Les rêveries de Carole Gourrat

Je vous l’avoue, je suis bien contente d’entamer mes portraits d’artistes avec CAROLE GOURRAT! Cela fait une dizaine d’années que je suis cette illustratrice mâconnaise (71) et depuis tout ce temps, je me régale de son travail, de son univers, d’abord dédiés aux enfants et aujourd’hui, progressivement caroletournés vers un public plus adulte, assurément conquis par tant de beauté!

Même si elle se définit comme illustratrice dans la vie et dans sa sphère professionnelle, Carole est pour moi une peintre! Car pour tout travail d’illustration, qu’il s’agisse d’une commande ou d’un projet plus personnel, l’artiste utilise la peinture (à l’huile, toujours). Point de numérique ou très peu, « il ne me réussit pas » confie-t-elle, d’autant qu’il ne lui apporte aucun plaisir. Et le plaisir, pour Carole, ça compte beaucoup!

Le plaisir mais aussi le temps, de bien faire les choses, d’aller au bout d’une idée, avec détermination et perfectionnisme. Ainsi Carole s’applique à restituer les moindres détails d’un pelage de bête sauvage ou d’une corolle de fleur imaginaire, peaufine les modelés d’un visage poupin ou les plis d’une étoffe soyeuse.

Le temps donc. Un élément trop peu souvent compatible avec les exigences de l’édition pour laquelle Carole travaille aujourd’hui, après avoir étudié aux Beaux arts de Nancy et aux Arts Déco de carole4Strasbourg, option illustration. Ainsi, depuis ses débuts en 2001, les grandes maisons comme J’ai Lu, Milan ou Nathan, la sollicitent régulièrement pour illustrer des couvertures et pages de livres pour la jeunesse. Si les références sont belles, la liberté de création varie d’une maison à l’autre, contrecarrée par le goût et les attentes du lectorat. Parallèlement, de plus petites structures s’intéressent également au travail de Carole. Il en est ainsi du Buveur d’encre qui lui a proposé une collaboration artistique inédite et marqué un tournant dans sa carrière.

Un nouvel élan avec Salammbô

Pour ce projet, l’éditrice, elle-même auteure jeunesse, a invité Carole à dessiner sur le thème de la musique dans la nature. Peu à peu, les illustrations de l’une ont nourri les textes de l’autre et inversement, les deux femmes œuvrant de concert et s’autorisant à faire des remarques constructives sur leur travail mutuel. Ainsi est né en 2011 « Salammbô et Aimé, un air de liberté », un sublime album dont l’histoire et les dessins rivalisent de lyrisme et de poésie. Salammbô, le personnage féminin au doux visage de poupée, a séduit les éditeurs jeunesse qui ont alors marie-a-2-corrections-mailcommandé une kyrielle de princesses à Carole, pour des albums et des planches de stickers.  L’illustratrice s’est exécutée en parvenant à insuffler son style et de l’originalité à ses personnages, comme dans la série des Princesses historiques créée pour Auzou Jeunesse. Sissi et Marie-Antoinette affichent ainsi leurs jolis minois, dans un univers pastel et poudré proche de celui d’une autre Marie-Antoinette, celle de la réalisatrice Sofia Coppola.

marie-antoinette-corrections-copie-1A l’image de ce personnage historique, les illustrations de Carole ne sont jamais cul-cul, jamais gnangnan. De son travail filtre une inspiration documentée et raffinée. Il y a le cinéma, et la littérature qui la passionne depuis l’enfance: « J’ai été visuellement marquée par les illustrations des livres de la Comtesse de Ségur » raconte-t-elle. Carole s’inspire aussi de belles choses anciennes comme les gravures, les vieux recueils et les peintures d’oiseaux d’Aubusson. De même, la flamboyante architecture gothique du Monastère de Brou à Bourg en Bresse, où elle anime des ateliers créatifs dédiés aux enfants, stimule son imagination. En rencontrant les artistes contemporains qui y exposent régulièrement, elle reste connectée à ce qui se fait de plus moderne aujourd’hui.

clarisse4

Un jour, les commandes de princesses à la chaîne ont fini par saturer Carole qui s’est pris à rêver d’autre chose, comme de peindre sur de grandes toiles par exemple! Et elle a osé mettre de côté les personnages pour se consacrer à ce qu’elle aimait vraiment dessiner: les animaux et la nature!

 

carole5Pour réaliser ses tableaux, Carole prend le temps de faire exactement ce qu’elle a en tête et, pour cela, utilise toujours la même méthode : d’abord un crayonné sur du papier A3, un scan de son dessin à partir duquel elle grossit, réduit, déplace tel ou tel élément de la composition, puis une impression et un décalque du dessin final sur la toile. Il lui faut ensuite entre deux et trois semaines pour réaliser sa peinture, toujours exclusivement à l’huile. Le plaisir du pinceau qui glisse sur la toile, l’ouverture du champ des possibles de la couleur, la subtilité des glacis. Trois passages de peinture ne sont pas de trop pour Carole qui en profite pour rehausser les noirs et estomper le fond afin de donner toute sa force au sujet placé au premier plan.

Balade dans les jardins suspendus

Sur la toile naît un peuple d’animaux, richement et finement travaillés, émergeant d’une végétation foisonnante composée de fleurs variées et d’arbustes fous, le tout lié par des couleurs d’une infinie douceur. Le réalisme apporté au dessin des animaux côtoie l’onirisme affiché des compositions, comme dans la dernière série de l’artiste consacrée aux jardins suspendus. Ces nouvelles toiles ont marqué les esprits des visiteurs lyonnais de l’éphémère Épatante Galerie (lire mon article sur l’expo http://lescreativantes.fr/category/les-artistes/), ce qui laisse présager à Carole l’écriture d’une nouveau chapitre de son parcours artistique.  « La tendance étant nettement à la décoration, pourquoi ne pas proposer mes illustrations pour de beaux papiers peints et démarcher parallèlement des galeries afin d’y exposer mes toiles » s’interroge Carole qui reconnaît que le succès de son exposition a émoustillé sa créativité. Je suis personnellement certaine qu’elle tient là une belle idée!

jaguar-10cm
Le jaguar, exposé à l’Épatante Galerie, à Lyon, en novembre dernier

Car l’élégance, la richesse et l’originalité du travail de Carole en peinture a de quoi séduire de nombreux amateurs d’art. Entrer dans l’un des tableaux de Carole, c’est se laisser aller à son imaginaire, sans se raccrocher à une histoire: accepter seulement de lâcher prise et de s’abandonner à la rêverie. En cette période de morosité ambiante, c’est précisément ce dont nous avons besoin!

***Retrouvez l’univers de Carole sur son blog: http://carolegourrat.canalblog.com/

 

On aurait dit que j’étais Spiderman

Vous avez déjà regardé jouer un enfant de trois ans? Beaucoup d’entre vous j’imagine, a fortiori si vous êtes parent. Alors évidement comme un tas de personnes et notamment de mères énamourées devant leur progéniture, moi, j’adore observer et écouter jouer ma fille Clochette, trois ans et quatre mois au compteur. D’aucuns pourraient la croire seule au monde… Mais que nenni: elle est bien entourée de ses amis imaginaires (en ce moment, Surimi, Canada et Monsieur Bec…), de joyeux drilles, c’est moi qui vous le dit .

A l’école, ça rigole (pas)

Petite section de maternelle oblige, ça parle beaucoup de l’école, dans une version disons un peu dictatoriale, façon pensionnat suisse-allemand: « Anatooooooooooole, fa fuffit maintenant, tu vas au coin au fond de la classe et tu refléfis à ta bêtiiiiiise » (un net progrès par rapport à cet été, cela dit, où elle mettait Simon à la poubelle lorsqu’il désobéissait aux dames de la crèche).  Ça file droit dans la classe imaginaire de Clochette! On lit les histoires, à l’ancienne, la maîtresse (« maîkresse ») assise (en pyjama) sur une petite chaise et qui présente les pages illustrées du livre comme un éventail à l’assemblée invisible, sous le regard vigilant de « l’aKsem »: « Chut Maxime, c’est maîkresse Kakrine qui parle! » Ça compte aussi selon une cohérence toute personnelle « 1, 2, 3, 5, 12, 13, 21, 4 »… et on s’en fout parce qu’on est déjà parti sur autre chose. Comme chanter et danser par exemple, en tournant un peu trop vite sur soi-même pour tomber au pied du canapé comme un gars qui aurait un peu trop abusé du Beaujolais nouveau. Il y a aussi de la gym, en s’étirant « comme cha et puis comme cha » et des parcours de motricité (« mokricité »: une motricité teintée de moquerie?) pour lequel le pauvre Anatole précédemment cité n’est visiblement pas très doué.

Parfois Clochette quitte son rôle principal pour organiser une mise en scène au ras du sol avec ses Playmobils. Là encore, l’ordre est de rigueur, avec des accents fascisants qui m’effraient un peu je l’avoue. Elle aligne les playmopersonnages en file indienne, au cordeau, et il ne s’agirait pas de doubler dans la queue (leu leu) sous peine d’aller au coin! Il en est de même à l’heure du bain, sur le rebord de la baignoire. Celui qui tombe (plouf) a perdu et se fait sérieusement réprimander…

Spidermaaaaan le roi des banaaaaaanes

clo1

L’école n’est pas la seule source d’inspiration de Clochette. Elle en a d’autres, chipées à l’univers de ses soeurs ou des plus grands de l’école. Sans vraiment les connaître, elle est donc tour à tour Star Wars ou Spiderman, avec une nette préférence pour ce super héros qu’elle pense cul et chemise avec le « Tout noir », j’ai nommé Batman. Ça donne des parties de jeu au papa et à la maman qui font les courses et sauvent le monde, des pompotes dans les poches.

clo2

On a craqué et dit oui pour lui acheter un T.shirt Spiderman. Plus sa taille en rayon ? No problemo! En taille 6-8 ans (de chez H&M, donc comptez 2 ans de plus!), ça fait l’affaire et son petit effet sur le bas de pyjama en pilou (oui, on n’a pas dit banco pour qu’elle le mette à l’école…). Depuis qu’elle dort avec, ses rêves sont comme qui dirait plus animés.

Le Grand Restaurant

Comme elle est gourmande, Clochette joue aussi pas mal au restaurant. Elle est la patronne, bloc-notes à la main pour prendre votre commande (yep elle a 3 ans, so what?). Encore mieux que la crêperie/pizzeria/moules-frites du bas de la rue qui vous a toujours mis le doute, Clochette va plus loin dans la totale food fusion de la mort-qui-tue : des crevettes au chocolat chaud, des saucisses et du surimi, des fraises Tagada sur ton poulet… Tu as faim Madame ? Eh bien tu as droit à tout ce que tu veux, et vas-y que le dessert culbute l’entrée, et que je te donne ton plat à emporter dans ton sac Tchoupi!

« Je suis sans famille et je m’appelle Rémy »

Dans les jeux de Clochette, il est parfois aussi question d’histoires très tristes à base d’enfants orphelins, très très seuls et très très malheureux, qui mangent quand même des crêpes et des saucisses pour se remettre de tout ce pathos. Il m’arrive d’entendre des « Mamaaaaaaaan » larmoyants du fin fond des abîmes de l’appartement. Mais à ma question « Oui, que se passe-t-il ma chérie? », la réponse est invariablement celle-ci: « Mais non Maman, ze zou! » Ben oui, forcément.

T’as l’appli?

Bon sinon, l’effet miroir, vous connaissez? Quand Clochette joue à téléphoner, c’est juste flippant parce qu’en fait, eh bien, je me vois en elle! Qu’elle soit assise, le téléphone dans une main, un magazine qu’elle feuillette distraitement de l’autre tout cela en répondant de manière évasive à son interlocuteur non moins évasif, qu’elle marche de long en large en faisant de grands gestes avec les bras comme pour démontrer quelque chose d’une importance capitale, JE-ME-VOIS! Bon à une exception près, tout de même, c’est que moi j’utilise un vrai téléphone et elle, au choix, un magnet volé au frigo, une Cracotte ou le portable en plastique made in China de la Reine des neiges…. Sinon, eh bien, la conversation file bon train, sur un ton tantôt sévère tantôt léger, genre « ah ah ah, tu me fais bien rigoler, toi alors ». La conclusion de tout cela, c’est que globalement j’ai l’air cruche au téléphone. (Note pour moi-même: privilégier les SMS à l’avenir).

On rigole, on rigole, mais bon sang que j’aime cette absolue liberté dans le jeu -même si Clochette n’en concède pas beaucoup, de liberté, à ses acolytes imaginaires! Cela me fait penser à cette fabuleuse planche de l’illustratrice Margaux Motin, « Free as a child » extraite de son album « La Théorie de la contorsion »: elle y a dessiné sa fille (alors sensiblement du même âge que la mienne) en train de regarder la télévision. Seule au monde et sans limite dans sa liberté corporelle!

Planche Free as a child de Margaux Motin, in La Théorie de la contorsion (Editions Marabulles)
« Free as a child » de Margaux Motin, in « La Théorie de la contorsion » (Éditions Marabulles)

Je me régale de voir ma fille jouir du même espace mental de liberté en s’inventant tantôt maîkresse, tantôt Spiderman voire les deux en même temps qui me sert une pizza aux Granolas. Profites-en ma chérie, ce temps est si précieux, tu verras, il ne dure pas si longtemps!

L’Épatante Galerie, artistes épatants (Lyon)

 

Nadia Berkane-Nesme, entourée de ses comparses Emilie et Blandine qui l'ont aidée à organiser l'expo
Nadia Berkane-Nesme, entourée de ses comparses Emilie et Blandine qui l’ont aidée à organiser l’expo

J’aime l’audace chez les femmes! Cet élan, ce « mais si c’est possible, allons-y »… Je l’aime et je l’envie. De l’audace, Nadia Berkane-Nesme, elle en a plein sa besace! Des envies et des projets, des rêves à réaliser, toujours tournés vers les autres, pour les mettre en lumière. C’est dans cette logique qu’a germé la dernière idée de Nadia: ouvrir une galerie éphémère dédiée à des artistes qu’on voit peu et réunis autour d’une thématique, une fois l’an.

 

Baptisée L’Épatante Galerie, elle est située 16 rue du Bœuf dans le cinquième arrondissement de Lyon, au sein d’une galerie bien réelle, celle de la Tour. L’endroit est spacieux et lumineux, mélange de pierres et de baies vitrées, abritant l’incroyable collection d’appareils photo vintage de son propriétaire.

L’Épatante Galerie, 16 rue du Bœuf, Lyon 5e, jusqu'au 30 novembre!
L’Épatante Galerie, 16 rue du Bœuf, Lyon 5e, jusqu’au 30 novembre! © Pierrick Verny

« L’École Strasbourgeoise » à L’Épatante Galerie

Pour la première édition de L’Épatante Galerie, du 17 au 30 novembre 2016, Nadia Berkane-Nesme accueille quatre de ses amis, peintres et illustrateurs, tous issus de l’École des Arts Décoratifs de Strasbourg. « Mon projet est de donner la chance aux passionnés de peinture, d’illustration ou d’arts graphiques de rencontrer des artistes peu exposés, de découvrir leurs œuvres et également leurs travaux d’esquisses un peu comme si on entrait dans l’intimité de leur atelier » explique Nadia.

Les artistes, les voilà: Arnaud Cremet, Thomas Ehretsmann, Carole Gourrat et Alexis Nesme. De l’amitié et de l’amour il est aussi question dans cette exposition, Carole et Arnaud formant un couple, comme Nadia et Alexis. S’ils sont amis et ont fréquenté la même école, ils ont chacun leur style, leur univers, très différents: leurs œuvres ne se livrent aucune concurrence, et mieux que cela, se côtoient et communiquent entre elles le temps de l’exposition. En effet, plutôt que d’attribuer un mur à chaque artiste, Nadia a voulu mélanger leurs œuvres par thématiques et harmonies de couleurs, créant de l’une à l’autre un parcours cohérent pour le visiteur.

galerie5
© Pierrick Verny

 

Dessinateur, illustrateur et peintre, Arnaud Cremet présente les toiles réalisées pendant plus de deux mois à Toula en Russie, lors d’une récente résidence d’artiste ayant pour thème la symbolique de la forêt en automne: des paysages entre rêve et cauchemar, plus vrais et plus terrifiants que nature, toujours sublimés par la lumière. arnaud2Au premier regard sur les toiles, le spectateur s’éblouit de ces grands arbres malmenés et de ces cieux balayés par le vent, puis il se trouble en croyant distinguer, ici parmi les feuilles, là dans les nuages, quelques animaux mystérieux. Et l’on reconnaît là l’univers onirique d’Arnaud qui a tant séduit la littérature fantastique pour laquelle il a créé pléthore de couvertures. Les paysages d’Arnaud viennent nous cueillir au plus profond de nous même, titillant nos bousculements intimes.

Toiles d'Arnaud Cremet réalisées à Toula, en Russie
Toiles d’Arnaud Cremet réalisées à Toula, en Russie

Petite pensée toute spéciale pour Arnaud qui, il y a six ans, a peint le magnifique portrait de mes filles alors âgées de cinq ans et dix-huit mois (… tableau qui partira avec moi dans la tombe tellement je l’aime!)

photo

 

Dessinateur, illustrateur et peintre, Thomas Ehretsmann est un capteur d’émotions. Ses portraits et silhouettes réalisés principalement à l’acrylique témoignent d’une impressionnante précision du trait et de la couleur. La maîtrise est totale, sans pour autant aboutir au résultat parfois glaçant de la perfection. Si l’artiste avoue passer beaucoup de temps sur ses toiles, c’est pour rejoindre son intention de départ, capturer une expression sans la figer, sonder une âme sans livrer de réponse, suspendre l’instant d’une réalité qui s’envole alors vers la poésie. Qu’ils représentent des personnages publics (Bowie, Cohen…) ou des proches, les portraits de Thomas sont comme sur le point de s’animer et semblent vouloir nous dire que tout peut arriver. A l’instar de mon chouchou, « Caroline », visage féminin de profil posant devant un mystérieux paysage forestier. A quoi pense-t-elle? A de jolies choses nous laisse deviner son sourire tranquille. C’est comme une intimité révélée au grand jour, celle entre l’artiste et son modèle, celle entre le tableau et le spectateur gagné par l’émotion.

thomas2
Le portrait de Caroline de  Thomas Ehretsmann en cours de réalisation…

Seule femme de ce quatuor d’artistes, Carole Gourrat est illustratrice et peintre. Du bout de ses pinceaux, elle crée exclusivement à l’huile des mondes imaginaires peuplés d’animaux fantastiques et de personnages au visage poupin, au sein d’une végétation luxuriante. carole1Ici, de délicieuses mini Marie-Antoinette, là un explorateur solitaire juché sur une panthère: l’imagination de Carole paraît sans limite, servie par la délicatesse de son trait et la douceur de sa palette de couleurs. On comprend pourquoi la littérature jeunesse courtise autant l’artiste qui se régale à illustrer des contes ou à travailler sur un projet d’abécédaire. A L’Épatante Galerie, Carole propose une balade au sein de ses « Jardins Suspendus », une série inédite où la magie baroque opère plus que jamais auprès des petits – et aussi des grands dont je fais partie!

carole3

 

Peintre, illustrateur jeunesse et BD, Alexis Nesme enchante ses aficionados en présentant quelques unes des planches originales de sa désormais fameuse trilogie « Les Enfants du Capitaine Grant », adaptation animalière et néanmoins respectueuse du roman de Jules Verne. A nul autre pareil, l’auteur joue avec les variations de couleurs et les effets de lumière, grâce à un mélange de techniques (huile, encre, gouache, craie, pastel) parfaitement maîtrisé. Le spectateur est subjugué par le soin que cet orfèvre apporte aux nombreux petits détails fourmillant dans ses planches et à l’expressivité de ses personnages. Des qualités développées dans les illustrations de son dernier livre, « Le Maître des tapis » (Delcourt Jeunesse), un conte russe tout en flamboyance, réalisé avec l’auteur Olivier Bleys. Une BD grand format et dotée d’un superbe pop-up à la fin, à monter soi-même, superbe idée de cadeau pour le Noël tout proche!

alexis3
Le Maître des tapis par Olivier Bleys (auteur) et Alexis Nesme (illustrateur)

 

Les œuvres exposées sont à la vente, selon la cote de leurs auteurs. Mais chaque artiste propose aussi quelques digigraphies (reproduction numérique d’une œuvre d’art sur un papier d’exception, numérotée et signée par l’artiste) accessibles autour d’une centaine d’euros. Dans la même gamme de prix, l’on trouve aussi des sérigraphies d’Alexis Nesme…. « Je souhaite vraiment que toute personne qui aime l’art et particulièrement les quatre artistes présents puisse s’offrir un bel objet lors de cette exposition. L’argent ne doit pas être un frein » précise Nadia.

Les galeristes ont coutume de dire que le vernissage donne le le ton d’une exposition. A voir le nombre de personnes (et du beau monde!) présentes le soir de celui de l’Épatante Galerie, on peut en conclure que la première édition de cette galerie éphémère est déjà un succès. Bravo à l’épatante Nadia qui a gagné son pari! Vous avez jusqu’au 30 novembre pour visiter l’exposition: venez, c’est tout beau!

galerie6
© Pierrick Verny

 

 

« Être ici est une splendeur » de Marie Darrieussecq

Rien que le titre, ça en jette non ?! C’est normal, il est tiré d’un vers de Rilke, le poète allemand. Une phrase magnifique posée sur la couverture d’un livre qui compte parmi mes coups de cœur littéraires de l’année. Il est signé Marie Darrieussecq, une auteure dont j’aime souvent les titres, plus qphotoue les livres eux-mêmes! Dans le désordre: « White », « Précisions sur les vagues », « Naissance des Fantômes », « Il faut beaucoup aimer les hommes »… Des titres comme des énigmes à déchiffrer au fur et à mesure de la lecture.

Le livre dont je veux vous parler ici, « Être ici est une splendeur », m’émeut d’autant plus qu’il fait écho à une autre histoire lue seulement quelques mois auparavant (et chroniquée sur ce blog): celle de Charlotte Salomon, racontée par David Foenkinos. Là aussi, il est question d’une femme artiste peintre, allemande, née et morte trop tôt, trop vite, tragiquement.

paula1
Paula Modersohn-Becker, petit bout de femme déterminé, auteure d’une œuvre majeure

Là aussi, il est question d’une œuvre fulgurante et foisonnante qui sent le désir et l’urgence de créer coûte que coûte. Là aussi, il est question d’une rencontre intense entre un-e écrivain-e et une peintre. Comme David Foenkinos pour Charlotte Salomon, Marie Darrieussecq a ressenti l’impétueux besoin de parler de Paula M.Becker, de faire connaître son œuvre, de ne pas laisser cette artiste extraordinaire retomber dans l’oubli, de lui redonner vie en quelque sorte. Comme David avec Charlotte, Marie a suivi la trace de Paula, revivant sa courte destinée en accéléré.

Les deux écrivains parlent de leur démarche comme d’un geste amoureux. Car qui aime, a envie de faire savoir son amour, de le partager auprès des siens et pourquoi pas de le crier au monde entier. Dire, écrire, pour laisser trace, comme le fait le peintre.

Paula M. Becker et Charlotte Salomon sont un peu sœurs. Elles ont en commun la passion de la peinture, le besoin vital de créer quelles que soient les circonstances, quelle que soit la vie, avant l’amour d’un homme, avant l’envie d’enfanter. « Un seul but occupe mes pensées, consciemment et inconsciemment, écrit Paula dans son journal. Oh, peindre, peindre, peindre! »

C’est cette force, ce soulèvement, qui ont tant impressionné l’écrivaine et psychanalyste Marie Darrieussecq et l’ont incitée à écrire la biographie de Paula. Tout a commencé avec l’un de ses tableaux découvert en illustration d’un carton d’invitation à un colloque! Une femme et son bébé allongés nus, l’un contre l’autre; une intimité livrée dans sa simplicité magnifique, sans ornement, sans discours; l’essence même de la maternité. Marie Darrieussecq apprend que l’auteur de ce chef-d’œuvre est une peintre allemande, née en 1876 et morte en 1907. Elle part à sa recherche en Allemagne, entraînant toute sa famille dans une folle équipée en camping-car pendant les vacances estivales. La lecture de ses lettres et de ses journaux, l’observation de ses tableaux, nourrissent son écriture clinique. Marie raconte Paula, sans s’immiscer, sans interpréter. Point de lyrisme, point d’onirisme, l’écriture de Marie fait corps avec la peinture de Paula qui elle non plus, jamais ne cherche à démontrer.

paula5
Autoportrait au sixième anniversaire de mariage, 1906 © Paula Modersohn-Becker Stiftung, Brême
paula
Mère agenouillée et enfant, 1906 © Paula Modersohn-Becker Stiftung, Brême

 

Car il est là l’acte révolutionnaire de Paula Modersohn-Becker! Être la première femme à se peindre nue, parfois enceinte. Être la première peintre, après des années de regard masculin, à montrer le corps féminin telle qu’elle le voit, elle. Le sien souvent car il est celui qu’elle a sous la main (et les modèles coûtent cher!) ou celui d’autres femmes allaitant et ou portant leur enfant.

 

 

Oubliées la madone et l’odalisque, place à cette féminité tantôt tranquille tantôt fatiguée voire épuisée, en tout cas déshabillée de toutes charges amoureuse, érotique ou sanctifiée.

« Ni mièvrerie, ni sainteté, ni érotisme: une autre volupté. Immense. Une autre force. »

paula2
Portrait de jeune fille, les doigts écartés devant la poitrine, 1905 © Paula Modersohn-Becker Stiftung, Brême

On se trouble aussi devant ses portraits de petites filles – tout sauf des petites filles modèles – mais dont les grands yeux graves semblent nous dire avoir déjà compris la difficulté qu’il y aura à vivre femme dans un monde assujetti aux codes masculins.

 

Dans sa peinture et dans sa vie, Paula s’affranchit du regard et de la pensée des hommes. Elle entre par effraction dans un monde fait par et pour les hommes. Son père, insensible à son besoin de peindre et à l’évidence de son talent, lui enjoint de se trouver un emploi (elle fait des études d’institutrice). Son mari Otto, peintre académique, lui impose de tenir un ménage. Son meilleur ami de toujours, le poète Rilke, ne parvient pas à la faire tomber dans ses bras. L’école des Beaux arts de Berlin étant interdite aux femmes, elle part seule à Paris pour suivre des cours privés. Partout et contre tous, elle s’oppose, lutte, résiste. Elle hésite à divorcer puis fait un enfant.

Le tourbillon de la vie d’un petit bout de femme incroyable, au visage espiègle et au regard franc, artiste jusqu’au bout d’elle-même, terriblement en avance sur son temps. Paula meurt brutalement d’une embolie pulmonaire, à 31 ans, dix-huit mois après avoir donné naissance à sa fille Mathilde. Son dernier mot en s’effondrant, « Schade » (dommage), sonne comme le regret de partir trop tôt, alors qu’elle a tant à créer encore, et moi j’entends plutôt « Scheisse! » (merde!): « Merde, mais j’ai pas fini moi, j’ai toutes ces toiles à peindre! »

« J’ai écrit cette biographie à cause de ce dernier mot. Parce que c’était dommage. Parce que cette femme que je n’ai pas connue me manque. Parce que j’aurais voulu qu’elle vive. Je veux montrer ses tableaux. Dire sa vie. Je veux lui rendre plus que la justice: je voudrais lui rendre l’être-là, la splendeur. »

paula8
Paula, dans un champs près de chez elle, en 1905
paula10
Autoportrait à la branche de camélia, 1906-1907 © Paula Modersohn-Becker Stiftung, Brême

Paula laisse plus de 500 tableaux et dessins. Une œuvre d’une intensité rare, condensée sur dix années, et donc teintée de la frustration de ne pas connaître ce qui aurait pu venir après, si seulement Paula avait eu le temps de vivre.

Grâce au livre de Marie Darrieussecq et à la sublime expo du Musée d’Art moderne de Paris que j’ai eu la chance de voir cet été, Paula Modersohn-Becker a recouvré la vie et la place qu’elle doit occuper au sein de l’art moderne.

paula9
Fillette aux bras croisées, 1903 © Paula Modersohn-Becker Stiftung, Brême

 

 

 

 

Victoria/Virginie ma copine

Dimanche dernier, j’ai vu « Victoria ». On va pas se mentir, je savais que j’allais voir un bon film: son succès retentissant à Cannes, la presse unanime, les interviews savoureuses de Virginie Effira … Et le pitch évidemment: cette quadra avocate, divorcée et mère de deux gamines, qui dans le même temps se fait planter par son baby-sitter, doit défendre son ami accusé de tentative de meurtre, tout en faisant face aux révélations intimes que son ex-mari balance sur son blog! Tous mes capteurs étaient en alerte positive. Mais bon, ça nous arrive à tous: lorsqu’on va voir un film à très bonne presse un peu longtemps après sa sortie, on peut être vaguement déçu. Là, vraiment pas.

ob_eb5b67_cine-victoria

Déjà Victoria, c’est Virginie Effira. Cette blonde magique, tantôt sublime, tantôt… comme moi. Pas d’autoflagellation ni de fausse modestie: y a des jours où l’on se sent pas trop mal balancée et d’autres où l’on a juste envie de pleurer en croisant notre visage dans la glace, non? Elle est comme ça Virginie/Victoria ou alors on la sent comme ça: divine dans une mini robe en lamé à un mariage et puis juste bien dans un jean qui lui flatte généreusement les fesses pour aller bosser. En plus elle est drôle, tellement drôle, et pas toujours volontairement, ce qui est encore mieux. Rien que dans le regard, y a un truc qui fait mouche. Le film est une réussite grâce à elle c’est certain, mais pas seulement.

Parce qu’il y a aussi les autres acteurs, tous excellents. Melvil Poupaud en ami qu’on préférait uniquement virtuel sur Facebook tant il est toxique, Laurent Poitrenaux en ex-mari pseudo écrivain qui accède à la gloire en racontant la vie intime de son ancienne épouse sur son blog, la géniale Laure Calamy en associée un brin hystérique et surtout Vincent Lacoste en baby-sitter des enfants et ange gardien de la maman!

virginie-efira-avec-vincent-lacoste-dans-victoria

 

La richesse de ce film consiste en ces personnages bien trouvés et fouillés, en ces dialogues si bien écrits et jamais vains. Personnellement, j’ai adoré les échanges en franglais entre Victoria et son baby-sitter lorsque celui-ci lui annonce qu’il démissionne et qu’elle s’humilie à trouver les arguments qui pourraient le convaincre de rester. Une augmentation? 5%? 10%? « Ok you take the food out of the mouth of my children »! Régalade!

Elle est borderline Victoria c’est sûr, à recevoir ses plans Meetic directement dans sa chambre, à glisser consciemment dans la faute professionnelle, à s’envoyer avec ses filles des gaufres XXL à la chantilly et devant elles un smoothie au gin, à avaler une boîte de médocs la veille d’une plaidoirie à gros enjeu… Borderline, mais tellement humaine. Elle est le condensé de ce qu’on pourrait devenir si la vie devenait moins facile un jour et que tout commençait à pencher du mauvais côté. Si touchante Victoria dans son incapacité à seulement coucher, quand elle voudrait sans se l’avouer pouvoir aimer à nouveau. Si juste Victoria quand elle confie ne pas avoir vu l’évidence parce qu’elle a rarement plus de deux minutes de tranquillité intérieure.

daily-movies-ch_victoria-6

Ce film m’a plu aussi parce qu’il témoigne du regard d’une femme (la très douée Justine Triet) sur une autre, sans pour autant être féministe. Pas de connivence, pas de complaisance. Victoria est montrée telle qu’elle est, petit soldat prêt au combat, mais aussi faillible et sensible, envahie par des emmerdes qu’elle a souvent elle-même engendrées. Elle est si seule Victoria! Elles sont où ses copines?  Je veux dire, à part son associée rigolote et l’espèce de tromblon qui l’enfonce encore plus en lui assénant des propos ultra nébuleux dont on comprend quand même qu’ils ne sont pas super bienveillants… Ce n’est pas dans la solidarité féminine que Victoria puisera son salut, mais bien dans les bras d’un homme même si ce n’est pas forcément celui auquel elle aurait pensé dès le début, le boy’s next door!

C’est un film dont le scénario ose des trucs farfelus tout en restant hyper crédible, comme un procès pénal où l’on auditionne un chien excessivement possessif et un chimpanzé photographe par exemple! C’est futé, c’est risqué mais c’est gagné! Un peu à l’instar du parcours de Virginie Effira, passée d’une émission de télé-crochet (La Nouvelle Staaaaaaaar!) avant de suivre son petit bonhomme de chemin cinématographique et d’exploser aujourd’hui dans ce film taillé à la mesure de son talent. A mes yeux, elle pourrait être la petite sœur de Sandrine Kimberlain, c’est vous dire si la donzelle en a sous le Stiletto !

544141-jpg-c_640_360_x-f_jpg-q_x-xxyxx

 

Chronique d’un plaisir avorté

Je relis mon titre et me dis qu’il est un brin morbide, mais je vous assure qu’il est finalement à la hauteur de mon désespoir aaaaaahhhhhhh…

Bon je vous raconte? Allez, zou, on y va, thérapie de groupe (mon ordi et moi… dans un premier temps!)

L’autre jour, alors que je zonais sur internet à la recherche utopique d’une paire de boots Patricia Blanchet en soldes, je veux dire en trèèès grandes soldes, d’où mon utilisation du mot « utopique » (je sais que certaines me comprendront, enfin j’espère parce que là, mon ordi il ne pigera pas c’est sûr), je tombe nez à nez avec une paire fantastico-merveilleuse-delamortquituesamèrequejaimepardonmaman: bleu métallisé, ma taille, à peine portée. Je plante le décor: on est sur le Bon Coin, l’annonce date du mois dernier, la vendeuse habite Paris. Bref, peu d’espoirs. Mais comme je suis une warrior des causes perdues, je tente ma chance et envoie un SMS à la fille, en me disant qu’au mieux elle me répondra avec nonchalance que les boots ont été vendues le jour même de la mise en ligne en 3 secondes et demi, et qu’au pire elle ne me répondra même pas tellement elle pense que je suis à la rue. J’avoue, j’ai hésité à envoyer le SMS avec le portable de mon Homme, histoire qu’on ne puisse pas me retrouver, et parce que lui, à supposer que la milice de la honte internationale le rattrape, il aurait répondu sans rougir : « C’est qui Patricia? Mon assistante s’appelle Evelyne ». Mais je suis plutôt sincère comme fille alors j’ai envoyé mon SMS avec mon portable. Et j’ai été récompensée parce que la Parisienne m’a répondu illico en me disant que les chaussures étaient dispo. J’ai dit « Ah ben super coocool (nan, c’est pas vrai, je l’ai pas écrit!) mais j’habite Lyon alors sans raconter ma vie, ça nous ferait combien tout ça avec le colissimo? » Et la fille de répondre: « 110 euros tout compris ».

Je le sens, il est ici nécessaire de marquer une pause car certaines personnes sont au bord de l’évanouissement derrière l’écran et comme je n’ai aucune formation de secouriste, je dois les réconforter en expliquant de façon pédagogique le pourquoi du comment. Car je les entends les « Qwwwaaaaaaaaaaa, 110 euros en soldes???? mais c’est quoi ces pompes? elles sont en poils de chinchillas nés les années bissextiles? et la faim dans le monde? et c’est pas fait par des petits chinois en plus? et c’est quoi cette écervelée à la solde de Donald Trump? » Alors, je calme le jeu et je vous fais l’article: les boots Patricia Blanchet, voyez-vous, c’est un truc magique. Déjà ça brille et ça pour moi, ça veut dire beaucoup (ma copine IsaBelle par exemple, elle le sait très bien). Ensuite, on est bien dedans (enfin c’est ce que dit ma copine Julie qui en a deux paires et comme elle est chouette ma copine Julie et que là, elle est enceinte de 7 mois et qu’elle continue à porter ses Patricia Blanchet, ben je la crois ;-)). Enfin, elles ont le talon qui va bien, ni trop bas qui sert à rien ni trop haut qui fait qu’au-delà de 20 mètres tu te rêves en pantoufles. C’est bon? Capishe? Vous voulez une petite photo pour vous convaincre? Et toc!

boots-irisees-patricia-blanchet
Bon ce n’est pas exactement les mêmes que celles du Bon Coin, mais ça donne une idée.

Donc voilà, pour celles qui sont encore là, qui ont du cœur ou de la compassion pour une âme perdue, je continue mon histoire. Vous avez deviné qu’elle se terminait mal non? J’étais déjà presque devenue hyper copine avec la vendeuse de ces chaussures de reine, on s’échangeait des SMS trop mimi « ça y est j’ai envoyé mon chèque », « coucou je l’ai reçu. Je vous poste les boots illico », « et voilà, elles sont parties (avec photo du bordereau colissimo) », « Super! je vous préviens dès que je les reçois tralala »… Du sucre ces échanges, je vous le dis. Eh bien oui, mais le jour J, J comme jeudi dernier, lorsque j’ai ouvert ma boîte aux lettres, mes doigts frémissant et mes pieds déjà amoureux, j’ai trouvé ça:

colis
Aaaaaaaaaaaahhhhhhhhhhhh !!! Hyper laid comme photo de blog mais indispensable pour faire une réclamation!

Point de pantoufles de vair mais un paquet éventré, tout déchiqueté. Vous imaginez ma rage ou pas? Un peu au même niveau que celle de la despote reine Clochette, ma dernière fille (3 ans au compteur, CQFD) devant laquelle l’une de ses sœurs aurait eu l’outrecuidance de rafler le dernier Granola du paquet. J’avais envie de mordre, de pincer très fort, de griffer aussi si j’avais eu les ongles de Kim Kardashian. J’ai eu envie de mourir un peu aussi, mais juste 2 secondes pour honorer mon côté drama queen. Mais quelle injustice!

J’ai prévenu la vendeuse du Bon Coin qui, en bonne copine qu’elle m’était devenue, était tout aussi outrée que moi (plein de « QWWWAAA » et « nan mais c’est pas vrai », « mais dans quel monde vit-on » dans ses SMS de soutien). Bien sûr elle n’avait pas donné de valeur à son colissimo au moment de l’envoi, mais qui le fait hein, à part Tata Monique quand elle vous envoie une énième écharpe tricotée au point mousse pour Noël? Bref, je vous passe les étapes que j’ai dû franchir auprès de mon bureau de poste et du fameux 3631 pour raconter le litige. En résumé, Koh Lanta à côté, c’est du pipi de Rooo Minet. J’ai juste appris que le colis avait été livré le mercredi soir, à 19h30. Et moi, à cette heure-ci, j’étais chez moi. Alors, pourquoi monsieur le livreur il n’a pas sonné?

dessin3

 

Eh bien peut-être parce que monsieur le livreur, il est comme moi, il adoooooore les boots Patricia Blanchet. Je ne peux pas complétement lui en vouloir même si j’ai envie de l’étriper avec mon économe: il a du goût l’espiègle gredin. Je ne suis pas du genre à balancer hein, mais mon immeuble est un peu une forteresse: digicode 24/24, interphone, badge… C’est pas tout à fait la maison des Bisounours, alors moi j’en conclus que c’est le livreur de 19h30 qui a fait le coup. Depuis, je scrute les hommes de mon quartier pour voir s’ils ne porteraient pas, le plus naturellement du monde, une paire de boots bleu métallisé aux pieds. Mais ça peut aussi être un amoureux monsieur le livreur, alors il a pu les voler pour les offrir à sa douce. Donc je regarde aussi les pieds des filles. J’ai les yeux rivés au trottoir, les idées noires et 110 euros en moins sur mon compte en banque. Patricia si tu me lis (quoi? c’est mon blog, je crois ce que je veux), et que les larmes te viennent, tu sais comment me faire plaisir.

2824236-1_14069088-2th

 

Charlotte de David Foenkinos

Je dois l’avouer: avant, je n’aimais pas David Foenkinos. Snobisme? Condescendance vis-à-vis d’une littérature qualifiée de populaire? Sûrement un peu, oui. Pour moi, Foenkinos, c’était l’écrivain des bons sentiments, des histoires à l’eau de rose, des mots gorgés de sucre. L’écriture facile et sans envergure, à peine mieux placée que Marc Levy ou Guillaume Musso sur mon échelle de Richter personnelle de la littérature. Snob et conne, oui je vous l’accorde. Mais surtout, j’avais un avis sans avoir lu, ce qui pour la journaliste que je suis quand même un petit peu, craint carrément! Bref, j’étais remplie de préjugés à l’égard de ce pauvre David Foenkinos jusqu’à ce que je découvre Charlotte. Sa Charlotte. Charlotte Salomon, peintre juive allemande née en 1917 et morte en camp de concentration fin 1943. Ce livre, lu par hasard lors des dernières vacances de printemps, quelque part entre Saint-Cyprien et Cadaquès, m’a bouleversée.

Bouleversée par la vie de cette artiste qui naît et grandit dans une famille dont tous les membres sont rongés par la mélancolie et qui finissent par choisir la mort plutôt que la vie tant elle leur paraît insupportable (« une mélancolie ravageuse, dont on ne revient pas« , écrit Foenkinos). Bouleversée par la force créatrice de cette femme qui, envers et contre tous (sa famille, les hommes, l’Allemagne nazie), impose son talent et son art. Bouleversée par son œuvre qui, en racontant sa propre existence à travers des dessins, la peinture et de longues phrases écrites par-dessus, prend l’allure d’une bande dessinée format XXL: « Vie? Ou théâtre? »

photo-2-1
« Leben? oder Theater? » (« Vie? ou théâtre? ») L’œuvre de Charlotte Salomon

Bouleversée enfin, évidemment, par le destin funeste de cette femme dont la seule erreur semble avoir été, à l’instar d’une Camille Claudel, d’être née trop tôt.

« Elle sait exactement ce qu’elle doit faire. Il n’y a plus d’hésitation dans ses mains. Elle va peindre ses souvenirs de manière romanesque. Les dessins seront accompagnés de longs textes. C’est une histoire qui se lit autant qu’elle se regarde. Peindre et écrire. »

Et Foenkinos dans tout cela? Eh bien, l’écrivain m’a beaucoup touchée dans sa manière, dès la première page, d’écrire à la première personne pour parler de sa passion pour cette artiste oubliée. Charlotte le hantait depuis longtemps et il savait qu’il écrirait un jour sur elle, sans savoir encore comment et sous quelle forme. Elle restait dans un coin de sa tête, bien que les années défilent et son lot de best-sellers avec.

« Pendant des années, j’ai pris des notes. J’ai parcouru son œuvre sans cesse. J’ai cité ou évoqué Charlotte dans plusieurs de mes romans. J’ai tenté d’écrire ce livre tant de fois. Mais comment? Devais-je être présent? Devais-je romancer son histoire? Quelle forme mon obsession devait-elle prendre? »

Je crois que David Foenkinos a finalement vu juste en décrivant son amour pour elle, sans artifice littéraire et désarmant de sincérité, et en racontant comment il a mené son enquête sur les lieux même où l’artiste a vécu, de Berlin jusqu’à Villefranche-sur-Mer dans le sud de la France. Foenkinos enchaîne les phrases courtes qui posent l’essentiel et pour ma part, c’est cette simplicité dans l’écriture, ce style épuré, découenné d’un pathos dont l’auteur a compris qu’il aurait frôlé le mauvais goût, qui m’ont fait chavirer.

photo-2

Peu à peu, j’ai réalisé que la Charlotte de Foenkinos avait été un peu la mienne aussi, il y a de cela – ouh là là – une bonne vingtaine d’années! Alors tout juste âgée de 18 ans, le bac et mon envie d’en découdre en poche, j’avais dégoté un stage au service de presse du Centre Pompidou. Oui, incroyable, la classe internationale, quand j’y repense! J’avais assisté pendant une quinzaine de jours l’attachée de presse de l’époque – Nathalie Garnier, une grande blonde classe et sympa – , pour préparer l’exposition des œuvres de …. Charlotte Salomon! Je me souviens notamment d’avoir écrit à la main les petites légendes sur les diapos des dossiers de presse (oui, c’était au temps jadis, seuls les vieux journalistes et attachées de presse peuvent me comprendre!)

photo-1-1
J’ai retrouvé dans ma bibliothèque le catalogue de l’expo que Nathalie m’avait offert à la fin de mon stage

Charlotte Salomon, protégée par un professeur qui luttait contre les lois raciales, a pu s’inscrire aux Beaux Arts de Berlin. Intense, sa peinture subjugue. Mais c’est en France, exilée et éloignée de sa famille, qu’elle créera véritablement son œuvre « Vie? Ou théâtre ». Au médecin à qui elle confie son carton à dessin lorsqu’elle se sent menacée par l’arrivée des Allemands, elle dira simplement « C’est toute ma vie ».

Toute cette vie que David Foenkinos raconte et imagine dans ce livre magnifique et poignant, « Charlotte », qui n’a pas fini de me hanter moi aussi.

photo-3
Charlotte, elle est magnifique n’est-ce pas?

« La dernière peinture est saisissante de force. Charlotte se dessine face à la photo-1mer. On la voit de dos. Sur son corps, elle écrit le titre : « Leben? oder Theater?

C’est sur elle-même que se referme l’œuvre dont sa vie est le sujet. »

La genèse d’un blog

Ça fait plusieurs mois que ce blog me trotte dans la tête. Un jour oui, un jour non. J’y vais, j’y vais pas. Un pas en avant, trois en arrière, en passant par la case « J’y arriverai jamais »…

« Pour qui tu te prends? » « Non mais t’as quel âge? » Vous les connaissez peut-être vous aussi, ces petites questions, ces freins que l’on s’impose à soi-même, ces critiques que l’on s’envoie dans les dents et qui nous paralysent. Pas moyen d’avancer avec ça! Mais voilà qu’enfin, un jour, une petite voix prend le dessus sur les autres: « qu’importe, on y va, au pire personne ne te lira mais au moins tu auras essayé et pris plaisir à écrire même si ce n’est que pour ta mère, tes sœurs (t’as de la chance: t’en as deux!) et ta best friend for ever de tous les temps! »

 

Je dois avouer que plusieurs personnes m’ont aidée dans ce cheminement. La première, c’est Laure des Aventurières http://www.lesaventurieres.com/. C’était au printemps dernier, au cours de l’une de ses fameuses soirées « J’aime le vin, j’aime pas mon job » (que je vous conseille ardemment!), cette fois-ci consacrée aux blogueuses. J’y suis allée sur la pointe des pieds, persuadée d’être la plus vieille de l’assemblée, à peine à l’aise sur Facebook, découvrant juste Instagram et Pinterest et ne comprenant toujours pas l’intérêt de Twitter! Et pourtant, la magie a opéré (ok, je vous l’accorde avec plusieurs verres de vin, ça a aidé, mais quand même!)… En plus de Laure, j’ai rencontré des filles et un gars (!) super intéressants, bouillonnant d’idées, bienveillants et surtout dé-cul-pa-bi-li-sants! Une bouffée d’oxygène! Un vent de liberté! « Ben oui, vas-y, fonce, qu’est-ce que tu risques? » Je n’ai pas su quoi répondre, en effet… Ensuite, il y a eu ma BFF, AP, celle à qui je peux tout dire sans avoir trop peur de passer pour une quiche et qui, justement, en m’écoutant lui parler de mon projet, m’a dit « Banco, ma quiche, ma biche! » Et puis il y a toutes celles qui ne savent pas qu’elles m’ont portée: les filles de la blogosphère dont j’admire la prose, l’univers et qui me font sentir encore bien petites sur les plans rédactionnel (le style qui vaut signature, la petite note d’humour bien placée…), design et prises de vues (féminins mais pas cul-cul…), comme Caroline de http://www.penseesbycaro.fr , Camille de http://www.afewdaysinlyon.com/ ou encore Eleonore de  http://www.leblogdelamechante.fr/ pour n’en citer que trois; mais aussi IsaBelle ma complice d’âme et de cœur avec qui je partage et disserte pendant des heures sur les plus et les moins de la vie, devant – selon l’heure de la journée – un café, un thé, une bière, un verre de vin (plusieurs réponses possible!) C’est elle qui m’a donné le dernier coup de pied au cul pouce pour me lancer: le livre de la psychanalyste Sophie Cadalen « Vivre ses désirs, vite ».

photo

 

Vous savez, c’est ce genre de livre qui n’est pas prêt de quitter la table de nuit, ce genre de livre dont on souligne les phrases clés au crayon, ce genre de livre dont on dit de l’auteure « mais comment elle sait ce que je pense, elle est dans ma tête ou quoi?! »

 

Alors une fois que l’idée de blog était « validée », il fallait passer à l’action! Et là, comment vous dire? Je ne suis ni geek ni expert of Los Angeles, j’ai plus de 40 ans et je crois que je ne suis tout simplement pas configurée pour créer des trucs sur Internet! Immense découragement: vous venez de vous autoriser de vivre votre projet (« votre désir » comme dirait Sophie la psy) et paf, vous n’avez pas les moyens techniques de le concrétiser! Pourtant, je vous jure que j’ai essayé: j’ai regardé quantité de tutos plus ou moins confus sur wordpress and co, suivi les bons plans des Aventurières mais… je ne comprenais toujours rien! Jusqu’à ce que Cécile, rencontrée sur la page Facebook des Aventurières, me dise simplement « moi si tu veux je t’aide »! On a déjeuné, elle mon ordi et moi, on s’est raconté nos vies, et mon blog s’est matérialisé. Depuis, je sais qu’une amie virtuelle peut en devenir une pour de vrai!

C’est donc grâce au soutien de ces bonnes fées, mais aussi à mon irrépressible désir, que je donne aujourd’hui naissance à mon blog « Les Créativantes ». Smack les filles!