • Magic Number 1 // SE LAVER ET S’HABILLER // Ça peut vous paraître évident et complétement superflu de le noter ici, surtout en top 1, mais… d’aucuns m’ont raconté avoir, au début tout au moins, osé s’asseoir en pyjama derrière leur ordi, les dents à peine lavées. Ben oui, les p’tits free, on l’a tous fait au moins une fois, ne serait-ce que pour répondre à un mail super urgent. Allez quoi, personne ne nous voit, y a pas de caméra, pas free1de client caché sous la table, les enfants sont tous à l’école: aucun ne pourra répéter que « Maman elle a trop de la chance, elle travaille en pyjama! » Eh oui, la tentation est grande… Mais là, je suis obligée de vous dire que, non, ce n’est pas possible. Déjà, se laver, ça réveille, ensuite ça participe de l’estime de soi! Les filles (les garçons aussi, notez, mais je ne sais pas pourquoi, je les sens moins réceptifs), choisir ses vêtements le matin, c’est chouette, non? (même si c’est souvent pour constater qu’on n’a vraiment plus rien à se mettre… Mais bon c’est un autre sujet). Savoir que l’on ressemble quand même un peu à quelque chose dans le miroir de la salle de bain, ça rend davantage confiant dans la négo d’un budget quinze minutes après. Je vais vous faire une révélation: je crois que le client, il le sent que vous ne vous êtes pas lavé les dents! Et une conversation menée en pilou sera par définition molle, et donc pas à votre avantage. Se laver, c’est s’humaniser. S’habiller, c’est passer en mode boulot. Il en va de même pour le petit déjeuner. On le prend AVANT de commencer à travailler: on ne mange pas devant son ordi, sous peine de laisser des miettes entre les touches du clavier, de renverser son bol de thé sur les documents classés top secret de son client et de lui répondre la bouche pleine s’il appelle précisément à ce moment-là! Allez, zou, sous la douche!
  • Magic Number 2 // APPRENDRE A DIRE NON // Je ne parle donc pas ici de vos clients (ce n’est pas le sujet) mais de vos amis. « Clarisse, tu viens prendre un café? Clarisse, t’as deux minutes, on se fait un skype? Clarisse, y a une super vente de petites créatrices au fin fond du 7e, en prenant le C5 non le C3 enfin je sais plus, franchement ça va pas nous prendre 3h, Clarisse, mate le dernier Recettes Pompettes sur YouTube, c’est de la bombe… » On est d’accord, toutes ces sollicitations sont hyper alléchantes, mais si vous dîtes oui à tout, autant vous dire que vous n’allez jamais réussir à travailler! Alors, je ne dis pas de vous priver totalement parce que ça, on le sait depuis qu’on est tout petit, l’interdiction totale égale la frustration et donc le craquage assuré au bout d’un jour et demi! Exemple: ma mère, elle n’achetait jamais de Nutella. Résultat, dès que j’en trouvais un pot chez des amis, je me jetais dedans tout entière. Ouais, je sais que ça vous parle!
  • Magic Number 2bis (oui, je sais, je triche, mais c’est MON blog…) // ETRE CLAIR // Là, je veux parler de votre relation à votre entourage plus que proche, à savoir votre famille. Il va falloir bien lui expliquer les bases de votre nouveau statut. Car, c’est normal hein, les pauvres chéris: quand ils partent travailler, à l’école ou au collège, dans le froid du matin et qu’ils vous voient rester à la maison parfois encore pas tout à fait prête (comprenez la brosse à dent coincée dans la bouche, les cheveux en pétard et les babouches aux pieds) ils ne peuvent tout simplement pas s’imaginer une seule seconde qu’une dure journée de labeur s’ouvre à vous. Ce qui marche bien avec les (petits) enfants, c’est l’effet convaincant de la répétition: « Maman TRAVAILLE; tu vois, ça c’est l’ordinateur de TRAVAIL de Maman; non Maman ne peut pas, elle doit terminer un TRAVAIL urgent… » Bon, mais au-delà de 5 ans, je pense que ça gave grave. Avec les collégiens, il faut veiller à se faire respecter sans minimiser leur susceptibilité. Par exemple, quand votre fille de 12 ans rentre et vous interrompt dans ce que vous faites pour vous dire, limite en pleurs, que « C’est vraiment horriiiiible, Machine a cassé avec free3Bidule alors que ça faisait dix ans qu’ils étaient ensemble » (rappel: les tourtereaux ont 12 ans, je répète 12 ans…), il vous faut garder votre calme. Ne pas vous esclaffer, ne pas dire que vous n’en avez rien à faire de ces boutonneux que vous ne connaissez même pas, ne pas lancer un pauvre « Allez, 10 de perdus 10 de retrouvés » (rappelez-vous comme ça vous énervait quand vous aviez le même âge!)… sans quoi l’adolescente en question s’enfermera dans sa chambre pendant deux heures, non sans avoir préalablement claqué la porte à en faire trembler les cloisons en placo de votre appartement. Quant à votre Chéribibi, eh bien, il faut aussi user de fermeté, avec subtilité. Donc lorsqu’il vous demande si vous pouvez commander un Drive ou acheter les places pour le concert de Björk parce qu’il faut être à 11h précises derrière l’ordi, dites non. A priori, il a lui aussi un ordi, un bureau, une montre: il doit y arriver tout aussi bien que vous. Attention, fermeté ne veut pas dire rigidité: profitez de votre statut flexiiiiiible pour lui faire des surprises comme lui proposer un déjeuner impromptu (ou acheter les places de Björk s’il ne vous a rien demandé ;-))
  • Magic Number 3 // SE FÉLICITER MAIS PAS TROP // « Rooo, j’ai bien travaillé aujourd’hui dis donc, et puis mon client, il a l’air drôlement content. Je mérite bien une petite récompense. Tiens, ce petit top canon chez Promod qui me tendait ses bras ajourés l’autre jour, je crois bien que je vais me l’offrir« . Alors, oui… mais non. Enfin, pareil qu’au Magic Number 2: pas trop tout le temps parce que sinon votre compte en banque n’aura même pas le temps de se remplir des paiements de vos clients que vous aurez déjà tout claqué chez Zara and co. La mesure, la mesure… Préférez une bonne bouteille de vin à partager avec votre Homme: c’est plus convivial et la promesse d’une belle soirée (même si la soirée ne sera que plus belle si vous portez ce petit top ajouré so sexy, aaaaahhhhh….)
  • Magic Number 4  // METTRE LE NEZ DEHORS // Ben oui, parce que dans une journée (même si elle est courte, rapport au fait que c’est vous qui récupérez les enfants à l’école!) on n’est pas toujours tout le temps absolument au top. Il y a des moments où l’inspiration a pris congé, où chaque phrase alignée sur votre doc word vous mortifie de honte, où vous vous demandez encore comment c’est possible d’être aussi creuse que vous. Alors là, au lieu de vous siffler le sixième café de la journée ou de vous enfiler une tablette entière de chocolat noir (parce que c’est moins grave que le lait/noisettes), au lieu aussi de zapper entre ce fameux doc word, les murs Facebook des copines et le super blog de Pensées de Ronde, je dis: Oust! Dehors! Cassos! Précipitez-vous dès maintenant à l’expo que vous aviez prévu d’aller voir le week-end prochain, courrez acheter le cadeau de votre copine qui fête son anniversaire dans dix jours, partez courir 30 minutes ou humez simplement l’air du vent (si possible sans particules), un bouquin ou un magazine sous le bras.
  • Magic Number 4bis (oui je sais, j’abuse …) // PIQUER UN ROUPILLON // Et pourquoi y aurait que les vieux, les moins de 4 ans et les femmes enceintes qui feraient la sieste, hein?! Dormir une demi-heure/ trois quart d’heure maxi (perso, pas plus, parce qu’au-delà j’ai l’air drogué ou d’avoir passé la nuit dans un train-couchette…), ça requinque, ça recharge les batteries et… c’est juste bon, en fait! Alors, oui, on culpabilise un peu, on se dit qu’on ne devrait pas, que ça se fait pas, tout ça. Mais pensez aux salariés qui, sur le créneau 14-15h, dorment les yeux ouverts derrière leur ordinateur! Et quand on sait qu’après cette pause, votre production n’en sera que meilleure et easy finger in the nose, pourquoi résister? Faites donc un somme, en somme… ah ah ah, et moi j’en aurais bien besoin!
  • Magic Number 5 // SE CONCENTRER & CLOISONNER // Quand on travaille chez soi (et notamment dans la fameuse « pièce à vivre » comme c’est mon cas), on a vite fait de se laisser envahir. Lorsque la peur de la page blanche menace, c’est quasiment paranormal mais on a alors les yeux attirés par des choses qui, la plupart du temps, sont proches de l’invisible ou perdues tout au bas d’une to do list irréalisable tellement elle est longue. Genre: trier la bannette à courrier/factures, dépoussiérer les étagères du haut de la bibliothèque, faire l’extérieur des vitres, lancer une lessive de l’ensemble des torchons de la cuisine… Donc, non, on se concentre sur son job et on oublie de jouer les fées du logis que de toutes façons on n’a jamais été. Et dès qu’on peut se le financer, on se paie un chouette bureau EN DEHORS de chez soi. Le coworking, c’est bien aussi, mais pas pour moi qui aie besoin d’un bureau fermé pour me concentrer pour écrire. Et cette dernière phrase est la phrase la plus triste et moins glamour de toute l’histoire du blogging.

Alors, hop, hop, hop, je rebondis tout de suite pour ne pas finir là-dessus! Je ne suis qu’au début de ce que j’espère voir grandir comme une longue carrière de free. Ce billet a donc vocation a être complété, modifié voire complément contredit par mes expériences à venir! En tout cas, ce que je peux déjà vous dire, c’est que: Être free, c’est être fort!

Les rêveries de Carole Gourrat

Je vous l’avoue, je suis bien contente d’entamer mes portraits d’artistes avec CAROLE GOURRAT! Cela fait une dizaine d’années que je suis cette illustratrice mâconnaise (71) et depuis tout ce temps, je me régale de son travail, de son univers, d’abord dédiés aux enfants et aujourd’hui, progressivement caroletournés vers un public plus adulte, assurément conquis par tant de beauté!

Même si elle se définit comme illustratrice dans la vie et dans sa sphère professionnelle, Carole est pour moi une peintre! Car pour tout travail d’illustration, qu’il s’agisse d’une commande ou d’un projet plus personnel, l’artiste utilise la peinture (à l’huile, toujours). Point de numérique ou très peu, « il ne me réussit pas » confie-t-elle, d’autant qu’il ne lui apporte aucun plaisir. Et le plaisir, pour Carole, ça compte beaucoup!

Le plaisir mais aussi le temps, de bien faire les choses, d’aller au bout d’une idée, avec détermination et perfectionnisme. Ainsi Carole s’applique à restituer les moindres détails d’un pelage de bête sauvage ou d’une corolle de fleur imaginaire, peaufine les modelés d’un visage poupin ou les plis d’une étoffe soyeuse.

Le temps donc. Un élément trop peu souvent compatible avec les exigences de l’édition pour laquelle Carole travaille aujourd’hui, après avoir étudié aux Beaux arts de Nancy et aux Arts Déco de carole4Strasbourg, option illustration. Ainsi, depuis ses débuts en 2001, les grandes maisons comme J’ai Lu, Milan ou Nathan, la sollicitent régulièrement pour illustrer des couvertures et pages de livres pour la jeunesse. Si les références sont belles, la liberté de création varie d’une maison à l’autre, contrecarrée par le goût et les attentes du lectorat. Parallèlement, de plus petites structures s’intéressent également au travail de Carole. Il en est ainsi du Buveur d’encre qui lui a proposé une collaboration artistique inédite et marqué un tournant dans sa carrière.

Un nouvel élan avec Salammbô

Pour ce projet, l’éditrice, elle-même auteure jeunesse, a invité Carole à dessiner sur le thème de la musique dans la nature. Peu à peu, les illustrations de l’une ont nourri les textes de l’autre et inversement, les deux femmes œuvrant de concert et s’autorisant à faire des remarques constructives sur leur travail mutuel. Ainsi est né en 2011 « Salammbô et Aimé, un air de liberté », un sublime album dont l’histoire et les dessins rivalisent de lyrisme et de poésie. Salammbô, le personnage féminin au doux visage de poupée, a séduit les éditeurs jeunesse qui ont alors marie-a-2-corrections-mailcommandé une kyrielle de princesses à Carole, pour des albums et des planches de stickers.  L’illustratrice s’est exécutée en parvenant à insuffler son style et de l’originalité à ses personnages, comme dans la série des Princesses historiques créée pour Auzou Jeunesse. Sissi et Marie-Antoinette affichent ainsi leurs jolis minois, dans un univers pastel et poudré proche de celui d’une autre Marie-Antoinette, celle de la réalisatrice Sofia Coppola.

marie-antoinette-corrections-copie-1A l’image de ce personnage historique, les illustrations de Carole ne sont jamais cul-cul, jamais gnangnan. De son travail filtre une inspiration documentée et raffinée. Il y a le cinéma, et la littérature qui la passionne depuis l’enfance: « J’ai été visuellement marquée par les illustrations des livres de la Comtesse de Ségur » raconte-t-elle. Carole s’inspire aussi de belles choses anciennes comme les gravures, les vieux recueils et les peintures d’oiseaux d’Aubusson. De même, la flamboyante architecture gothique du Monastère de Brou à Bourg en Bresse, où elle anime des ateliers créatifs dédiés aux enfants, stimule son imagination. En rencontrant les artistes contemporains qui y exposent régulièrement, elle reste connectée à ce qui se fait de plus moderne aujourd’hui.

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Un jour, les commandes de princesses à la chaîne ont fini par saturer Carole qui s’est pris à rêver d’autre chose, comme de peindre sur de grandes toiles par exemple! Et elle a osé mettre de côté les personnages pour se consacrer à ce qu’elle aimait vraiment dessiner: les animaux et la nature!

 

carole5Pour réaliser ses tableaux, Carole prend le temps de faire exactement ce qu’elle a en tête et, pour cela, utilise toujours la même méthode : d’abord un crayonné sur du papier A3, un scan de son dessin à partir duquel elle grossit, réduit, déplace tel ou tel élément de la composition, puis une impression et un décalque du dessin final sur la toile. Il lui faut ensuite entre deux et trois semaines pour réaliser sa peinture, toujours exclusivement à l’huile. Le plaisir du pinceau qui glisse sur la toile, l’ouverture du champ des possibles de la couleur, la subtilité des glacis. Trois passages de peinture ne sont pas de trop pour Carole qui en profite pour rehausser les noirs et estomper le fond afin de donner toute sa force au sujet placé au premier plan.

Balade dans les jardins suspendus

Sur la toile naît un peuple d’animaux, richement et finement travaillés, émergeant d’une végétation foisonnante composée de fleurs variées et d’arbustes fous, le tout lié par des couleurs d’une infinie douceur. Le réalisme apporté au dessin des animaux côtoie l’onirisme affiché des compositions, comme dans la dernière série de l’artiste consacrée aux jardins suspendus. Ces nouvelles toiles ont marqué les esprits des visiteurs lyonnais de l’éphémère Épatante Galerie (lire mon article sur l’expo http://lescreativantes.fr/category/les-artistes/), ce qui laisse présager à Carole l’écriture d’une nouveau chapitre de son parcours artistique.  « La tendance étant nettement à la décoration, pourquoi ne pas proposer mes illustrations pour de beaux papiers peints et démarcher parallèlement des galeries afin d’y exposer mes toiles » s’interroge Carole qui reconnaît que le succès de son exposition a émoustillé sa créativité. Je suis personnellement certaine qu’elle tient là une belle idée!

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Le jaguar, exposé à l’Épatante Galerie, à Lyon, en novembre dernier

Car l’élégance, la richesse et l’originalité du travail de Carole en peinture a de quoi séduire de nombreux amateurs d’art. Entrer dans l’un des tableaux de Carole, c’est se laisser aller à son imaginaire, sans se raccrocher à une histoire: accepter seulement de lâcher prise et de s’abandonner à la rêverie. En cette période de morosité ambiante, c’est précisément ce dont nous avons besoin!

***Retrouvez l’univers de Carole sur son blog: http://carolegourrat.canalblog.com/